Publié le 12 Février 2017

Ce qu'il nous restera

D'abord, il y aura le manque. 
Collé à la peau, chevillé, à nous pourrir la vie, chacun de son côté. 
À questionner ce choix, celui d'être parti, et de s'être quitté. 
Comme si c'était pas assez dur de se séparer, de changer d'existence, d'accepter de renoncer à l'éternalité de notre co-résidence. 
Tous les moments, tous les endroits, se feront l'écho de notre histoire aussi. 
Nous rappellerons une anecdote et viendront à l'envie, déclencher un auto-tsunami. 
Il nous restera les dossiers à fermer, le quotidien à clôturer, les peurs qu'il faudra ceinturer. 
L'appartement, les assurances, la paperasse à la con, il faudra tuer notre histoire à chaque résiliation. 
Cette obsession amère, cette souffrance continue, cet appétit désert, le monde qu'on regarde par-dessus. 
Tantôt on vole, tantôt on chute. 
Souvent on chute, la tête en bas 
Au bout de quelques mois il nous restera ça. 
Une année et deux passeront, la souffrance sera moins vive. 
Parfois même gageons que certains disent qu'elle disparaîtra. 
On repensera aux vacances, aux beaux endroits, les sourires naissant. 
On se rappellera certains jolis ébats. 

Il y aura encore çà et là de notre vie commune. 
Ce lit, ce canapé et cette lampe lune. 
Un stylo survivant, à l'origine à toi, devenu avec le temps, un marqueur de nous. 

 


Là, au bout d'une année ou deux, il nous restera des souvenirs intacts qu'on évoque sans haine. 
Et puis quelques objets qui trahissent naïvement mais sans causer de peine. 
Au bout de ce temps-là, il nous restera ça. 
Les années passant, quatre, cinq, ça change selon les gens, les souvenirs terniront. 
Quelques bribes seulement restées accrochées au cœur mais loin de la raison. 
Les objets auront vécu, seront cassés. 
Le lit le canapé ont été remplacés. 
Plus rien ne vit, plus rien n'a survécu. 
On a rasé notre île. 
A force d'oublier pour avancer, pour éviter les rechutes stériles et pour ne pas froisser l'amoureuse d'aujourd'hui, on finit par effacer l'amour qui a péri. 
Il reste encore cet abonnement à nos deux noms mais qui ne veut plus rien dire. 
Alors pour enfin clore cette résiliation, pour enfin en finir, je décide, pourtant on le fait jamais, de t'appeler. 
Mais ce n'est plus le bon numéro. 
Alors je me dis: Voilà, un abonnement à nos deux noms, finalement, au bout de ce temps-là, c'est ce qu'il nous restera

Texte: Ben Mazué - La Résiliation

Photo: Andrew Kovalev
 

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Rédigé par jeaneg

Publié dans #Humeurs, #Divers & variés

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Publié le 11 Février 2017

Photo: Eleonora Sabet

Photo: Eleonora Sabet

Il arrive parfois que céder à ses envies donne le sentiment d'atteindre la folie. Comme lorsque, presque distraitement, le coiffeur vous demande si ça va comme ça, ou si "on" fait plus court... Et là... Comment dire?

Dans la fraction de seconde, vous sentez ce fluide étrange, ce court-circuit qui met la machine hors de contrôle. Il n'y a pas d'odeur de brulé, il n'y a pas d'explosion, ni de fusible fondu, apparemment, mais d'un seul coup vous vous entendez dire... "oui oui, plus court!" Et c'est dit avec tellement de conviction, tellement d'assurance, que même le coiffeur est pris à contre-pied.

Finalement, c'est un peu comme une jolie surprise, un truc auquel personne ne s'attendait et tout le monde semble ravi. Le coiffeur abandonne sa paire de ciseaux rassurante pour une tondeuse qui donne un peu le trac. Mais c'est la folie, alors on plonge la tête en avant, à la grâce de Dieu, les hommes et les enfants d'abord et puis zut! Depuis le temps que vous vous dites qu'il faut le faire, que vous en avez envie et que cela vous tente et qu'à chaque fois vous renoncez parce que vous vous dites que "les autres" ne vont pas vous reconnaitre, vont vous faire des reproches, vont se moquer... pour finalement s'en foutre.

Alors c'est le moment! Et ce qui n'était qu'un rendez vous de routine devient le jour du changement. Tout le monde vous connaissait avec cette coupe bien sage, un peu "féminisée", pas trop court, même si déjà cela semblait trop pour certain(e)s. Eh bien ce temps est révolu. Une poignée de minute après ce "coup de folie", vous voilà avec les tempes nues et la nuque rasée, comme vous vous êtes souvent imaginée. Et l'image que vous avez de vous, là, maintenant, est tellement plus belle que celle dont vous rêviez, que vous avez presque envie de vous embrasser pour vous remercier d'avoir autant de courage, pendant que votre main qui caresse ce cou tondu n'en revient pas de découvrir enfin cette sensation évoquée par celles qui ont depuis longtemps osé...

La folie fut passagère... mais quel bonheur.

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Rédigé par jeaneg

Publié dans #Nouvelles et petites histoires

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Publié le 8 Février 2017

Julia Cummings par Stef Mitchell

Julia Cummings par Stef Mitchell

Peut être qu'à la poursuite du lapin blanc, tu es tombé(e) dans le trou et que tu t'es retrouvé(e) au Pays des Merveilles? Et là, Cendrillon assise sur une citrouille, discutait le bout d'gras avec une belle gosse habillée en chevalier alors que plus loin Blanche-Neige coachait une équipe de rugby à 7 en modèle réduit. Peut être?

Du coup, tu t'es dit que tu avais toutes tes chances, dans ce coin là, pour rencontrer... la Princesse Charmante! Parce que oui, franchement, c'est pas dans les contes du vieux Charlie Perrault que tu as trouvé ton bonheur. Avec lui, il n'y a que les princes qui sont charmants, qui arrivent sur de beaux chevaux blancs, zigouillent les dragons et emballent les princesses, endormies comme des pauvres demeurées.

Toi ton rêve, ce serait plutôt une princesse bien badass, harnachée façon Furiosa, qui déboulerait au volant d'une Caterham et te ferait un clin d'oeil pour embarquer avec elle...Ben oui! Une dure à cuir qui aurait la peau douce comme un lever de soleil sur la mer, un regard plein de malice et des envies de tendresse. Une princesse aux cheveux courts, bien sûr, qui s'inquiéterait de son prochain rendez vous chez le coiffeur, pas comme l'autre blondasse qui s'inquiète de la pendule pour pas se retrouver avec une citrouille à la place du carrosse... Qui aurait la nuque douce comme un vison et les oreilles dégagées d'une guerrière, avec des yeux de biche et des lèvres gourmandes comme un fruit d'été... Aaaaah!

Bon alors, reprenons:

Il était une fois.... 

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Rédigé par jeaneg

Publié dans #Divers & variés, #Nouvelles et petites histoires

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Publié le 7 Février 2017

In bowl we trust

Finie l'époque médiévale et sa mode de guerriers, fini les campagnes reculées où l'on se débrouillait, tant bien que mal, pour se passer du coiffeur de la ville, finis les garçons un peu simplets à qui on pouvait imposer n'importe quoi sous prétexte d'être "bien propres"...

C'est aujourd'hui le triomphe de l'androgyne. Cette coupe "au bol" sans âge qui renait, inspire toutes les audaces, devient sexy et émouvante, dénudant les nuques fines, dévoilant les oreilles percées et les tempes veineuses.

Si un temps elle avait pu paraitre désuète, simpliste, basique - avec cette idée qu'il suffisait de poser un "bol" sur la tête et de raser tout ce qui en dépassait - ce temps là est révolu!

In bowl we trustIn bowl we trust

A présent cette "bowl cut" séduit les jeunes filles, les jeunes femmes au genre fluide, alliant la virilité d'une nuque rasée à la douceur féminine d'une chevelure courte, faussement ordonnée. Elle montre toute l'audace dont elles sont capables, exprime un style inaccessible aux tendres, aux faibles, à celles qui préfèrent se fondre dans la foule et pourtant, elle inspire une certaine tendresse, une admiration et de l'affection pour celles qui jouent de leur image, dans la marge du simple choix, entre masculin et féminin.

In bowl we trust

Photos: Amandine R. avec Lou R.

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Rédigé par jeaneg

Publié dans #Humeurs

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Publié le 5 Février 2017

photo: Kate Harding

photo: Kate Harding

Oui le rabza, le beur, le rebeu quoi.... Vous l'avez certainement remarqué, dans ce quartier, cette rue populaire de votre coin, ce salon peuplé d'hommes à la vitrine claire, où la coupe de cheveux est presque un spectacle et le "fade" un art banal et quotidien. Comme si il ne savait faire que cela, depuis toujours. Sur la vitre, à la peinture rouge, il y a écrit le prix de son travail: la coupe 10€... Ça fait un peu rêver. A ce prix là on pourrait presque y aller chaque semaine.

La tentation existe, mais il faut de l'audace tout de même... Une audace de femme aux cheveux ( très ) courts. La tendance s'affirme, ce goût pour une coupe qui ne doit plus être "masculine" mais juste très court et stylé, une coupe de caractère qui le plus souvent affermie  la personnalité. Mais "le maghrébin"... C'est tout de même un degré de plus. Une fois éliminé le salon des mamies, puis le salon mixte, puis la grande enseigne, il y a le salon de barbier qui surfe sur la tendance... et puis il y a "l'arabe". Un terme presque générique bien sûr. Il y a des "pakistanais" aussi ... C'est un peu comme si ces coiffeurs là avaient un don particulier à fondre des dégradés, une prédisposition pour le fade.

Certaines ont tenté l'expérience, ont poussé la porte du salon, se sont vue accueillies avec bonne humeur et enthousiasme... et ont été conquises, malgré quelques regards de clients habituels, déboussolés. 

C'est la vie!

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Rédigé par jeaneg

Publié dans #Humeurs

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Publié le 4 Février 2017

Ophélie revient - Un nouveau Quartier Libre

Ophélie revient! On avait fait sa connaissance ici et c'était déjà très fort! Le temps a passé et décidément, définitivement, irrémédiablement Ophélie est une femme aux cheveux courts et elle sait le dire...

Ça s'appelle "Repousses"

Sous le couvert d’un effort par rapport à moi-même, j’ai, il y a quelques temps, tenté de me faire repousser les cheveux. Dans une idée idiote, machiste, d’être plus féminine, et peut-être aussi par mélancolie à l’égard de ces jolies coiffures que peuvent être les tresses ou les chignons. Je me suis laissé dompter par l’idée de « Les cheveux courts, ce n’est pas très féminin. ». Au temps pour moi, vous comprendrez bien que je me suis trompé.

Mon dernier écrit sur ce site remonte maintenant à quelques années. Temps nécessaire pour que des expériences se fassent, capillaires ou non. Mais surtout des expériences de vie. Par exemple, il n’y a pas longtemps, j’ai traversé l’océan, une fois de plus, pour rejoindre la personne que j’aime. Il est intéressant de considérer que, durant le voyage, mes cheveux, en repousse depuis quelques mois à ce moment-là, ne me plaisaient pas, malgré mon désir de les avoir plus longs. Coupe bâtarde, un entre-deux, de cinq et/ou sept centimètres épars autour de mon visage, avec des mèches qui commençaient à flirter trop près de mes yeux. Je ne me suis pas trouvée très jolie, alors que j’étais avec mon amie. C’est un peu triste, mais je me suis sentie entravée par ce qu’il y avait sur ma tête. Coupe de cheveux qui m’a fait me poser des questions sur moi-même.

Là, vous pouvez m’interrogez.
Qu’est-ce que je veux vous dire ? Qu’est-ce que je peux vous apporter d’intéressant, avec ce témoignage ? C’est dans la dynamique de répondre à cette question que je me mets à écrire. J’espère apporter quelque chose.

J’ai vingt et un an, bientôt vingt-deux. Je viens de me faire tatouer un crâne de lion sur le biceps, et il y a une semaine, c’était la tondeuse qui venait glisser sur mes tempes, le pariétal et l’occiput. En cet instant présent, je me trouve jolie. Et je tiens à l’écrire ici, pour vous le partager.
Comme une confirmation, dans une appréciation particulière, je me suis rappelé, alors que les mèches se faisaient couper, que je suis ce genre de personne qui aime vraiment être bien coiffée.
Les yeux rivés sur le miroir, le menton vaguement relevé en cette expression un peu hautaine, j’ai contemplé la coiffeuse qui, en silence, m’a permis de retrouver ce que je considère comme « un style propre ». Les repousses, avouons-le nous, sont sérieusement les passages les plus singulièrement insupportables d’une coupe de cheveux. J’ai échoué à mon propre défi de « Voyons-voir jusqu’où je peux me les laisser pousser ». Mais c’est une défaite qui m’a enrichie, car dès l’instant où la tondeuse s’est mise à vibrer, j’ai compris que jamais, jamais je ne pourrais avoir de nouveau les cheveux longs. J’ai besoin de ces millimètres entretenus, lesquels ceignent le tour de mon crâne, comme certaines le font avec des tresses. J’aime le fait de n’avoir désormais à me coiffer qu’avec de la cire, si besoin, mais surtout qu’avec une main. J’aime le fait d’avoir retrouvé une liberté particulière dans mes déplacements, dans mes mouvements. Je m’étais pourtant mis en tête que j’étais trop grosse, pas assez jolie, trop masculine, avec ces cheveux courts. Et dans une attente passive, j’ai laissé les centimètres reprendre du terrain, aussi bien sur mon crâne que sur mon humeur générale. C’était une erreur, et je sais que je ne suis pas la seule à me laisser piéger par les attentes d’une société patriarcale. Nous avons le droit de nous trouver jolie avec le crâne rasé.

Ophélie revient - Un nouveau Quartier Libre

Je ne voudrais que trop conseiller aux filles qui ont les cheveux courts de ne pas regretter. Vous êtes belles, vous êtes particulières. Regardez autour de vous, dans le tram, dans la rue : peu de filles, peu de femmes ont les cheveux courts. Et si elles les ont, alors on les remarque. Elles sont comme des lumières un peu spécifiques, le genre qui accroche les yeux, et qui fait revenir au moins une deuxième fois le regard sur elles. Elles sont jolies, parce qu’elles se démarquent. Elles prennent soin d’elles, dans un mélange idéal de praticité et d’esthétique. Je ne veux plus avoir à croire que les cheveux courts sont masculins, ou attribués directement à une orientation sexuelle. Naturellement, il est aisé de considérer « lesbienne » lorsqu’on voit certains styles. Mais soyons honnête : il y a des coupes courtes qui n’ont rien à voir avec ce cliché lesbien. En tant qu’individu pansexuelle, je ne peux que trop encourager la cause LGBT, bien entendu. Mais combien de fois ais-je été frustrée d’entendre des gens me dire, ou dire à propos de moi, entre mes 17 ans et maintenant, que « ça fait gouine », les cheveux courts. Combien de fois ai-je eu à considérer que non, bordel, ce n’était pas parce que j’avais les cheveux courts que j’étais moche, ou pas féminine. Pourtant, petit à petit, et simplement de manière personnelle, vicieuse, je me suis laissée entraîner dans une perspective de compréhension de ce discours. Pour mes problèmes de poids, d’estime de moi, pour le machisme quotidien, pour les commentaires fréquents, j’ai laissé mes cheveux repousser.

Et c’est tuant. Parce qu’on est sur le rebord de ce fil, en équilibre avec soi-même. Laisser pousser, ou tout couper, et regretter ? L’amertume est un goût régulier, qui apparaît dès que l’on se regarde dans le reflet. On se sent prisonnière, entre deux eaux contraires, et on ne parvient pas à opter. Parce qu’on veut plaire au regard de l’autre, un autre qui n’est même pas vraiment sincère avec nous, et on le sait. Des tresses longues et soyeuses, ou des tempes rasées ? Le cliché romanesque de la jolie fille, ou bien le revêtement de la warrior quotidienne ? On ne parvient pas à choisir, et ça mine le moral.

Et puis, j’ai eu cette discussion, il y a quinze jours, avec mon amie. Celle avec un grand A, au moins mental. Celle que j’ai dans le coeur et dans le sang, et qui est capable de me retourner les viscères avec ses mots. Elle m’a fait la remarque, ce jour-là, en plaisantant, que je devrais me recouper les cheveux. Parce que « short, is the best. ». Elle ne me le cache jamais : elle aime tirer sur mes mèches trop courtes. Trois heures plus tard, j’étais chez le coiffeur.

Toutefois, cette fois-ci, j’y suis allé avec un objectif particulier, précis. Je voulais un style, ce genre qui me permet de me différencier dans une foule de crâne poilus. J’ai imprimé une image de Google, je l’ai montré à la coiffeuse, et elle a hoché la tête. « Très court, donc ? » J’ai acquiescé. Je trace ma combativité dans ces millimètres bruns.

Il me paraît important de rappeler que pour être heureux, il faut être bien avec son corps. Cela commence peut-être avec une coupe de cheveux, notamment si vous avez ce rapport aussi psychologique que moi avec les cheveux. Que l’on soit cis, trans, binaire ou non, il faut savoir apprécier être une personne fabuleuse, et nos cheveux sont un pinceau dans le tableau que l’on fait de notre vie quotidienne. J’aime m’entretenir, et j’aime considérer que des gens peuvent se sentir plus heureux s’ils apprécient leurs têtes. Je m’inquiète, en tant que jeune adulte, de considérer que certaines de mes camarades de promo sont angoissées dans leur féminité, et ont peur de couper leurs cheveux, même si « elles aimeraient bien », parce que cela ferait défaut à leur genre. Je trouve cela dommage qu’une fille avec un visage magnifique puisse se cacher derrière une longueur qu’elle n’apprécie pas. C’est un binarisme violent, qui n’est que trop exploité avec la montée au pouvoir d’un certain mec orange qui lui, aurait bien besoin d’une bonne coupe de cheveux. Je voudrais considérer que d’ici quelques années, une femme avec des cheveux courts ne se fera pas traiter de gouine, qu’elle ait une amie ou pas. Ce sont des cheveux. Cela ne nous définit pas dans notre orientation ; simplement dans la classe et le style qu’on a.

 

Ophélie B.

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Rédigé par jeaneg

Publié dans #Quartier Libre

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Publié le 2 Février 2017

Photo: source inconnue

Photo: source inconnue

La première fois c'était un défi. L'idée était là depuis longtemps, l'envie couvait tranquillement, jusqu'au jour fatidique où elle a senti que l'heure était venue. Ce jour là, le coeur battant plus fort que d'habitude, au fur et à mesure que l'on coupait ses cheveux, elle a découvert un monde nouveau, une personne nouvelle, des gens étranges autour d'elle et une nouvelle force l'a envahie. L'expérience a été terrible. Jamais avant ce jour elle n'a été aussi fière d'elle, pleine d'assurance, invincible...

Et puis le temps est passé, les cheveux ont repoussés, un peu, pas trop, suffisamment pour qu'elle se plaise toujours, mais chaque fois que la longueur revenait par dessus ses oreilles, masquait une partie d'elle même, elle ne le supportait plus.

Mais l'idée était toujours là... Comme un virus, définitivement installé dans sa tête, un poison subtil dont elle ne voulait pas guérir. Elle l'avait fait une fois, elle savait tout ce que cela impliquait, elle avait aimé, s'était découverte sans fard, belle... Alors pourquoi pas?

C'est venu ce matin là comme un retour aux sources. L'envie était trop pressente et le coeur battait, plus fort, comme la première fois, mais cette fois d'impatience, d'excitation et de plaisir. Une rechute. Elle a coupé ses cheveux, très courts, jusqu'à les tondre et c'était comme si elle se retrouvait après une longue absence...

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Rédigé par jeaneg

Publié dans #Humeurs, #Tendresses

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Publié le 30 Janvier 2017

Photo: Peter Lindbergh

Photo: Peter Lindbergh

Ça arrive comme ça, doucement, comme un air qui vous revient en tête et qu'on adore tenter de chasser, puis qu'on fredonne. Une pensée, une image à laquelle d'habitude on accorde aucune importance et qui persiste jusqu'au moment où cette vague de fond vient tout emporter. Et l'on a beau serrer les dents, écarquiller les yeux pour empêcher qu'ils se noient et déglutir pour desserrer l'étau qui vous prend la gorge, on ne parvient bientôt plus à lutter et on laisse enfin l'émotion envahir et le corps et l'esprit.

Très vite on craint d'être surpris dans cette infâme faiblesse qu'on imagine incompréhensible parce qu'on ne sait pas l'expliquer et puis l'on abandonne... Trois notes sur un piano, une voix de diva, la force d'un élan d'amour, une histoire simple et universelle suffisent à vous retourner, comme une escalope sur la plancha... Et c'est si bon.

C'est si bon cette émotion qui vous soulève le coeur, qui vous l'ouvre comme une miche de pain chaud, qui libère des odeurs, des souvenirs, des plaisirs. Un bonheur, infini, insondable, qu'on tente de faire durer parce qu'on le sait aussi fragile qu'éphémère... Et tant pis pour ceux qui ne comprennent pas, qui ne savent pas s'arrêter, juste un court instant devant ce qu'ils croient voir, entendre ou sentir, sans jamais en percevoir la saveur.

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Rédigé par jeaneg

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Publié le 27 Janvier 2017

Photo: Samuel Bayer

Photo: Samuel Bayer

J'envisageais sérieusement d'en parler avec Frida. En qualité d'amie, mais surtout de psychothérapeute, son avis sur la question me paraissait indispensable. Non pas que je craigne pour la santé mentale de Laora, après tout j'étais moi aussi passé par là, mais son niveau d'addiction me semblait proche de l'obsession et elle m'apparaissait plus acharnée sur la question, que je ne l'avais jamais été. 

Il ne se passait plus une semaine sans qu'elle ne visite son salon de coiffure attitré, un "barbershop" tout ce qu'il y a de plus vintage, fréquenté essentiellement par une clientèle masculine à tendance hipster, mais où elle était parvenu à se faire admettre. Si bien que chaque fin de semaine elle nous revenait avec une coupe taillée au millimètre, les tempes et la nuque passées au double zéro et un dégradé fondu façon haute précision.

Bien sûr ce genre de maniaquerie ne pouvait que me séduire et la transalpine savait d'ailleurs bien en abuser. Mais là où cela devenait inquiétant, c'est qu'elle finissait par nous harceler dans l'espoir de nous voir suivre son exemple, reprochant à Frida sa coupe un peu négligée dès qu'elle datait de plus d'un mois, voulant sans cesse me couper les cheveux elle même ou proposant les services de sa tondeuse à chacune de nos connaissances qui passait voir l'un ou l'autre, enfant, garçon ou fille, compris. Une véritable frénésie obsessionnelle...

Frida m'avait répondu par un laconique :" Za fa pazzer... " et lorsque j'ai proposé à la milanaise de se lancer carrément dans un CAP de coiffeur, sa réponse m'a laissé un peu perplexe...:

" Ma si jé fais la CAP, il faut que jé fais tous les troucs dé mémères là, avé la bigoudis et tutti quanti. C'est comme si tou mé dis qu'il faut faire ses fantasmes, ma après c'est plus marrant dou tout... Don't worry baby, jé m'amouse, jé fais pas dé mal" puis elle a coupé court à toute réplique en me collant ses lèvres sur la bouche, ruiné mon brushing à la Travolta en m'ébouriffant de sa main droite et de sa main libre fait la ventouse sur ma braguette...

 

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Rédigé par jeaneg

Publié dans #Ma Psy et Moi

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Publié le 26 Janvier 2017

Photo: Ramon Felix

Photo: Ramon Felix

Quand arrivera le crépuscule, est-ce qu'on pourra dire sans se mentir, que l'existence qu'on a mené a toujours été l'expression de nos désirs et de nos envies? Inutile d'aller bien loin parfois pour ressentir le poids d'un regret, comme un petit caillou au fond de la chaussure, qui aura fait tout le parcours avec nous...

Des petites choses qui semblent futiles et anodines mais qui pourraient vous entrainer dans une existence différente, vous donner un sentiment d'authenticité... Un style, un tatouage, une moto, un piercing... une coupe de cheveux. Ces choses qui font envie lorsqu'on les voit osées par les autres. Mais les envies se transforment en fantasmes, comme si cela était irrémédiablement inaccessible. Parce qu'on est toujours très fort pour se fabriquer une excuse, le boulot, la famille, le milieu, les autres, la société... On finit par ce convaincre que ce vêtement, ce ne serait pas nous, qu'un tatouage c'est pour la vie et puis ça fait mal, que les cheveux courts ce n'est pas féminin...

Pourtant il y a ce désir qui persiste, cette envie de pousser la porte, de relever le menton et d'annoncer crânement qu'on veut les cheveux courts, très courts... et puis oser.

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Rédigé par jeaneg

Publié dans #Humeurs

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