Publié le 31 Décembre 2013

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Il y avait cette fille sur le pont. De loin il ne savait pas, mais c'est la silhouette, plutôt menue, qui lui donnait l'information. Elle semblait un peu perdue dans ses pensées, adossée à la pierre du parapet. S'il n'avait pas eu de doute au premier coup d'oeil, en s'approchant son esprit se troublait. Non pas que sa certitude soit remise en cause, mais l'ambiguité dans les détails le déstabilisait. La première idée que son cerveau lui soumit fut: "on dirait un garçon" et à peine formulée dans sa tête, cette proposition lui fit honte. Quelle stupidité! Il était bien plus intelligent que ça tout de même, non? Alors pourquoi cette réflexion idiote et instinctive... Comme si une partie de lui était soumise encore à un cadre précis, une sorte de grille d'évaluation se superposait à la silhouette du pont et évaluait pour lui les critères de compatibilité, faisant clignoter des signaux:

Chaussures > Doc Marten's > Godillot = masculin

Pantalon > Jean > Etroit = masculin

Pull > Large > Sans formes > Décolleté = +/- masculin

Cheveux > Très courts > Oreilles dégagées > nuque rasée = masculin ++++++

Poitrine 0000 = masculin +++++++

... et comme dans un banal guichet de l'Administration, un coup de tampon bien sonore et le résultat tombait: "on dirait un garçon". Connerie!

La fille était jolie, elle avait le visage grave et les cheveux sur son front flottaient un peu dans l'air. A son approche elle parut sortir d'un songe profond. Elle esquissa un sourire, puis se retourna pour s'appuyer au balustre, contemplant le canal. Tout cela avait été trop rapide, il aurait voulu répondre à son sourire, peut être lancer un "bonjour", échanger quelques mots, comme pour s'excuser d'avoir eu cette pensée idiote en la voyant, lui dire qu'il ne le ferait plus, promis juré, qu'elle avait mille fois raison d'être elle même sans se préoccuper des grilles d'évaluation des critères de compatibilité de son Administration... Mais elle n'aurait sûrement rien compris.

Il la dépassa, fut tenté de se retourner, juste pour le plaisir de contempler encore cette silhouette fine et déliée... tellement harmonieuse finalement. 

 

Photo: Haoyuan Ren

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Publié le 29 Décembre 2013

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Au début, j'ai tout de suite trouvé quelque chose d'intéressant dans la démarche d'Elliott Sailors, ce mannequin féminin qui a décidé de poursuivre sa carrière en tant que modèle masculin. L'idée est séduisante, faut avouer. Et puis il y a cette intention qui me tient toujours à coeur aussi de bousculer les genres, de casser les codes. 

Pourtant ce n'était pas une première. Avant elle, d'autres jeunes femmes faisaient ce métier de modèle masculin, à la différence que ces jeunes femmes là étaient véritablement de caractère masculin ou en tout cas très "partagées" et n'avaient jamais auparavant été modèles féminin. 

Or je me rend compte que la façon la plus radicale qu'a trouvé E. Sailors pour se glisser dans la peau d'un garçon a été de se couper les cheveux et d'abandonner les robes. Et au bout du compte je trouve ça un peu ... comment dire... trop facile. Comme si d'abord le fait d'avoir les cheveux courts pouvait transformer une femme en homme. Et puis ça devient presque une caricature, je le vois sur ses photos, elle traine avec les garçons, embrasse des filles, fronce les sourcils et fait la gueule comme si cela pouvait accentuer son travestissement masculin. Pas très convaincant. Quoi qu'elle fasse, Elliott Sailors restera une jolie femme.

Par contre, j'applaudis volontiers la démarche qui consiste à s'approprier le style, à mélanger les genres, à briser les barrières derrières lesquelles on voudrait cantonner les femmes, là comme ailleurs. De ce point de vue, je crois que je ne parviendrais jamais à trouver quelque chose de masculin à une coupe de cheveux portée par une femme. Au contraire ce serait pour moi plutôt une sorte de "clin d'oeil" complice.

 

 

 

Photo: Karen Anders

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Publié le 28 Décembre 2013

Ysamin-Lebon-by-Claudia-knoepfel.jpg

Je reviens te chercher
Je savais que tu m´attendais
Je savais que l´on ne pourrait
Se passer l´un de l´autre longtemps
Je reviens te chercher
Ben tu vois, j´ai pas trop changé
Et je vois que de ton côté
Tu as bien traversé le temps

Tous les deux on s´est fait la guerre
Tous les deux on s´est pillé, volé, ruiné
Qui a gagné, qui a perdu?
On n´en sait rien, on ne sait plus
On se retrouve les mains nues
Mais après la guerre,
Il nous reste à faire
La paix.

Je reviens te chercher
Tremblant comme un jeune marié
Mais plus riche qu´aux jours passés
De tendresse et de larmes et de temps
Je reviens te chercher
J´ai l´air bête sur ce palier
Aide-moi et viens m´embrasser
Un taxi est en bas qui attend

 

Texte: Gilbert Becaud

Photo: Claudia Knoepfel


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Publié le 27 Décembre 2013

Harmony-Boucher-ph-Mario-Benedetti-3-e1373885040463.jpg

Il y a bien souvent des effets que l'on obtient en cherchant exactement à obtenir leur contraire. Chez certaines personnes c'en est presque devenu une vérité mathématique. 

Ce sont bien souvent le temps et l'expérience qui nous enseignent alors la façon de contourner cette mauvaise foi provocatrice qui pousse systématiquement la personne à qui l'on s'adresse à faire le contraire de ce qu'on lui préconise. Pourtant je dois admettre que dans certains cas ces remèdes sont sans effets...

Prenez par exemple... ma boulangère! Cette brave commerçante s'ouvrait volontiers à sa clientèle du désespoir qu'elle avait de voir sa fille, pourtant presque majeure, se complaire dans un genre alternatif et ambigu, conjuguant piercings et tatouages, style punky et cheveux courts. 

Ce qu'elle imaginait être du bon sens parental poussait donc ma vendeuse de miches à combattre l'attitude de sa progeniture, ce qui bien sûr ne donnait aucun résultat, la jeunette au contraire accentuant toujours un peu plus le trait pour faire monter la tension de sa pauvre mère.

Et puis comme toutes les expériences de style, celle-ci un jour pris fin et la fille découvrit un nouvel intérêt à cultiver sa féminité. Pourtant, fondamentalement rien n'avait changé. Les tatouages étaient toujours là, les piercings plus discrets peut être, devenaient en quelque sorte des bijoux, mais l'allure vestimentaire était, elle, en tout cas plus raffinée. 

La marchande de baguettes avait sans doute considéré cela comme une victoire, un retour à la raison, une rémission. Cependant elle ne comprenait toujours pas pourquoi sa rejetonne s'obstinait à couper ses cheveux aussi courts. Et chaque fois qu'elle en émettait un regret, comme un automatisme bien réglé, la jeunette filait chez le coiffeur pour en enlever une couche. Action, réaction!. 

Oh je savais bien finalement ce qui chagrinait ma faiseuse de bâtards. C'était le regard des autres sur sa progéniture et ce qu'on pourrait penser d'elle même en jugeant l'apparence de sa fille... vanitas, vanitatum...

Cependant il y a une réalité qui échappe à ma théorie. Changer de vêtements, changer de bijoux c'est une chose. Mais quand on a pris l'habitude des cheveux courts, c'est toujours difficile de supporter qu'ils commencent à recouvrir les oreilles... Mais ça, on sait bien ici, que cela ne nuit pas à la féminité.

 

Photo: Mario Benedetti

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Publié le 25 Décembre 2013

millenium6.jpg

C'est le jour ou jamais! Enfin y parait...

J'ai donc nagé bien sagement dans le courant et combiné plaisir et joie en m'offrant les deux tomes de la version bande dessinée du roman de Stieg Larsson. J'avais dévoré les bouquins, m'étais régalé de toutes les versions au cinéma, il n'y avait pas de raison que la bd me déçoive. Et je peux même dire que la surprise est bonne. Intelligemment le scénario s'appuie sur le roman mais prend d'heureuses libertés et puis le graphisme est exactement comme je l'aime dans ce style de bd, un parfait mélange d'hyper-réalisme et de comic's.

millenium-tome-1.jpg            millenium 2

Et puis, si au cinéma c'est indiscutablement Noomi Rapace qui incarne la Lisbeth Salander que mon imagination avait fabriquée à la lecture du roman, j'avoue que celle de la bd me plait en tous points, dans sa force et sa noirceur, blindée pour que personne ne décelle sa fragilité, sexy et destroy.

 

Millenium Tome 1&2 - Runberg et Homs - Edition Dupuis 

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Publié le 24 Décembre 2013

Bruce-Weber.jpg

Ce soir le vent qui frappe á  ma porte
Me parle des amours mortes
Devant le feu qui s' éteint
Ce soir c'est une chanson d' automne
Dans la maison qui frissonne
Et je pense aux jours lointains


Que reste-t-il de nos amours
Que reste-t-il de ces beaux jours
Une photo, vieille photo
De ma jeunesse
Que reste-t-il des billets doux
Des mois d' avril, des rendez-vous
Un souvenir qui me poursuit
Sans cesse

Bonheur fané, cheveux au vent
Baisers volés, rêves mouvants
Que reste-t-il de tout cela
Dites-le-moi

Un petit village, un vieux clocher
Un paysage si bien caché
Et dans un nuage le cher visage
De mon passé

Les mots les mots tendres qu'on murmure
Les caresses les plus pures
Les serments au fond des bois
Les fleurs qu'on retrouve dans un livre
Dont le parfum vous enivre
Se sont envolés pourquoi?


Photo: Bruce Weber

Texte: Ch. Trenet

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Publié le 23 Décembre 2013

Kat-Demidova-By-Taschka-Turnquist-jpg

Oui je sais, c'est moi et mon ineffable dilection, mais malgré tout je guéris, petit à petit, parce que je me rend compte que certain(e)s peuvent rester complétement indifférent(e)s à la vue de cette image. Pourtant moi j'y "vois" tellement de choses, c'est comme un portrait de dos.

Il y a d'abord la photographe dont j'apprécie la sensibilité, qui trouve de la sensualité dans la pose de son modèle, dans ces épaules nues et ce cou parfaitement dévoilé.

Il y a l'adresse du coiffeur, capable de mettre en valeur ce désir de nudité, de fondre les longueurs et les tonalités en quelque chose d'harmonieux et d'attirant.

Enfin il y a cette jeune femme blonde, déterminée à ne rien camoufler, qui connait le pouvoir de cette nuque trop souvent ignoré et qui cherche sans doute dans cette nudité à se voir elle même, authentique et sans fard...

Il y a tant de similitudes chez toutes ces femmes que cela en devient presque un trait de caractère. Une idée de l'essentiel.

J'aime ces oreilles nues qui portent des bijoux, l'effacement et la douceur de l'implantation presque tondue dont la limite reste floue et la proximité avec la blondeur contrastée de la chevelure. J'aime l'ambiguité de cette allure même si elle ne me trompe pas, surtout si elle ne me trompe pas. J'aime cette anatomie vertébrale où la finesse n'est jamais synonyme de fragilité, mais juste de délicatesse. J'aime l'audace qu'il faut pour se démarquer d'un idéal universel et trompeur sans rien perdre de la féminité absolue qui sait ce qu'elle doit au masculin.

Alors oui je guéris. Parce que maintenant que je sais que certain(e)s sont indifférent(e)s à la vue d'une telle image, j'ai de la compassion pour eux/elles. 

 

 

Photo: Taschka Turnquist

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Publié le 21 Décembre 2013

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Peut être que tu crois la connaître... mais peut être aussi que tu ne connais en réalité qu'une image, qu'une façade de cette blonde aux cheveux courts. C'est tellement facile, devant un cliché, d'imaginer les choses telles qu'on croit les voir. Et si l'on y prend pas garde, si on ne cherche pas à aller au delà de l'image, on finit par tomber dans le piège sombre du jugement.

On la trouve différente, trop blonde, les yeux trop clairs, les jambes trop longues, le sourire trop ravageur, le caractère trop dur... et peut être que les autres voudraient simplement la ramener à des standards plus familiers.

On en oublierait presque l'essentiel si on ne se fiait qu'à cette vision de l'androgyne un peu "tomboy", alors qu'il y a tant d'autres facettes. A être trop plein de ses certitudes on finit par ne plus voir d'autres beautés que celles qu'on a idéalisées.

Non elle ne pose pas dans les magazines... et pourtant elle pourrait, parce que d'autres regards ont su voir une belle femme cachée dans l'armure et la dévoiler en quelques clichés.

Et son vrai naturel, c'est peut être celui là.

 

 

Photo: E. Kalbfleisch

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Publié le 19 Décembre 2013

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C'est pas la première fois que cela arrive, mais à chaque fois cela m'épate de voir qu'il y a des gens dont l'occupation principale est de se faire du mal. Une sorte d'auto-flagellation, un masochisme soft qui consiste à visiter des blogs dont le sujet irait à l'encontre totale de leurs propres goûts et convictions.

Hier, comme il y a longtemps déjà, j'ai reçu un message privé via le bloc de contact, qui m'a laissé à la fois sans voix et souriant.

Je vous le livre:

"C'est franchement horrible et répugnant de voir cela. Je ne comprends pas que des femmes puissent se ridiculiser à ce point.

Décevant !

Autant vous dire tout de suite que je comprend la déception de ce monsieur qui signe "Fairbanks, sans doute venu sur ces pages guidé par la curiosité ou l'envie de se faire vomir, chacun trouvant son plaisir là où il le veut, je serais mal placé pour juger. Peut être s'attendait-il à quelque chose de plus "violent", de plus "trash", de quoi lui retourner les tripes pour de bon. Du sexe, du sang et pourquoi pas les deux en même temps?

Alors comme souvent, après la déception vient la rancoeur et en bon supporteurdefootcheballbuvantdelabièreenshortdanssoncanapé il s'en prend aux femmes en général plutôt qu'à l'auteur de ces pages, les fustigeant avant de laisser tomber un sentencieux "Décevant!" plein de mépris, considérant sûrement que toutes ces femmes ridicules ne méritent même plus son intérêt.

Enfin, la nature humaine est une découverte quotidienne dont le champ est sans limites. Alors au cas où certaines voudraient donner directement le fond de leur pensée à ce fervent féministe, je vous laisse son adresse: jmfairban... oh pis non tiens...    

Moi, j'y renonce!

 

Citation: Maître Folace - Les Tontons flingueurs - M. Audiard

Photo: Joanna Lumley


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Publié le 18 Décembre 2013

Frida Gustavsson-Boe Marion-Scandinavia SSAW

Cette image ne pouvait pas échapper à ce blog. L'histoire est celle de deux amoureuses dans le pays des Trolls et des légendes viking. On le devine presque naturellement à la blondeur, aux vêtements blancs, au bois, brut ou peint en blanc lui aussi, à la luminosité à travers le voile sur la fenêtre. Mais tout ça n'est que cliché. Pourtant cela baigne la scène d'une atmosphère qui la rend naturelle, presque banale.

Il n'y a pas d'impudeur à les voir ainsi l'une et l'autre à peine vêtues. Elles sont à la toilette. Pourtant l'image est troublante parce qu'on cherche la nature du rapport entre ces deux femmes, l'une androgyne laissant l'autre tailler ses cheveux blonds. Il y a toujours dans cette situation une idée d'abandon, de confiance ou de résignation.

De confiance parce que les deux sont amantes, s'aiment et se connaissent mieux qu'elles mêmes et celle qui ferme les yeux en écoutant les lames d'aciers crisser sur ses mèches, s'abandonne sans appréhension à sa compagne.

De résignation peut être, parce qu'au lieu d'un harmonieux équilibre, il pourrait exister un rapport de domination entre elles et l'autorité commanderait à l'autre de la laisser faire, accentuant un peu plus l'allure de l'androgyne en coupant ses cheveux...

Et je n'imagine que le silence dans cette pièce claire, un silence religieux où l'on entendrait que le claquement un peu brutal des ciseaux aux lames trop larges. 

 

 

Photo: Boe Marion

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