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Publié le 3 Octobre 2011

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Difficile d'évaluer les ravages qu'avaient causés Moïra en disparaissant de ma vie. Les premiers mois j'avais été l'ombre de moi même, en proie à des interrogations insensées pour le monde dans lequel j'évoluais. Après la tristesse, la colère, le sentiment de trahison avait prévalu, puis à nouveau la tristesse quand la raison reprenait le dessus et que je finissais par comprendre qu'elle avait été elle aussi, un jouet dans les mains de ceux qui nous dirigent. Durant un temps j'avais trompé ma solitude en abusant du travail, multipliant les missions, m'abrutissant sur les dossiers...

Parfois le blues m'emportait vers le bar de la Porte des Lilas où la patronne, compatissante, connaissait le remède qui momentanément, pouvait me soigner...

Puis un jour, sans aucun calcul, j'ai rencontré Anja à Berlin. Elle prenait le même avion pour Paris et nous avons sympathisé. Elle n'avait aucune chance de chasser de mon esprit le souvenir de Moïra. Blonde, la coupe au carré, un joli corps, proportionné mais pas une athlète, plutôt fragile. A Roissy nous avons échangé nos portables et plongé chacun de notre côté, elle vers le bureau parisien de la ZDF et moi vers "la Boîte". 

Jusqu'à un rendez vous convenu pour déjeuner, place de l'Alma, à deux pas de son bureau. Arrivé à l'heure Chez Francis, j'ai cherché du regard en entrant dans la brasserie une tête blonde. Anja me faisait signe de la main, le visage radieux éclairé d'un magnifique sourire. La surprise était totale parce qu'elle avait coupé ses cheveux, très courts, extrêmement court même et subitement son allure m'apparaissait familière. Devinant mon intérêt pour sa nouvelle coupe de cheveux, elle m'expliqua quelle révélation c'était pour elle d'avoir les cheveux aussi courts, les sensations nouvelles que cela lui procurait, surtout la nuque qu'elle ne pouvait s'empêcher de caresser... 

Autour de nous j'avais le sentiment étrange que Moïra était toute proche et nous observait...

 

 

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Rédigé par jeaneg

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Publié le 5 Juin 2011

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Tout s'achevait ici. Sur ce quai de l'ile St Louis, un dimanche matin ensoleillé. L'enquête m'avait pris des mois. Des mois depuis ce mail laconique et mystérieux sur la bàl secrète que nous partagions Moïra et moi:"Je vais bien, ne t'en fais pas". D'après la date ce message avait été envoyé 6 mois après l'opération Collier de perles menée par les Services israéliens pour la libérer des iraniens. La première idée qui me vint fut que le crash de l'hélico d'évacuation avait été monté pour calmer les véléïtés de l'adversaire en lui faisant considérer que le match était nul après cette dramatique issue... Malgré tout, au fil des mois, aucun sursaut de la part des iraniens, aucun indice, pas même une rumeur sur cette "évasion" d'un agent impérialiste soutenue par le grand satan sioniste, inspirait le doute... Aucun retour de la part de mes contacts. Les Brits continuaient à nier farouchement leur trahison, dévoilant en guise de bonne fois les excellents rapport que Moïra leur fournissait à chacune de ses mission au service de ....La France. 

Plus j'avançais et plus je découvrais Moïra telle que je n'aurais jamais dû oublier qu'elle était. Un agent dur et froid, entraînée depuis l'adolescence dans notre monde paralèlle où les règles ne sont les mêmes pour personne. Une femme d'instinct, sans véritables émotions. J'avais cru fendre l'armure, la découvrir et toucher son coeur. J'avais oublié qu'elle était un fauve, capable pour survivre d'autant de tendresse que de violence...

Au fur et à mesure que je découvrais le document qu'on venait de me remettre, je sentais mon coeur se craqueler, répandant dans mes veines une douleur acide...

La chemise marron portait le tampon סודי ביותר à l'encre rouge. A l'intérieur, le premier feuillet portait une photo de Moïra, très jeune, les cheveux tondus et le regard de braise. Son nom de code était יגואר " jaguar " et depuis toujours... Toujours... Elle était un agent de l'Institut, autrement dit, le Mossad.

Il n'y avait pas plus d'iraniens que de traires britanniques. toute l'opération "collier de perles" avait été montée de a à z par Tel Aviv, qui avait récupéré son agent à Bangkok en faisant croire à cette histoire d'iraniens pour exciter les occidentaux, s'il le fallait un peu plus, contre leur ennemi de Téhéran. Tout avait fonctionné, à merveille... Mais pourquoi ce message? Si tard...Ou si tôt... De toute façon, en le faisant elle m'obligeait à mener cette enquête et à découvrir la vérité. Peut être sa façon à elle de me dire ... Adieu.


Photo: ninafrancine

 


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Rédigé par jeaneg

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Publié le 2 Juin 2011

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Les mois et les mois, les années à présent. Je ne parvenais pas à effacer de ma mémoire le souvenir de la jeune anglaise. Les soirs de blues je repassais par ce bar de la Porte des Lilas, au bout du boulevard Mortier à deux pas de la "Boîte". J'avais des centaines de fois relu les telex, étudié les plans, épluché les témoignages... Plusieurs sources étaient concordantes... J'avais eu beaucoup de mal à avaler la trahison des "rosbeefs". Tous mes contacts au "6" avaient nié que leur hiérarchie ait mené une telle opération au profit de l'Iran.  Inutile de dire à quel point mes relations avec eux se dégradèrent.

Pourtant je ne parvenais pas à croire à cette fin horrible.

La serveuse avait fini par bien me connaître. Elle savait en voyant ma mine que mes vieux souvenirs me rattrapaient. Ces soirs là elle m'apportait directement la bouteille de Oban à ma table... Les images de Moïra envahissaient ma tête, son esprit me possèdait. Je la revoyais, jeune guerrière en Bosnie ou l'imaginais perdue dans le Neguev, mais toujours avec cette même allure de soldat...

Mon Iphone vibra. Je le gardais dans ma main sans décrocher et soudain je repensais à notre bàl hotmail. La plus sûre, la seule connue uniquement par elle et moi...

Je rejetais l'appel et me connectais... Un message... 3 mois auparavant...

" Je vais bien. Ne t'en fais pas."

Photo: Maria Dinulescu - extrait du clip "Peace" Dépêche Mode

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Publié le 21 Mai 2011

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Dans la matinée les informations sont devenues plus précises. La nouvelle était confirmée cette fois directement par l'Aman, le renseignement militaire. Le CH53 du commando, malgré la couverture aérienne avait été abattu au dessus de l'Irak par un tir de SA 7, une de ces bonnes vieilles "merdes" soviétiques qui depuis 40 ans équipaient toutes les rebellions du monde. Presque un coup de "pas de chance". Le raid c'était déroulé dans ses moindres détails comme prévu. Les quads du Shayetet 13 avaient intercepté le convoi qui conduisait Moïra de Téhéran vers la frontière irakienne. L'attaque avait duré 15 minutes montre en main. Les hélicos avaient fait un saut de puce dans le désert pour recueillir les équipes d'assault. L'affaire à cette heure là, était un succès.... 

Durant la nuit, comme un film, avait défilé dans ma tête tout ce que je savais d'elle. Notre première rencontre en Bosnie où je l'avais vue débarquer au milieu d'une équipe du SAS. Elle paraîssait plutôt fluette parmi ces gaillards, mais elle m'avait subjugué dès le premier regard...

Puis Paris, cet appartement dans le XVème, Mexico, Saint Marteen et sa première "mort", San Francisco, Toronto, Bruxelles et les diamantaires, Tel Aviv...

Aucun corps dans la carcasse de l'hélico abattu n'était identifiable. L'opération פרל שרשרת (collier de perles) était un échec...

Des coups durs comme la mort d'un agent j'en avais connus. Mais Moïra...

...je ne manquerai de rien.

 Il me fait reposer dans de verts pâturages, Il me dirige près des eaux paisibles.

Il restaure mon âme, Il me conduit dans les sentiers de la justice, A cause de son nom.

Quand je marche dans la vallée de l'ombre de la mort, Je ne crains aucun mal, car tu es avec moi: Ta houlette et ton bâton me rassurent...

Elle aimait citer ce psaume, encore un héritage de tante Dorothy, et aujourd'hui j'y pensais comme à une épitaphe...

 

Extrait: La Bible - Psaume 23

Photo: Marla Fake

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Publié le 17 Mai 2011

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60 jours. Deux mois que ce portrait me hantait. La fiche était parvenue via Tel Aviv et un contact au BND à Berlin m'avait "glissé" l'info. Evidemment "la Boîte" était au courant mais tout le monde se gardait d'évoquer le sujet. Officiellement elle était photographe luxembourgeoise et personne à Paris ne voyait en quoi son destin pouvait l'intéresser. Je suppose qu'il en aurait été de même pour moi à présent...

Matricule BV 459, les yeux cernés, le corps amaigri dans ce pyjama de coton qui avait du être orange, la tête rasée, Moïra avait le regard fixe et sans émotion. Le doute et la culpabilité parasitaient mon esprit... Pourtant j'avais besoin de tous mes neurones pour tenter d'inventer une solution. Tout oser plutôt que d'attendre une issue forcément fatale...

Les israéliens suivaient les événements et je savais qu'une opération était possible. Des informations recoupées laissaient entendre qu'un transfert était envisagé vers la Syrie. Sans doute la seule occasion de pouvoir sortir Moïra de son enfer...

Un de ses ami israélien qui servait au sein du Shayetet 13 me révéla qu'un plan existait. Ne restait plus qu'à attendre le moment opportun...

Un sourire un peu triste me vint aux lèvres en imaginant qu'elle avait du s'éclater quand le sbire de la prison d'Evin s'était pointé avec sa tondeuse à la main...

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Rédigé par jeaneg

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Publié le 11 Mai 2011

syb--par-p-renoux.jpgLes nouvelles n'étaient pas bonnes...

Moïra avait été arrêtée à Suvarnabhumi airport. Le mannequin qui l'accompagnait, encore effondrée, m'avait raconté la scène. Deux hommes en civil, sans doute des policiers du DSI, l'avait interpelée à l'embarquement. Peu de chance que cela soit directement lié au contrat qui l'avait amenée à Bangkok. Moïra, Dorothée pour elle, était restée très calme, l'avait même rassurée, expliquant que c'était sûrement une erreur et lui donnant mon numéro de téléphone à Paris . Elle avait averti le consulat et la mort dans l'âme elle avait quitté le pays laissant la photographe derrière elle. 

Mais je savais bien, moi, que dans notre métier les erreurs ne sont jamais sans conséquences, et les retours que j'avais de mes différents contacts contribuaient à noircir le tableau d'heure en heure. Dans notre univers trouble, Moïra était à la fois une pièce de choix et un simple pion. Elle n'avait fait que transiter au siège de la NIA avant d'être embarquée dans un vol spécial pour... Téhéran. Sans doute se trouvait-elle à cette heure dans une cellule de la prison d'Evin, avec une vue imprenable sur la cour et ces potences. 

Je n'arrivais pas à rester lucide. La rage plus que le chagrin ou le dépit m'étreignait. En fin de journée le coup de grâce. Moïra avait été vendue par les britanniques. En échange de je ne sais quelle information ils avaient livré celle qui depuis des années les avait reniés... Le vent tournait. Beaucoup parmi les amis des iraniens auraient des raisons de réclamer sa tête... Et les jours s'annonçaient douloureusement sombres. Pas question pour elle d'avoir la chance de passer pour une étudiante arrêtée par erreur et détenue abusivement. Le monde ne saurait rien de la vie de Moïra et moi seul pouvait encore tenter quelque chose pour la sauver. S'il y avait quelque chose à tenter?

 

Photo: Sybil Rondeau par Pascal Renoux

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Publié le 1 Mai 2011

mollie1.jpgComme par hasard, il pleuvait sur Paris. Moïra était repartie depuis deux jours. Un shooting en Thaïlande. Le mot emprunté au monde de la mode était particulièrement bien adapté. Partie avec un mannequin, elle était sensée faire des photos pour un magazine... Et ce fameux shooting ne serait pas seulement photographique...

Les "affaires" marchaient pas mal. Moïra s'éclatait avec sa nouvelle couverture. Elle connaissait déjà plein de filles de rêve, de celles qui s'étalent sur les pages glacées des magazines et le milieu, tellement futile en apparence, de la mode, l'excitait beaucoup. Le lendemain de son retour de Milan elle avait comme d'habitude filé chez le coiffeur, mais au lieu de revenir comme je l'imaginais, coiffée comme un premier communiant, bien dégagée derrière les oreilles, elle m'était réapparue avec une coupe au carré, la frange très courte et la nuque bien tondue. En quelque sorte une sophistication... Elle avait sûrement baisé sa nouvelle coiffeuse ce matin là, pensez donc, un rendez vous chez le coiffeur un lundi...

Mes pas m'avaient mené jusqu'à ce bar non loin des Champs où les Marines de l'ambassade us avaient leurs habitudes. Ici c'était plutôt Jack Daniel's ou Wild Turkey, mais même si le barman me regardait de travers, je commandais un écossais single malt. Je me sentais triste, sans vraiment savoir pour quelle raison je l'étais. Bien sûr Moïra. De plus en plus... Ce job nous rapprochait, nous liait même et j'avais du mal a étouffer mes sentiments. Pourtant il était impossible d'envisager autre chose que cette relation professionnelle, même si elle savait me montrer de l'affection...

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Rédigé par jeaneg

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Publié le 9 Avril 2011

 

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Après tout, je me foutais pas mal de savoir avec qui Moïra s'envoyait en l'air. Avec le plombier ou avec sa coiffeuse. Et puis j'étais sûr d'une chose, c'est que le jour où un de ses "casse-croûtes" risquerait de la mettre en danger, elle n'hésiterait pas à l'éliminer, physiquement. La vérité, c'est que je ne voulais pas me laisser aller à penser que je pouvais être tout bêtement amoureux d'elle. La jalousie est mauvaise dans le business, surtout le nôtre. De toute façon, il fallait bien admettre que personne, sauf Moïra, ne maîtrisait sa vie privée. 

L'appartement à Paris était loué par une société bahaméenne et payé rubis sur l'ongle à une fiduciaire suisse. Le nouveau passeport de Moïra était luxembourgeois et authentiquement faux, ou faussement authentique. Quoiqu'il en soit elle était officiellement madame Leprince. Dorothée Leprince. Il n'y avait que le service des IE pour inventer des noms pareils. La réaction de Moïra avait été lapidaire et ironique: " Bullshit, ça me rappelle ma tante Dorothy, celle qui m'a élevée. J'espère qu'elle va pas venir me tirer les orteils la nuit... "

Le crime d'état est un exercice délicat auquel aujourd'hui aucun gouvernement ne voudrait se risquer, cependant il n'était pas question de confier cette tâche à des "privés". On devait rester en famille. J'avais donc officiellement démissionné pour me lancer dans le business de l'édition et Moïra, enfin Dorothée, était devenue photographe freelance. Structure légère, très haut niveau professionnel= unité à forte plus-value, le principe même des Forces Spéciales. Un seul intermédiaire, moi. Un seul opérateur, Moïra.

En attendant, la belle trompait son impatience de reprendre du service en s'appropriant son nouvel environnement. Et je savais qu'elle était déjà en quête d'un nouveau salon de coiffure à son goût. Dit comme ça, ça pouvait paraître futile, mais la connaissant, je savais que s'était vital. 

 

 

Photo: Philippe Leroyer

 

 

 

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Publié le 26 Mars 2011

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Cette longue période de séparation m'avaient laisser le temps d'échafauder d'autres projets pour elle. Une nana de sa pointure, c'était vraiment gâcher le talent que de la laisser dans un centre de formation, fût-il des services secrets français.

Nos retrouvailles avaient été aussi torrides que ce que j'avais pu imaginer et pour une fois, la belle british ne m'avait pas planté là au petit matin. Les "civilités" accomplies, nous allions pouvoir parler business. J'avais hâte de savoir si le projet que j'avais fondé sur elle, pourrait aboutir.

Moïra m'écouta religieusement et je voyais au fur et à mesure de mon exposé que l'idée commençait à l'exciter.

Sans que je puisse dire quoi exactement, je sentais qu'il y avait quelque chose de plus sophistiqué en elle. Une façon discrète de se maquiller, la coiffure peut être?

"Enfin de l'action! J'ai cru que tu allais me laisser croupir dans ton foutu Loiret toute ma vie...

- Tu vas y retourner encore quelques jours. J'ai besoin de régler de la paperasses... Et puis l'air de là bas semble te réussir. On dirais que tu as fini par trouver un coiffeur digne de ce nom...

- Ehé rien ne t'échappe darling. Sauf que le coiffeur est une coiffeuse, et plutôt gironde si tu veux savoir.

- Ah... Tu....?

- Surpris? Tu devrais me connaitre mieux que ça. No limits honey, no limits!

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Rédigé par jeaneg

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Publié le 9 Mars 2011

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Franchement j'en avais rien à foutre des bilans du directeur des opérations. Ce gars là était plus intéressé par sa carrière que par l'efficacité que pouvaient avoir ses agents sur le terrain. D'ailleurs il n'était même pas du sérail. Un ancien flic passé par la Préfectorale, ce qui semblait être la mode ces derniers temps parmi les hauts fonctionnaires de "la Boîte".

J'avais fait le trajet retour de Cercottes vers Paris en un temps record, vraiment dégouté d'avoir manqué Moïra, qui m'avait on dit était en congé. Du temps avait passé depuis notre retour de Turquie. Il y avait eu pas mal de vagues et quelques retours de bâton, mais finalement les choses s'étaient tassées et j'avais fini par la faire admettre à la section spéciale. Elle avait mangé son pain noir, débriefée durant des semaines et tenue à l'écart de tous pendant des mois, y compris de moi.

Il était tard mais le bar de la rue de Washington était encore ouvert et c'est là que j'avais décidé de faire le ménage dans ma tête, à coup de Jack Daniel's...

" Hi honey, ça fait un bail..." La voix avait conservé cette pointe d'accent cockney qui donnait un charme terrible à son français presque parfait. En levant le nez de mon verre, l'image que me renvoya le long miroir mural de l'autre côté du comptoir fit couler dans mes veines du métal en fusion. Moïra était appuyée le dos au comptoir, juste là, à côté de moi, fumant une cigarette américaine.

" Un sacré bail oui. Et d'après ce que je vois, tu n'as pas trop changée". Elle passa une main lascive sur sa nuque où les cheveux noirs étaient tondus ras. Elle fit demi-tour, posa son bras sur mon épaule et caressa mes cheveux. Je n'avais pas souvenir qu'elle soit capable d'un geste affectueux comme celui là et l'image qui me vint à l'esprit, de la baroudeuse débarquant avec les gars du SAS en Bosnie me parut soudain à des années lumières.

" Arrêtes de boire. Emmènes moi d'ici, j'ai envie que tu me baises!"

Finalement, elle n'avait peut être pas changée tant que ça...

 

Model: Hana Ben Abdesslem

 

 

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Rédigé par jeaneg

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