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Publié le 10 Août 2017

L'humeur de Marie #11

" Qu'est-ce que tu as fait à tes cheveux ? Pourquoi tu as fait ça? " Ben, pour faire des économies de shampoing, c'est évident. J'ai aussi eu droit à des remarques sur mon manque absolu de sens moral: quant aux gens qui ont un cancer, me raser le crâne était presque un crime contre l'humanité et un manque de respect total. En d'autres termes, arrêtez de boire de l'eau, puisque une bonne partie de la population africaine n'y a pas accès ( tout le monde suit bien l'absurdité du raisonnement? ). Ah, et n'oublions pas la meilleure: je ressemble à un nazi. À un skinhead pour être plus précis. Non pas que cela me gène, mais comme dans l'esprit des gens, tous les skinheads sont nazis, là, ça me pose problème. Vous avez donc devant vous un skinhead dépourvu de sens moral. C'est accrocheur et plutôt vendeur, non?

Cela faisait un bout de temps que cette idée me triturait l'esprit: mais les éternelles excuses revenaient toujours. " Et si ça ne me va pas ", notamment. Alors, lors d'un passage chez Régine au K salon, j'ai franchi le pas. Nous étions parties sur la même coupe que d'habitude. Très court sur les côtés, 3 millimètres, et un léger racourcissement pour l'épaisseur du dessus. Et là, une remarque: " un jour, tu vas finir la boule à z ". Du tac au tac, c'était lancé, après une dernière hésitation. Régine au taquet, ça faisait longtemps qu'elle n'avait pas rasé total! La tondeuse remonte de bas en haut jusqu'au sommet du front; les cheveux tombent, éparses, pour découvrir un crâne net. Je souris. Un peu intimidée de découvrir un autre aspect de moi-même, de ce changement radical et surprenant, un peu émue d'avoir franchi le cap mais sans rien laisser paraître. Je caresse ma nouvelle tête, émerveillée.

L'humeur de Marie #11L'humeur de Marie #11

Ma première sortie fut étrange: cette sensation d'être un inconnu, déambulant dans un corps nouveau. Ma tête et la tenue déconcertent, les passants sont interloqués: une chemise maintenue par des bretelles et un jean retroussé sur une paire de Dr Martens. C'est pourtant bien une femme qui marche dans cette rue. Je demande un renseignement à une dame d'une quarantaine d'années: non seulement elle me répond, mais elle me félicite et me complimente. " Il fallait oser, et cela vous va très bien! J'hésite à le faire ". Plus tard, ce sera une femme encore, travaillant pour la SNCF, sur le quai de la gare de Caen: ma longue veste en cuir noire, une chemise bleu marine et une paire de santiags aux pieds, je marche tranquillement. " Si je peux me permettre, ce style vous va super bien, et avec cette coupe de cheveux c'est génial! ". Ce renouveau a plu: les gens ont réagi de manière surprise, étonnée, admirative parfois. Je ne m'habituais pas tout de suite néanmoins à ce nouveau visage: me voir dans une glace me surprenait toujours autant, et les gestes quotidiens avaient changé. Ne plus se coiffer, se sécher les cheveux, transporter sa cire... On m'a parlé du miroir: mon moi et mes envies s'affrontent en permanence. Une envie de changer, d'essayer de nouvelles tenues, d'arborer un nouveau style, voire de se maquiller. Mais mon caractère profond s'y refuse. C'est une lutte sans merci: le crâne rasé réhausse cette féminité tant refoulée et dissimulée, mais qui s'empêche de ressurgir. Alors je m'arrête, je m'assois face au miroir, les bras entourant mes jambes, et j'observe patiemment et en silence. Que vois-je ? Une déception pour ma mère, blessée et se sentant trahie au plus profond d'elle-même; un dégoût et une laideur. C'est ainsi. Moi, je ne vois que mon reflet. Je suis la même, mais différente: je contemple ce corps recroquevillé aux grands yeux gris, et je me redécouvre.

Texte: Marie C.

Photos: Kriss Photography

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Publié le 24 Juillet 2017

L'humeur de Marie #10

Marine est née le 24 février 1974, est mariée depuis 20 ans, a aujourd'hui 43 ans, 4 enfants, un lapin stupide et préfère le café au thé. Et elle est allergique aux avocats aussi. Mais je crois que tout ça n'a strictement aucune importance. La fille aînée de Marine a les cheveux très courts, avec un skinfade forcément très marqué : elle est blonde, plutôt androgyne et un style de "garçon manqué" de la première heure. Marine et la coupe de son ainée, c'est comme Karl Marx et les capitalistes : une longue histoire d'amour.

Elle désapprouve donc plutôt fortement. C'est un peu trop court. Si ils étaient plus longs et avec une légère touche ( enfin plutôt une grosse couche ) de féminité, ce serait parfait. Et puis, elle n'est pas obligée d'avoir les cheveux courts après tout : on peut aimer les femmes sans forcément se raser. Ce qui est amusant, c'est que Marine a les cheveux courts elle aussi. Moins courts que sa fille, certes, mais tout de même. Ses cheveux bruns foncés reposent en une mèche souple devant son front, renforcés par du volume appuyés par une courte longueur pour ce qui est des côtés. Marine a eu les cheveux longs pendant longtemps : un carré aux épaules jusqu'à 18 ans. Une envie de changement, ne plus ressembler à la petite fille classique de bonne famille.

Jusqu'à son mariage, elle les laissa repousser : quand elle attendit sa première fille, elle les coupa à nouveau ( je pense que si on creusait un peu le sujet, on pourrait certainement trouver une espèce d'influence capillaire, ce qui expliquerait la passion de son aînée pour les cheveux courts ). 15 ans plus tard, retour chez le coiffeur pour l'actuelle coupe de cheveux. Une volonté de se moderniser, de ne pas faire '' vieille maman '' et de rester dans le vent. Elle arrange le tout avec un style qui reste classique, mais agencé avec modernité, sans suivre la mode pour autant. Marine à la fois sévère et fringuante , décontractée et élégante, désespérée par sa fille révoltée, et énervée lorsqu'elle est rasée : fort heureusement, Maman finit tout doucement par passer au dessus de tout ça. Mais la boule à zéro, c'est pas encore pour bientôt.

L'humeur de Marie #10

Texte et photos: Marie C.

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Publié le 13 Juillet 2017

L'humeur de Marie #9

C'est amusant de voir à quel point les gens peuvent changer leur regard pour de petites choses. Depuis qu'elle s'est coupée les cheveux, ils la regarde différemment. Comme si une tare profonde l'habitait. Elle l'a fait. Elle les a coupés. Et rasés en plus. '' Seigneur, quelle infamie ! '' C'est forcément lié à un problème de personnalité. Il doit y avoir un trouble quelque part, une araignée au plafond, un mal être profond. Mais qu'est-ce qui lui a pris ? Elle était tellement jolie... Quel gâchis... Elle était '' normale ''. C'est justement pour bannir cette '' normalité '', qu'elle est passée à l'acte. Ne plus être comme tout le monde. Ne plus suivre le troupeau. Ne plus être formatée sur un modèle universel. Adieu les cheveux longs, le carré classique avec le balayage banal, mais aussi les jupes et les talons. Maintenant, ce sera jean et Doc Martens. Cela ne fait pas d'elle un garçon. Elle est elle, et ce, profondément ; en adéquation et en osmose avec son identité profonde. Se couper les cheveux, ce choix, c'est se laisser évoluer dans un sens qui lui convient. Cette sensation agréable est seulement perturbée par le regard de malencontreux badauds. Mais cela devient un jeu : elle s'amusera à les faire douter et sèmera l'incertitude. Un enfant s'approche, lève la tête, fixe son regard dans ses yeux verts : cette interrogation innocente lui fait esquisser un sourire. Il ou elle ? Bonjour Monsieur, bonsoir Madame ? Non. Juste elle.

Texte et photo: Marie C.

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Rédigé par jeaneg

Publié dans #Chronique de Marie

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Publié le 2 Juillet 2017

'' Il est beau ton frère ''. C'est ce qu'a dit une camarade de classe à ma petite sœur, qui avait 8 ans, à l'époque. Pourtant, ma sœur n'a pas de frère, mais une grande sœur. Elle a les cheveux très courts, rasés de près, s'habille comme un garçon : des jeans serrés, une paire de Dock, des chemises à carreaux avec des blousons en cuir. C'est qu'elle ne ressemble pas trop à une fille. C'est un peu plus compliqué que ça. Comment lui expliquer que le corps n'est qu'une construction, qu'il y a un fossé entre le sexe et le genre ? Que ce dernier est indépendant des attributs qui nous sont donnés à la naissance ? Qu'on peut naître femme mais ne pas toujours se percevoir comme tel ? C'est compliqué de comprendre tout cela si jeune. Alors elle pose des questions, mais sans comprendre. D'ailleurs, elle croit toujours que '' mon amoureux '' est mon meilleur ami, même s'il préfère George Michael à Pénélope Cruz. '' Je veux voir comment ta coiffeuse elle te coupe les cheveux ''. Pour la première fois, elle viendra chez un barber. Elle verra le savoir-faire, l'art de raser des cheveux avec passion, dotée d'une précision et d'une minutie sans égal. Peut-être sera t-elle à la fois un peu effrayée, et émerveillée, à la vue de la tondeuse. Un sentiment assez paradoxal, en somme. Elle est curieuse de savoir pourquoi sa frangine y va aussi souvent, avec de moins en moins de cheveux à chaque fois qu'elle en ressort : certes, elle trouve ça laid, et me traite de '' paillasson '' ou de '' hérisson '' selon ses humeurs. Mais cet intérêt soudain, qui est aussi un prétexte pour passer du temps avec moi, me laisse penser que c'est une bonne chose. Avec de la chance, elle coupera ses longs cheveux châtains et trouvera cette assurance caractéristique des femmes aux cheveux courts. Alors, un mot, un seul : '' ose ''.

Texte et photo: Marie C.

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Publié dans #Chronique de Marie

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Publié le 25 Mai 2017

L'humeur de Marie #7

'' Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître ''. Si vous vous trouvez dans le passage Molière, qui est une petite voie s'échappant de la rue Saint Martin, et que vous voyez ces quelques phrases célèbres peintes sur la vitrine d'un bâtiment, vous vous trouvez sûrement devant la Maison de la poésie. La scène est petite, tout comme la salle, et cela donne une sensation de promiscuité. Tout est ressenti de manière décuplée : le son, les images, les mouvements. L'obscurité clairsemée de lumières rouges et violettes vous plonge dans un univers musical unique et hors du commun.

5 mots : Yes Is A Pleasant Country. 3 musiciens de talents, amis de longue date, livrant un concert slalomant entre jazz de chambre et free jazz. De longs poèmes lyriques sont mis en chanson, pour ensuite laisser place à des improvisations musicales. Ce soir là, deux compositions de la fameuse chanteuse sont jouées : Be sensational et Night shame pride. Bruno Ruder, ses mains parcourant le clavier de l'imposant piano à queue de manière rapide et subtile, jouant de paire avec le non moins célèbre Vincent Lê Quang, dont on entend le moindre souffle s'échapper de son saxophone.

L'humeur de Marie #7

Dissonants pour mieux se compléter, ces deux instruments s'unissent à la voix de Jeanne Added, qui monte dans les strates les plus aigües ( Reincarnation of a lovebird ) pour tour à tour s'enflammer, puis pour se faire tendre et mélodieuse ( I could write a book ). Vêtue de noir, un pantalon ample et une veste droite, ses cheveux courts coiffés en avant pour finir sur le côté, puis tombant sur son front, elle danse et avance, ne faisant qu'un avec son micro qu'elle tient entre ses deux mains. Un trio, un groupe, un ensemble inséparable. Des artistes passionnés, concentrés, donnant une prestation hors du commun : à la fois totalement présents sur scène, et disparaissant ailleurs. Rien n'est surjoué, rien n'est surfait : tout est vécu et sincère.

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Publié le 27 Avril 2017

Photo: Txema Yeste

Photo: Txema Yeste

Je la connaissais depuis de nombreuses années, mais Alice était unique en son genre.
C'était une sorte d'équation insoluble, composée de multiples termes, sans jamais aboutir à un seul résultat : Elle. Alice était tout, sauf elle-même. La seule chose qui était constante dans cette étrange composition, c'était ses cheveux, portés souvent très courts. Une nuque impeccable pour une peau claire, visible aux yeux de tous, et de petites oreilles dégagées, toujours à l'affut. 

C'était une ronde de personnages, des rôles dans des situations données, des nombres évoluant dans un espace. Des cartes tirées du paquet et abattues au moment voulu.
Un genre de signe, une ligne sans fin ; une couleur, le noir, puisqu'il n'en était pas une. Elle n'était pas, tout simplement, et n'existait qu'à travers ses personnages. 

Tour à tour, Alice était Armande : un crâne fraîchement rasé pour un skin fade, suivi d'un imper en cuir noir pour un côté sévère. On la dévisage, avec son côté aryen, ses cheveux blonds et ses grands yeux bleus. Il n'en était rien, et elle voguait très loin de ces idées.  Un jour arrivait Liz, avec un blazer long, une touche de maquillage pour rehausser une féminité dissimulée, avec une coupe au bol pour un air plus délicat. Si elle ne voulait pas être une grande fille, elle serait un petit garçon : c'était Clémentine, un jean un peu large, les cheveux ébouriffés plus ou moins coiffés, et une paire de converses pour un t-shirt à col rond. 

Pessimiste et optimiste, solitaire et entourée, patiente et exaspérée, engagée et je m'en foutiste, indécise et déterminée. Tout et son contraire. Une équation caméléon.
Tel était son malheur et sa chance : ne pas savoir ce qu'était qu'être soi.  En contrepartie, elle pouvait se permettre d'être autre, de jouir d'une liberté illimitée en s'autorisant à être une foultitude de personnes. Femme un jour, homme un autre, les deux ou aucun. La seule chose qu'Alice mettait un point d'honneur à conserver, c'était ses cheveux. Jamais longs, toujours courts. 

Texte: Marie C.

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Publié le 18 Avril 2017

Elle était nue sur son fauteuil, le regard vide, fumant une cigarette. Son pâle corps de Picasso semblait sans vie. Le sol était couvert d'une masse sombre éparpillée. Ses lèvres rouges semblaient appeler quelque chose. Son maquillage avait coulé le long de ses joues pour y laisser de longues lignes noires. La cendre commençait à s'accumuler : d'un geste rapide, elle la fit tomber par terre, et suivit sa trajectoire. Son regard s'arrêta sur les éclats de verre brisés.
L'ancien miroir qui ornait le mur en pierre apparente n'était plus. Le reflet qu'il lui avait renvoyé l'avait achevée. Ce n'était qu'une pâle imitation de ce qu'elle avait été.  C'en était trop. Dans un accès de fureur, elle l'avait envoyé à l'autre bout de la pièce. Arrachant ses habits, se précipitant dans la salle de bain, elle s'était emparée de la tondeuse, et s'était tondue, face à l'endroit où se tenait feu le miroir. Les gestes sûrs, et frénétiques, ses longues mèches brunes allant mourir sur le sol froid. C'était sa revanche. 

Elle était un peu paumée. Peut-être pas tant que ça. Ou si, peut-être trop. Elle se posait toujours trop de questions. Mais là, elle n'avait pas hésité. C'était une impulsion pure et dure, de celles qui la prenaient aux tripes, avec violence, jusqu'à lui donner envie de vomir. Alors elle l'avait fait. Ses yeux verts avaient pleuré. Un peu. Pas par tristesse, mais par rage et soulagement.
Et maintenant, elle était donc nue, sur son fauteuil, fumant passivement. Contemplant son corps par moment, elle voyait ses pensées s'échapper pour s'évanouir à jamais. Elle se sentait vide. Et Dieu qu'elle aimait ça.

 

Texte Marie C.

Photo: Internet

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Publié le 1 Avril 2017

L'humeur de Marie #4

Un blouson en cuir, ça ne pleure pas.
Le dos droit, elle déambule, morose à travers les rues sombres aux pavés humides, les yeux bas et cernés. Des gens se retournent, interloqués. Est-ce une femme ? Ses cheveux rasés laissent supposer le contraire. Est-ce un homme ? Sa démarche le dément. Son air effronté et ses sourcils froncés forment une étrange composition. Les désirs font désordre. Sous ce calme dérangeant transparait une vérité tout autre. Le regard perdu, elle semble vouloir retrouver quelque chose. Un souvenir, une image enfouie au plus profond de son être. Le vent agite les mèches de ses cheveux, mais son visage reste imperturbable.
Un blouson en cuir, ça ne pleure pas.
Une cigarette vissée au coin des lèvres, les mains dans les poches de son blouson en cuir brun, elle avance. Les passants errent, la dévisagent : une larme perle au coin de son œil, malgré tout. La mâchoire crispée, elle tente de la retenir, en vain : elle s'en va tomber au sol. Une faille dans son armure. Les bourrasques du vent s'intensifient, le bruit l'empêche presque de penser : elle n'entend plus Jeanne Added dans ses oreilles. '' Look at them '' ne résonne plus.
Un blouson en cuir, ça ne pleure pas.
La pluie se met à tomber, et ruisselle sur sa nuque dégagée : ses cheveux s'abaissent sur son front, résignés face à ce vieux syndrome de l'impuissance, un combat perdu d'avance.
Elle s'arrête et lève les yeux en direction de ce bâtiment étrange : rectangulaire, avec des fenêtres en forme d'alvéoles. Les marches autrefois immaculées sont maintenant grises, et les portes vitrées sont closes. Personne. Alors elle reviendra, encore. Dans un soupir, elle reprend sa route.
Le temps passait et elle, elle s'oubliait.

 

Texte et Photo: Marie C.

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Publié le 17 Mars 2017

Un vendredi soir d'octobre, à 20h30, ma mère m'a emmenée chez un coiffeur. 

Croyez-bien que je l'ai relativement mal pris quand elle me l'annonça : je pris ça pour un genre de message subliminal, qui me disait '' ta coupe, c'est affreux, on va tenter de résoudre le problème ''. Merci Maman. Ne m'en veux pas si tu lis ça.
Et puis, quelle idée d'y aller si tard ?  Elle tenta de me le vendre à tout prix, et je finis par céder : la coiffeuse savait ce qui m'irait : elle faisait des miracles, paraît-il. Bon.
Situé au premier étage d'un vieil hôtel particulier au toit vernissé, muni d'une immense porte cochère, le salon semblait vouloir se dissimuler au regard des passants.
Je suis rentrée : un grand espace à l'architecture traditionnelle mais agencé avec modernité. Les murs en pierre apparente étaient rehaussé de unes de journaux. Une immense pile de livres en tous genre était apposée dans un coin ; dans un autre, une vitrine exposant des bijoux ; un immense miroir face à un siège ; une longue table en bois trônait au centre, recouverte de magazines, tels GQ, Elle... Une enceinte diffusait une musique lounge dans toute la pièce.
Ma mère s'assit sur une chaise, et je fis de même. Louise, la coiffeuse arriva : elle nous salua d'un grand sourire chaleureux.
Le temps de finir avec une cliente, et ce fut mon tour. Elle passa sa main dans l'immense tignasse que j'avais sur la tête. Cash, elle dit : '' Ca va pas du tout. C'est moche. On est dans de l'intermédiaire. '' Je commençais sérieusement à me dire que c'était un coup monté.
N'ayant pas d'autre choix que d'approuver, je hochais la tête.
Et là, le monde s'est écroulé. Pas le mien. Celui de ma mère. La coiffeuse s'est exclamée '' il faut raser '' ; j'ai jubilé, ma mère s'est effondrée. Le visage crispé, les bras croisés, un aveugle aurait pu voir sa réticence. Tentant de la rassurer vainement, la coiffeuse gagea que ce ne serait pas trop court.
    Une fois lavés, mes cheveux allaient expérimenter leur premier rasage. Ce fut une sensation étrange, puisque nouvelle. La délicatesse alliée à son professionnalisme me fit aimer immédiatement ce sentiment. Un petit peu hédoniste sur les bords, ce plaisir ressentit fut libérateur et apaisant. Je me promettais intérieurement de recommencer.
La nuque dégagée, un rasage léger sur les côtés, les oreilles nettes, une coupe fraîche : c'était parfait et innovant. Une mèche relevée pour un effet rock'n roll, ajoutée à mon blouson en cuir brun et mes converses montantes dessinaient un portrait adéquat. C'était cela qu'il manquait à ce look particulier : une coupe de cheveux.
    Ce fut approuvé par le cercle familial : parfait. Que demander de mieux ?
Plus court. Plus marqué, plus net. Changer encore.
La fois suivante, je changeais les règles du jeu. Je choisis ma coupe, et cela eu pour conséquence un incident diplomatique catastrophique. Ma mère, monarque souverain, émis un droit de veto : si je refaisais plus court encore une fois, ce serait votre humble serviteur qui devrait se débrouiller dans le financement de ses rendez-vous mensuels chez le coiffeur.
Je vous laisse deviner le choix que je fis.

 

Texte et photo: Marie C.

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Publié le 11 Mars 2017

Photo: Marie C.

Photo: Marie C.

C'est une addiction. Comme une drogue qui permet de vous évader, comme l'alcool : ça ne résout pas les problèmes, mais le lait et l'eau non plus. Ce poids qui vous oppresse depuis des jours, et qui, là, tout de suite, disparaît comme il est arrivé. Cette sensation de délivrance.... La question n'est pas '' comment '', mais '' pourquoi ''. Pourquoi ce comportement répétitif mensuel ? D'où vient cette volonté , ce désir de recommencer ? C'est métaphorique. Comme s'enlever une épine du pied, en quelque sorte. La douleur est atténuée de manière considérable : imaginer vos problèmes incarnés à travers vos cheveux. Les couper fréquemment revient ainsi à diminuer vos incertitudes, vos contrariétés et autres tracas. C'est purement psychologique. Mais c'est une raison parmi d'autres. Les femmes aux cheveux courts, leur essence, ce qu'elles dégagent : il y a quelque chose d'assez indescriptible. Un genre de self-control qu'on leur envie, une allure. Un caractère affirmé, qui leur permet de s'assumer telles qu'elles sont. Alors, on franchit le cap. On va le faire. On va couper. On veut profiter de cette assurance, de cette carrure. Le rendez-vous est dans deux semaines. 14 jours. 336 heures. Plus de 20 000 minutes. C'est loin. C'est long. Mais ça vaut la peine d'attendre.

On rentre. On patiente. Un peu. La conversation s'engage sur des banalités. Les cours, le temps, l'actualité. Les cheveux prennent un bain, et se font délicatement masser. On enfile la blouse, ample, sombre et soyeuse. Le moment tant désiré arrive. Le siège pivote : on se retrouve face à la glace. Les longues mèches humides retombent sur le front. La tête haute, l'air fier prêt à subir l'assaut des instruments. Les ciseaux coupent pour raccourcir, mais pas trop. Gardons un mouvement, une légère longueur surplombant le front. Le cliquetis des lames s'estompe. Elles s'en vont reposer sur la table en silence. L'amas de cheveux au sol est dispersé d'un rapide coup de balai. Enfin. L'enclenchement du sabot. Le vrombissement de la tondeuse. Le mouvement vertical, du bas vers le haut, s'arrêtant au sommet du crâne, cette délicate caresse sur la peau. La voici presque nue. Un dégradé de couleur sombre, sophistiqué et esthétique. Puis plus rien. Seulement une sensation agréable, jouissive et épurée. On la savoure, fermant les yeux. Il faut la conserver précieusement, mémoriser chaque perception, chaque ressenti. Plaisir éphémère déjà envolé. On ressort, une nuque immaculée. L'air du soir effleurant le visage, jouant dans les mèches rebelles. C'est une délivrance. Un renouveau succinct, voué à s'atténuer rapidement. Ils repousseront. Les problèmes feront leur réapparition. Ils reviendront, et, fidèles à eux-mêmes, envahiront de nouveau cette tête, dispensant un sourire à la nuit.

Marie C.

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