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Publié le 27 Avril 2017

Photo: Txema Yeste

Photo: Txema Yeste

Je la connaissais depuis de nombreuses années, mais Alice était unique en son genre.
C'était une sorte d'équation insoluble, composée de multiples termes, sans jamais aboutir à un seul résultat : Elle. Alice était tout, sauf elle-même. La seule chose qui était constante dans cette étrange composition, c'était ses cheveux, portés souvent très courts. Une nuque impeccable pour une peau claire, visible aux yeux de tous, et de petites oreilles dégagées, toujours à l'affut. 

C'était une ronde de personnages, des rôles dans des situations données, des nombres évoluant dans un espace. Des cartes tirées du paquet et abattues au moment voulu.
Un genre de signe, une ligne sans fin ; une couleur, le noir, puisqu'il n'en était pas une. Elle n'était pas, tout simplement, et n'existait qu'à travers ses personnages. 

Tour à tour, Alice était Armande : un crâne fraîchement rasé pour un skin fade, suivi d'un imper en cuir noir pour un côté sévère. On la dévisage, avec son côté aryen, ses cheveux blonds et ses grands yeux bleus. Il n'en était rien, et elle voguait très loin de ces idées.  Un jour arrivait Liz, avec un blazer long, une touche de maquillage pour rehausser une féminité dissimulée, avec une coupe au bol pour un air plus délicat. Si elle ne voulait pas être une grande fille, elle serait un petit garçon : c'était Clémentine, un jean un peu large, les cheveux ébouriffés plus ou moins coiffés, et une paire de converses pour un t-shirt à col rond. 

Pessimiste et optimiste, solitaire et entourée, patiente et exaspérée, engagée et je m'en foutiste, indécise et déterminée. Tout et son contraire. Une équation caméléon.
Tel était son malheur et sa chance : ne pas savoir ce qu'était qu'être soi.  En contrepartie, elle pouvait se permettre d'être autre, de jouir d'une liberté illimitée en s'autorisant à être une foultitude de personnes. Femme un jour, homme un autre, les deux ou aucun. La seule chose qu'Alice mettait un point d'honneur à conserver, c'était ses cheveux. Jamais longs, toujours courts. 

Texte: Marie C.

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Publié dans #Chronique de Marie

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Publié le 18 Avril 2017

Elle était nue sur son fauteuil, le regard vide, fumant une cigarette. Son pâle corps de Picasso semblait sans vie. Le sol était couvert d'une masse sombre éparpillée. Ses lèvres rouges semblaient appeler quelque chose. Son maquillage avait coulé le long de ses joues pour y laisser de longues lignes noires. La cendre commençait à s'accumuler : d'un geste rapide, elle la fit tomber par terre, et suivit sa trajectoire. Son regard s'arrêta sur les éclats de verre brisés.
L'ancien miroir qui ornait le mur en pierre apparente n'était plus. Le reflet qu'il lui avait renvoyé l'avait achevée. Ce n'était qu'une pâle imitation de ce qu'elle avait été.  C'en était trop. Dans un accès de fureur, elle l'avait envoyé à l'autre bout de la pièce. Arrachant ses habits, se précipitant dans la salle de bain, elle s'était emparée de la tondeuse, et s'était tondue, face à l'endroit où se tenait feu le miroir. Les gestes sûrs, et frénétiques, ses longues mèches brunes allant mourir sur le sol froid. C'était sa revanche. 

Elle était un peu paumée. Peut-être pas tant que ça. Ou si, peut-être trop. Elle se posait toujours trop de questions. Mais là, elle n'avait pas hésité. C'était une impulsion pure et dure, de celles qui la prenaient aux tripes, avec violence, jusqu'à lui donner envie de vomir. Alors elle l'avait fait. Ses yeux verts avaient pleuré. Un peu. Pas par tristesse, mais par rage et soulagement.
Et maintenant, elle était donc nue, sur son fauteuil, fumant passivement. Contemplant son corps par moment, elle voyait ses pensées s'échapper pour s'évanouir à jamais. Elle se sentait vide. Et Dieu qu'elle aimait ça.

 

Texte Marie C.

Photo: Internet

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Publié dans #Chronique de Marie

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Publié le 1 Avril 2017

L'humeur de Marie #4

Un blouson en cuir, ça ne pleure pas.
Le dos droit, elle déambule, morose à travers les rues sombres aux pavés humides, les yeux bas et cernés. Des gens se retournent, interloqués. Est-ce une femme ? Ses cheveux rasés laissent supposer le contraire. Est-ce un homme ? Sa démarche le dément. Son air effronté et ses sourcils froncés forment une étrange composition. Les désirs font désordre. Sous ce calme dérangeant transparait une vérité tout autre. Le regard perdu, elle semble vouloir retrouver quelque chose. Un souvenir, une image enfouie au plus profond de son être. Le vent agite les mèches de ses cheveux, mais son visage reste imperturbable.
Un blouson en cuir, ça ne pleure pas.
Une cigarette vissée au coin des lèvres, les mains dans les poches de son blouson en cuir brun, elle avance. Les passants errent, la dévisagent : une larme perle au coin de son œil, malgré tout. La mâchoire crispée, elle tente de la retenir, en vain : elle s'en va tomber au sol. Une faille dans son armure. Les bourrasques du vent s'intensifient, le bruit l'empêche presque de penser : elle n'entend plus Jeanne Added dans ses oreilles. '' Look at them '' ne résonne plus.
Un blouson en cuir, ça ne pleure pas.
La pluie se met à tomber, et ruisselle sur sa nuque dégagée : ses cheveux s'abaissent sur son front, résignés face à ce vieux syndrome de l'impuissance, un combat perdu d'avance.
Elle s'arrête et lève les yeux en direction de ce bâtiment étrange : rectangulaire, avec des fenêtres en forme d'alvéoles. Les marches autrefois immaculées sont maintenant grises, et les portes vitrées sont closes. Personne. Alors elle reviendra, encore. Dans un soupir, elle reprend sa route.
Le temps passait et elle, elle s'oubliait.

 

Texte et Photo: Marie C.

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Rédigé par jeaneg

Publié dans #Chronique de Marie

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Publié le 17 Mars 2017

Un vendredi soir d'octobre, à 20h30, ma mère m'a emmenée chez un coiffeur. 

Croyez-bien que je l'ai relativement mal pris quand elle me l'annonça : je pris ça pour un genre de message subliminal, qui me disait '' ta coupe, c'est affreux, on va tenter de résoudre le problème ''. Merci Maman. Ne m'en veux pas si tu lis ça.
Et puis, quelle idée d'y aller si tard ?  Elle tenta de me le vendre à tout prix, et je finis par céder : la coiffeuse savait ce qui m'irait : elle faisait des miracles, paraît-il. Bon.
Situé au premier étage d'un vieil hôtel particulier au toit vernissé, muni d'une immense porte cochère, le salon semblait vouloir se dissimuler au regard des passants.
Je suis rentrée : un grand espace à l'architecture traditionnelle mais agencé avec modernité. Les murs en pierre apparente étaient rehaussé de unes de journaux. Une immense pile de livres en tous genre était apposée dans un coin ; dans un autre, une vitrine exposant des bijoux ; un immense miroir face à un siège ; une longue table en bois trônait au centre, recouverte de magazines, tels GQ, Elle... Une enceinte diffusait une musique lounge dans toute la pièce.
Ma mère s'assit sur une chaise, et je fis de même. Louise, la coiffeuse arriva : elle nous salua d'un grand sourire chaleureux.
Le temps de finir avec une cliente, et ce fut mon tour. Elle passa sa main dans l'immense tignasse que j'avais sur la tête. Cash, elle dit : '' Ca va pas du tout. C'est moche. On est dans de l'intermédiaire. '' Je commençais sérieusement à me dire que c'était un coup monté.
N'ayant pas d'autre choix que d'approuver, je hochais la tête.
Et là, le monde s'est écroulé. Pas le mien. Celui de ma mère. La coiffeuse s'est exclamée '' il faut raser '' ; j'ai jubilé, ma mère s'est effondrée. Le visage crispé, les bras croisés, un aveugle aurait pu voir sa réticence. Tentant de la rassurer vainement, la coiffeuse gagea que ce ne serait pas trop court.
    Une fois lavés, mes cheveux allaient expérimenter leur premier rasage. Ce fut une sensation étrange, puisque nouvelle. La délicatesse alliée à son professionnalisme me fit aimer immédiatement ce sentiment. Un petit peu hédoniste sur les bords, ce plaisir ressentit fut libérateur et apaisant. Je me promettais intérieurement de recommencer.
La nuque dégagée, un rasage léger sur les côtés, les oreilles nettes, une coupe fraîche : c'était parfait et innovant. Une mèche relevée pour un effet rock'n roll, ajoutée à mon blouson en cuir brun et mes converses montantes dessinaient un portrait adéquat. C'était cela qu'il manquait à ce look particulier : une coupe de cheveux.
    Ce fut approuvé par le cercle familial : parfait. Que demander de mieux ?
Plus court. Plus marqué, plus net. Changer encore.
La fois suivante, je changeais les règles du jeu. Je choisis ma coupe, et cela eu pour conséquence un incident diplomatique catastrophique. Ma mère, monarque souverain, émis un droit de veto : si je refaisais plus court encore une fois, ce serait votre humble serviteur qui devrait se débrouiller dans le financement de ses rendez-vous mensuels chez le coiffeur.
Je vous laisse deviner le choix que je fis.

 

Texte et photo: Marie C.

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Rédigé par jeaneg

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Publié le 11 Mars 2017

Photo: Marie C.

Photo: Marie C.

C'est une addiction. Comme une drogue qui permet de vous évader, comme l'alcool : ça ne résout pas les problèmes, mais le lait et l'eau non plus. Ce poids qui vous oppresse depuis des jours, et qui, là, tout de suite, disparaît comme il est arrivé. Cette sensation de délivrance.... La question n'est pas '' comment '', mais '' pourquoi ''. Pourquoi ce comportement répétitif mensuel ? D'où vient cette volonté , ce désir de recommencer ? C'est métaphorique. Comme s'enlever une épine du pied, en quelque sorte. La douleur est atténuée de manière considérable : imaginer vos problèmes incarnés à travers vos cheveux. Les couper fréquemment revient ainsi à diminuer vos incertitudes, vos contrariétés et autres tracas. C'est purement psychologique. Mais c'est une raison parmi d'autres. Les femmes aux cheveux courts, leur essence, ce qu'elles dégagent : il y a quelque chose d'assez indescriptible. Un genre de self-control qu'on leur envie, une allure. Un caractère affirmé, qui leur permet de s'assumer telles qu'elles sont. Alors, on franchit le cap. On va le faire. On va couper. On veut profiter de cette assurance, de cette carrure. Le rendez-vous est dans deux semaines. 14 jours. 336 heures. Plus de 20 000 minutes. C'est loin. C'est long. Mais ça vaut la peine d'attendre.

On rentre. On patiente. Un peu. La conversation s'engage sur des banalités. Les cours, le temps, l'actualité. Les cheveux prennent un bain, et se font délicatement masser. On enfile la blouse, ample, sombre et soyeuse. Le moment tant désiré arrive. Le siège pivote : on se retrouve face à la glace. Les longues mèches humides retombent sur le front. La tête haute, l'air fier prêt à subir l'assaut des instruments. Les ciseaux coupent pour raccourcir, mais pas trop. Gardons un mouvement, une légère longueur surplombant le front. Le cliquetis des lames s'estompe. Elles s'en vont reposer sur la table en silence. L'amas de cheveux au sol est dispersé d'un rapide coup de balai. Enfin. L'enclenchement du sabot. Le vrombissement de la tondeuse. Le mouvement vertical, du bas vers le haut, s'arrêtant au sommet du crâne, cette délicate caresse sur la peau. La voici presque nue. Un dégradé de couleur sombre, sophistiqué et esthétique. Puis plus rien. Seulement une sensation agréable, jouissive et épurée. On la savoure, fermant les yeux. Il faut la conserver précieusement, mémoriser chaque perception, chaque ressenti. Plaisir éphémère déjà envolé. On ressort, une nuque immaculée. L'air du soir effleurant le visage, jouant dans les mèches rebelles. C'est une délivrance. Un renouveau succinct, voué à s'atténuer rapidement. Ils repousseront. Les problèmes feront leur réapparition. Ils reviendront, et, fidèles à eux-mêmes, envahiront de nouveau cette tête, dispensant un sourire à la nuit.

Marie C.

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Publié le 2 Mars 2017

J'ai les cheveux courts.

Et la plus grande question que je me pose, ce n'est pas de savoir si des oeufs brouillés peuvent se réconcilier, mais pourquoi est-ce que les gens me regardent différemment depuis que je les ai coupés. Je suis restée la même. J'écoute toujours Edith Piaf, je pleure devant la Liste de Schindler, je fume encore des Marlboro. En fait, je n'ai rien demandé à personne. Si, pardon. Qu'on me respecte. Qu'on m'accepte comme je suis. Avec ou sans cheveux. En fait, je crois que le principal soucis ce n'est pas moi. Mais plutôt le regard des autres. Commençons par le début.

Depuis que j'ai les cheveux courts, je ne suis plus définie que par mon homosexualité. Si j'ai cette coupe, je suis lesbienne, évidemment. Ce sont devenus des synonymes, une évidence. Un cliché et

un stéréotype. Je coupe mes cheveux dans cet unique but ? Le faire savoir à la face du monde ? Cela vous gêne et vous dérange. Vous sortez de votre petit confort et de vos croyances bienveillantes.

Les cheveux courts, c'est pour les hommes. Simplement. Et puis, une femme qui les porte ainsi, c'est anormal. Il y a un problème : elle est forcément lesbienne. Ah, oui, c'est contre-nature. Vous trouvez que l'amour va à l'encontre de la nature humaine ? Ce n'est pas de l'amour, mais une perversion ? Pourquoi ? Il faut maintenant prouver que je suis capable d'aimer ? Mais l'amour est juste à accepter, pas à comprendre. Je suis comme vous : je fais mes études, je vais au cinéma, je sors boire des cafés et j'ai aussi un poisson rouge. Et j'aime la personne qui partage ma vie. Alors quand j'ai vu des dizaines de milliers de personne défiler dans la rue pour m'interdire d'épouser la femme que j'aime... Le problème n'est pas là ? C'est l'adoption qui vous gêne ? Mais depuis quand avoir des parents homosexuels engendre des enfants homosexuels ? Je peux vous garantir que mes parents sont hétéros, et que moi, je le suis pas trop. Même pas du tout. Ne continuez pas, vous avez tort. Alors, stop. Je vous arrête. Des cheveux courts, ce n'est d'abord pas la revendication d'une quelconque appartenance sexuelle, mais une personnalité. N'importe qui ne peut pas porter des

cheveux courts. C'est un caractère, une attitude, un style. L'affirmation de soi et de sa conscience profonde. Couper ses cheveux, les raser : ce n'est pas un geste anodin. C'est un symbole de courage. Une volonté de renouveau, de changement. Une évolution vers autre chose. Une réalisation de son identité recherchée. Un éveil. Une délivrance.

Provoquer. Susciter les questions les plus diverses. Fille ou garçon ? Pourquoi ? Comment ? Dans quel but ? Un sourire malicieux en guise de réponse, suivi d'une démarche déterminée et chaloupée.

Contemplez, admirez. Ne cherchez pas à comprendre. Désapprouvez, critiquez. J'arborerai haut ma nuque rasée.

 

Texte et photo: Marie Corcelle

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