Publié le 30 Novembre 2013

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Après le commentaire de Zute ( voir l'article "Absence" ) je ne pouvais pas me défiler. Il fallait une réponse à la hauteur, authentique et sans langue de bois... So.... here we go!

En préliminaire il faut dire que Zute bénéficie de circonstances attenuantes puisque qu'elle avoue n'avoir pas lu l'intégralité des articles du blog. Il est donc normal que certains de mes aveux lui aient échappés. Celui là par exemple où dès les premiers jours je mets carte sur table, établissant les contours de mon parti pris et les prémices de ma mauvaise foi incurrable...

Si j'ai bien compris le fond, l'essence de la question, la question "mère" du commentaire de Zute, je dois démentir fermement tout dénigrement systématique des femmes aux cheveux longs. Non non non! Bien sûr j'ai pu fustiger, ici ou là, quelques figures emblématiques, comme Brigitte Bardot ou Armande Altaï, icones de la choucroute er railler la poupée Barbie comme un symbole de la nunuche nian nian... Néanmoins, en feuilletant le blog, je retrouve quelques éléments qui peuvent constituer ma défense. Comme cet article par exemple.

Il y en a d'autres, sur plus de 300 pages et plus de 1500 articles... pensez donc! Donc, votre honneur, je réfute l'accusation qui m'est faite d'opposer aux femmes aux cheveux courts, belles, intelligentes, audacieuses, déterminées et sûres d'elles, les femmes aux cheveux longs qui ne seraient que leur strict contraire.

C'est ainsi qu'au fil du temps et des articles est apparu clairement que "Les femmes aux cheveux courts" n'était pas une qualification liée à la longueur des cheveux, mais définitivement un état d'esprit, un caractère, une mentalité et que l'on pouvait parfaitement, malgré une toison un peu longue être pleinement une "Femme aux cheveux courts".

Et puis il y a aussi la question des stéréotypes. Là aussi je me suis déjà expliqué plusieurs fois, comme ici par exemple, pour dire à quel point les classifications et les a priori m'exaspéraient.

Je reconnais Zute, que ce commentaire avait le mérite de contraindre à la réflexion et qu'il m'a permis de me replonger dans la lecture d'articles anciens, ce que je vous recommande si un weekend froid, pluvieux et solitaire vous guête.

Enfin je dois dire que j'aime bien ce pseudo de Zute ( qui peut être se prononce Zoute? ) qui m'a ramené à mes lectures classiques...

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Photo: Neil Kirk

Illustration: Hergè - Les aventures de Tintin - Coke en stock

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Rédigé par jeaneg

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Publié le 29 Novembre 2013

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Vue de près c'était comme la surface d'une eau claire où la risée faisait de minuscules vaguelettes. Le duvet blond courait sur la peau et se confondait avec les cheveux rasés de sa nuque. Quelle audace, quelle fierté dans cette nudité!

Le cou semblait toujours plus long, fin et robuste, la silhouette épurée... Et puis elle avait ce geste, comme un appel, lorsque sa main venait envelopper, protéger et cacher aux regards cette endroit si sensible.... avant de s'écarter doucement, remontant lentement à travers les cheveux tondus, comme on caresse un velours délicat.

Quelques fois c'était juste le bout de ses doigts qui venait s'exciter au creux de cette nuque fraichement rasée, comme pour jauger l'effet et s'assurer de son pouvoir. Et le pouvoir agissait...

Un désir autre naissait, supplémentaire, accru, une envie irrépressible d'embrasser cette chair sensible, d'y laisser courir ses lèvres, sa joue, de caresser autant que d'être caressé et faire naitre mille frissons avant de chavirer...

L'émotion apaisée, il restait le quotidien, comme un compte à rebours où chaque jour un peu moins, les sensations s'éprouvaient, jusqu'à la prochaine moisson.

Mais vue de dos, la contemplation restait comme celle d'un précieux joyaux, sans prix.

 

 

Photo: Chill

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Rédigé par jeaneg

Publié dans #Tendresses

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Publié le 27 Novembre 2013

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Ne rien faire... ne rien dire, laisser à tout prix le silence envelopper son absence. Avancer dans le dédale, presque aveugle en tentant de se convaincre qu'Orphée est toujours là, mais menacé de la perdre à jamais si on ose se retourner pour en être sûr...

Condamné à n'avoir que des souvenirs, des images qui s'effritent, s'estompent et palissent. Contraint à chercher, sempiternellement, un parfum qui la ferait renaître, une silhouette qui la ferait revivre.

Les yeux clos, frotter délicatement ses mains, doucement, dans l'espoir insensé de retrouver la douceur que laissait sous les doigts sa peau de soie, onctueusement tiède...

Et dans la concentration extrême de cette quête profonde, se rappeler la douce odeur de ses cheveux propres, le dessin de sa nuque dénudée et s'esquinter la mémoire à vouloir, une fois encore, percevoir son regard pétillant au travers d'une mèche...

Mais la raison vacille, sans une seule parole pour comprendre l'absence, sans savoir s'il faut nourir l'espoir ou faire le deuil, le bon sens chancelle et entraine aux marches de la folie.

Alors vivre, malgré le silence qui enveloppe cette absence...

 

Photo: Francisco Marin

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Rédigé par jeaneg

Publié dans #Humeurs

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Publié le 26 Novembre 2013

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...Tout à coup le vent fraîchit. La montagne devint violette ; c'était le soir.

- Déjà ! dit la petite chèvre ; et elle s'arrêta fort étonnée

En bas, les champs étaient noyés de brume. Le clos de

M. Séguin disparaissait dans le brouillard, et de la maisonnette on ne voyait plus que le toit avec un peu de fumée. Elle écouta les clochettes d'un troupeau qu'on ramenait, et se sentit l'âme toute triste... Un gerfaut, qui rentrait, la frôla de ses ailes en passant. Elle tressaillit...

Puis ce fut un hurlement dans la montagne :

- Hou ! hou !

Elle pensa au loup ; de tout le jour la folle n'y avait pas pensé... Au même moment une trompe sonna bien loin dans la vallée. C'était ce bon M. Séguin qui tentait un dernier effort.

- Hou ! hou !... faisait le loup.

- Reviens ! reviens !... criait la trompe.

Blanquette eut envie de revenir ; mais en se rappelant le pieu, la corde, la haie du clos, elle pensa que maintenant elle ne pouvait plus se faire à cette vie, et qu'il valait mieux rester.

La trompe ne sonnait plus...

La chèvre entendit derrière elle un bruit de feuilles.

Elle se retourna et vit dans l'ombre deux oreilles courtes, toutes droites, avec deux yeux qui reluisaient...

C'était le loup.

Énorme, immobile, assis sur son train de derrière, il était là regardant la petite chèvre blanche et la dégustant par avance. Comme il savait bien qu'il la mangerait, le loup ne se pressait pas ; seulement, quand elle se retourna, il se mit à rire méchamment.

- Ah ! ha ! la petite chèvre de M. Séguin ! et il passa sa grosse langue rouge sur ses babines d'amadou.

Blanquette se sentit perdue... Un moment, en se rappelant l'histoire de la vieille Renaude, qui s'était battue toute la nuit pour être mangée le matin, elle se dit qu'il vaudrait peut-être mieux se laisser manger tout de suite; puis, s'étant ravisée, elle tomba en garde, la tête basse et la corne en avant, comme une brave chèvre de M. Séguin qu'elle était... Non pas qu'elle eût l'espoir de tuer le loup, les chèvres ne tuent pas le loup, - mais seulement pour voir si elle pourrait tenir aussi longtemps que la Renaude...

Alors le monstre s'avança, et les petites cornes entrèrent en danse.

Ah ! la brave chevrette, comme elle y allait de bon coeur! Plus de dix fois, je ne mens pas, Gringoire, elle força le loup à reculer pour reprendre haleine. Pendant ces trêves d'une minute, la gourmande cueillait en hâte encore un brin de sa chère herbe ; puis elle retournait au combat, la bouche pleine... Cela dura toute la nuit. De temps en temps la chèvre de M. Séguin regardait les étoiles danser dans le ciel clair et elle se disait :

- Oh ! pourvu que je tienne jusqu'à l'aube...

L'une après l'autre, les étoiles s'éteignirent. Blanquette redoubla de coups de cornes, le loup de coups de dents...

Une lueur pâle parut dans l'horizon... Le chant du coq enroué monta d'une métairie.

- Enfin ! dit la pauvre bête, qui n'attendait plus que le jour pour mourir ; et elle s'allongea par terre dans sa belle fourrure blanche toute tachée de sang...

Alors le loup se jeta sur la petite chèvre et la mangea.

...

 

Texte: Alphonse Daudet - Extrait de La chèvre de monsieur Seguin

Photo: Maja F.

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Rédigé par jeaneg

Publié dans #Nouvelles et petites histoires

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Publié le 25 Novembre 2013

Roarie_Yum-Selina_Mayer-05.jpgOui cela peut sembler fou, mais il faut bien l'admettre, on n'est jamais content de ce que l'on a...

C'est encore plus cruel lorsqu'on parle de son physique, parce que, presque toujours, on se rêve différent de ce que l'on est en réalité. La plupart finissent par l'accepter, ou croient s'être acceptés tel qu'ils sont... mais il y a toujours un moment devant son miroir où les démons ressurgissent et on en veut à je ne sais qui d'être trop comme ceci et pas assez comme cela... c'est humain.

Par chance, quand le coeur s'accorde avec le corps, tout va bien, mais on peut être un vrai "tomboy" avec une plastique de bimbo, ou inversement et c'est souvent ce hiatus qui créé le plus grand trouble.

A cause de ça, quelques fois, on finit par ne plus être soi même, alors qu'il suffirait, à la manière d'un guerrier oriental de transformer toute l'énergie de ces forces négatives en sa faveur et ainsi en faire des atouts... A quoi bon nager contre le courant, sinon pour s'épuiser et se noyer au bout du compte. 

La vraie voie est celle de la personnalité. Celle qui permet de s'affranchir de l'opinion des quidams, celle qui éclaire et met en lumière. Et peu importe qu'on se trouve les épaules un peu trop "carrées" ou le front trop large, ou le menton trop en avant ou la poitrine trop plate ou les hanches trop étroites. Mieux vaut mille fois avoir le sentiment d'être soi même dans cette femme aux cheveux courts que d'avoir l'impression de se travestir pour "faire" femme. 

Enfin... j'dis ça... j'dis rien.

 

Photo: Selina Mayer

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Rédigé par jeaneg

Publié dans #Humeurs

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Publié le 23 Novembre 2013

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Margot est une belle personne, une jeune femme en quête d'absolu qui sait jouer avec les mots et s'exprimer à travers de belles poèsies. Une femme aux cheveux courts, assurément, déterminée et audacieuse, dont le jeune âge ne laisse pas soupçonner la grande maturité...

 

La première fois j'avais 15 ans. C'était vers Noël, je ne sais pas pour qui ni pourquoi. J'avais envie de changer, tout simplement. La première fois on n'ose pas regarder, on ne fait qu'écouter le crissement de la cisaille dans les mèches lourdes qui s'écrasent déjà par terre. Puis on lit dans le sourire fier de la coiffeuse qu'il est trop tard. C'était une coupe courte « classique ». La première semaine est difficile, difficile de ne pas se retrouver dans le miroir, de ne pas savoir. Les gens disaient « super » mais je n'en étais pas convaincue. Peut être l'effet garçon, je ne sais pas. Et puis doucement au fil des semaines, sans vraiment m'en rendre compte, le doute s'est envolé, emportant quelques centimètres de plus avec lui. Et j'ai su m'apprivoiser, au delà de ce que le miroir de la société pouvait réfléchir.

 

Au mois de juin j'avais les cheveux rasés très près sur les cotés et des mèches qui se dressaient fièrement contre le vent au dessus de mon crâne. Quant au regard des gens, c'est toujours la même chose, les garçons regardent, les filles parlent. Et on finit par comprendre, et on arrête de se cacher parce qu'au fond, si c'est pour ne pas s'assumer pour ne pas moins insatisfaire le regard des autres, à quoi bon mettre de l'argent pour un coup de ciseau ?

 

 

Cette année, le coiffeur a rigolé quand je lui ai dit que je comptais tout laisser repousser. Il avait raison ! Et c'est un très bon échec ! J'ai fondu dernièrement en tombant par hasard sur le clip de Miley Cyrus « wrecking ball », que je connaissais pas du tout. Et j'ai bien été obligée de reconnaître qu'elle est magnifique ainsi !

 

Alors, tout recommence, on en parle autour de soi, on en parle comme si on allait passer sur le billard alors qu'au fond tout le monde sait bien qu' « au pire ça repoussera ». Et voilà, on finit par trépigner pendant l'attente trop longue dans les fauteuils du salon, à sourire quand une des clientes demande au coiffeur de couper, mais juste un peu, parce qu'elle n'ose pas tout à fait, à se retenir de soupirer au contact de la tondeuse, et à sortir de chez le coiffeur très heureuse dès les premiers pas dans la rue !

 

Pour moi ce ne sont pas les cheveux, courts ou long, ni l'apparence quelqu'elle soit qui font la femme, puisqu'il m'a fallu quelques mois avant de pouvoir me penser et me dire femme aux cheveux courts avec tout ce qu'on peut mettre là dedans, tout ceci ne fait que révéler qui nous sommes. Et il y a tellement d'histoires à partager, vivre et raconter, qu'il serait dommage de passer à coté pour une histoire de Diktat des apparences, non ? 

 

 

Photo: Margot R.

Son blog:  Ailleurs si j'y suis

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Rédigé par jeaneg

Publié dans #Quartier Libre

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Publié le 22 Novembre 2013

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Peut-on imaginer femme plus courageuse que celle qui se tient debout, accrochée au cercueil dans lequel git son mari dont le sang macule encore son vêtement?

Dans cette douleur elle apparaît encore plus forte, plus grande, plus belle qu'elle ne l'est réellement, transcendant le sordide malheur en tragédie antique.

Si elle pleurt, elle ne le montre pas. Elle est là, faisant face, dévastée à l'intérieur et digne aux regards de la foule bouleversée. Dans toute sa grâce, c'est elle, presque, qui cherche à les réconforter de leur détresse...

La jeune veuve ne l'est pas encore, pas tant qu'elle n'a pas voilé son visage de tulle noire, alors même longtemps après, même si tout le monde l'en conjure, elle garde sur elle ce tailleur rose où le sang a noircit.

Elle est là, dans mon panthéon, rayonnante et sûre d'elle, cette femme qui a conquit le monde, accompagnant celui qui en fût le maître mais que bien souvent on ne voyait que comme l'homme à ses côtés. Belle, riche, élégante, les cheveux courts glamour, épouse bafouée, mère attentive, c'est grâce à elle que son couple devint l'idéal de toute l'Amérique, comme un rêve.

Le malheur, sans doute pour rétablir l'équilibre, s'est un peu acharné, mais au lieu de la détruire il l'a sublimée... et rien d'autre que ça, aujourd'hui, n'est important.

 

 

Photo: Richard Avedon

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Rédigé par jeaneg

Publié dans #Humeurs

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Publié le 21 Novembre 2013

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Il y a, je le sais, comme une atteinte à son intimité, quand d'une main un peu ferme, le coiffeur lui pousse la tête en avant, ployant la nuque pour offrir le champs libre à la tondeuse qui va glisser ses lames vibrionnantes à travers ses cheveux et l'empêcher de capter cette image troublante dans le miroir. Elle résiste un peu, tente de regarder tout de même, mais il faut se résigner, au moins le temps que la nuque soit mise à nue, ou presque.

Elle ne parvient pas à expliquer ce qui la trouble, elle ne cherche pas d'ailleurs. Un mélange peut être de plaisir sensuel, de sentiment de soumission, impuissante entre les mains de l'artisan, ligotée par le nylon qui l'enveloppe...

Simplement une douce jouissance, une excitation qui ramène au plaisir d'enfant quand elle accomplissait une chose réprouvée, qu'elle transgressait une règle...

La merveilleuse satisfaction de voir son image retrouver l'allure de ses meilleurs jours...

C'est peut être tout ça à la fois. Avec la promesse, dans un instant, de pouvoir passer une main gourmande sur les cheveux tondus comme un gazon anglais, qui vont picoter le bout de ses doigts et offrir une caresse de velours en même temps.

Ce sont peut être toutes ces choses qui chatouillent son estomac lorsqu'elle franchit la porte du salon, souriante et sûre d'elle...

 

 

Photo: Stefen Oftedal 

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Rédigé par jeaneg

Publié dans #Tendresses

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Publié le 19 Novembre 2013

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Personne ne le sait, elle n'en parle pas.

Elle préfère tracer son chemin sans rien demander, sans rien attendre des autres, parce que l'Androgyne, depuis toujours, sait que personne ne pourra comprendre... 

Comme on la trouve jolie, on ne veut pas imaginer les tempêtes qui ont ravagées toutes les certitudes dans cette tête. Ces mêmes certitudes qui aident les autres à construire leur identité et sentir le réconfort d'appartenir à un clan déterminé.

Alors, plus vite que les autres, l'Androgyne éprouve la nécessité de s'envelopper d'une carapace qui, si rien n'y fait, va s'épaissir d'année en année...

Parce qu'il y a de la colère qui sourd, une révolte qui couve comme la braise sous la cendre et l'armure de l'ange préserve tout autant les autres des excès de cette colère, qu'elle même des intrusions importunes.

De cet isolement nait l'indépendance et la liberté finalement d'être, davantage que nul autre, absolument et résolument elle même, indifférente aux avis du plus grand nombre, belle, inaccessible en apparence.

Il faut juste de la patience et de la persévérence pour apprivoiser l'Androgyne, seulement se rapprocher d'elle et avoir l'illusion d'en être l'ami, pour apaiser ses colères et faire tomber son armure...

 

Modèle: Gosia Golab

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Rédigé par jeaneg

Publié dans #Tendresses

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Publié le 17 Novembre 2013

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Je me faisais parfois l'idée d'être un savant fou à la tête d'un laboratoire où nous faisions des expériences un peu folles sur la nature humaine. Vaste champs!

Notre trio, cahin-caha, menait une vie somme toute paisible, immunisé finalement, avec le temps, du poison le plus violent qui soit en matière de conjugalité qu'est la jalousie. Sans être véritablement libertin il était pour le moins libertaire et personne, même pas Frida, n'avait autorité pour dicter quoi que ce soit à notre équipage.

La doktorin nous éclairait de sa science et parfois même proposait certaines expériences auxquelles nous nous pliions toujours de bonne grâce sachant qu'au bout du compte il y avait malgré tout du plaisir. Dans cet esprit et depuis longtemps, chacun avait mesuré avec plus ou moins de bonheur les affres de l'autre genre, même si pour ma part je trouvais cela très injuste d'essayer de me faire passer pour une femme alors que Laora était, elle, un garçon très séduisant et que Frida était de plus en plus sans genre défini...

Observateur quasi scientifique, il ne m'avait pas échappé que la belle milanaise avait toute conscience d'un nouveau pouvoir depuis qu'elle avait résolument coupé ses cheveux. Après quelques errements, hésitations ou même tentatives de retour en arrière, elle avait définitivement adopté une coupe qu'elle se refusait, à juste titre selon moi, de qualifier de masculine. Là comme dans bien des domaines, la discrimination était bannie. 

Cet affranchissement lui avait vite fait comprendre à quel point elle était plus forte, plus assurée dans son rapport aux autres. Le pas franchi dans sa tête l'était également dans la réalité, la plaçant sur un réel plan d'égalité avec tous ses interlocuteurs masculins. 

Pour ma part, mon caractère d'homme lesbien me libèrait de ce genre de considération, n'ayant aucun rapport de domination avec mes partenaires. Néanmoins, à chaque fois, je fondais de désir pour mon chevreau des Abruzzes lorsqu'elle revenait de chez le coiffeur avec les oreilles et la nuque bien dégagées. Si bien que notre psy de la Forêt Noire avait établi une sorte d'axiome qui voulait que le pouvoir soit proportionnel à la fraicheur de la coupe, comme si le passage chez le coiffeur constituait le rechargement du pouvoir magique qui allait décliner ensuite jusqu'au prochain rendez vous.

Laora, pleine du bon sens de ses ancêtres lombards avait alors eut une idée:

Laora "- Ma alors si jé lé coupe plous courts... lé pouvoir il doure plous longtemps no?

Ma Psy - Eh non klein spatz! Parce que si tu les coupes plus kurtz, il faudra que tu retournes plus zoufent les faire couper."

Il me fallu quelques secondes pour analyser cette réponse et me rendre à l'évidence qu'elle était tout à fait sensée. Quelque soit le style de la coupe, les cheveux courts conféraient à celle qui les adoptait un pouvoir magique.

 

 

Photo: Thomas Whiteside

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Rédigé par jeaneg

Publié dans #Ma Psy et Moi

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