Publié le 4 Janvier 2015

Silhouette

On imagine parfois qu'un simple coup d'oeil suffit. On fait confiance aux indicateurs qui depuis des lustres jalonnent notre inconscient collectif. Cette connaissance que l'on voudrait intrinsèque, même pas besoin de l'entretenir ou de la mettre à jour, comme font les pilotes qui apprennent à reconnaitre les avions à leur silhouette. Nope! Inutile, même pas la peine...

Il serait pourtant judicieux de réviser les paramètres, parce que si on en est resté aux cheveux longs, poitrine 95B et hanches prononcées, un bon nombre d'individus risquent de demeurer "non identifiés".

Pas la peine de froncer les sourcils. C'est ainsi.

Parce que finalement, tout bien réfléchi, quand une femme n'a pas la poitrine d'une bimbo et les hanches d'une matrone, elle peut avoir envie d'une coupe de cheveux qui dégage bien les oreilles sans que cela fasse d'elle un alien. Parce que certains êtres ne sont que prisonniers de leur corps et cherchent par d'autres moyens d'être celui qu'ils sont réellement, parce que c'est juste sympa d'avoir la coupe de Tintin quand on s'appelle Elisabeth, parce que... Enfin y a trop de raisons et toutes valables, pour que les femmes qui aiment ça ne se privent pas d'avoir une autre silhouette que celle qui est ancrée dans les cerveaux reptiliens de certains hommes.

Photo: Kai Heath

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Rédigé par jeaneg

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Publié le 3 Janvier 2015

Les gens sont bizarres.

Madame Triplon semblait au bord du désespoir. Elle racontait presqu'en ayant des sanglots dans la voix que sa fille, sa jolie petite princesse avait tellement changée qu'elle soupçonnait l'influence d'une secte. Intrigué j'ai prêté une oreille à ses lamentations, moi qui d'habitude ne suis pas très compassionnel.

Le Bonne Femme racontait comment, depuis des années maintenant, sa fille rechignait à mettre les robes qu'elle lui achetait, comment elle se détournait d'elle et des choses de la maison...

Comme elle voyait que je semblais attentif, elle me pris le bras et j'ai senti que l'ultime révélation allait se faire à ce moment.

En effet, ce qui pesait lourd sur la patate de la dame, ce qui avait déclenché toute cette détresse, c'est que, comme un achèvement, un coup de grâce, sa fille, sans même lui demander, avait coupé ses cheveux. Ses beaux cheveux qu'elle même prenait tant de soins à brosser, dans le temps, ses cheveux longs et merveilleux qui étaient l'emblème de sa féminité, qui la faisaient si belle et la rendaient si désirable.

Evidemment, cette révélation me consternait. J'attendais un scoop, l'affaire du siècle et déjà j'imaginais comment préter main forte à cette famille dans le désespoir face au kidnaping intellectuel de leur enfant... Et voilà que la mémère se désespère simplement parce que sa fille a décidé d'être elle même et de s'affranchir du joug maternel.

Cette fois la vieille pleurait presque, comme si sa fille était morte. " Mais rendez vous compte mon "pauvre monsieur" qu'elle s'est quasiment rasé la tête!" Autant dire que je n'étais pas dupe. Déjà mécontent d'être traité de "pauvre" par la mégère, je n'avais plus aucune empathie pour son malheur et aurais été heureux à ce moment de rencontrer la jeune fille pour l'assurer de ma plus profonde sympathie.

Comme je tentais de faire entendre raison à la mère éplorée, lui expliquant que sans doute la prunelle de ses yeux jugeait qu'il était temps pour elle d'exprimer sa personnalité (qui avait dû bien souffrir de l'étouffement d'une mère si abusive) et que plus que tout, cette coupe de cheveux était le signal de son indépendance. La mère cessa de sangloter, releva le menton, fronça les sourcils et la bouche déformée par le mépris me lâcha : " Monstre!"

Comme quoi... une fois encore j'aurais mieux fait de m'occuper de mes affaires.

Photo: Lucas Passmore

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Rédigé par jeaneg

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Publié le 2 Janvier 2015

L'amant

Il a ce pouvoir, d'être le seul spectateur de ton paysage inconnu, cette face de toi même que toi même tu ignores. Il est, on l'imagine, un explorateur minutieux et prudent, capable de s'émerveiller de la géographie de ce corps, de cette image qui est l'écho de ton intérieur le plus secret.

De sa main consciencieuse aux doigts minutieux il peut caresser chaque vague de ce duvet invisible qui souligne l'échine qui le mène à ton cou puis ta nuque où les cheveux tondus toujours plus court dévoilent sans pudeur ton masculin le plus tendre.

Lui seul, sans doute, connait vraiment ton âme pour aimer chaque détails de cette conjugaison harmonieuse d'Andros et de Gyné. Dans le clair obscur c'est une face de garçon qui parfois s'offre à lui, lorsque la femme reste masquée dans l'ombre. Alors tu lui tends la nuque comme on tendrait les lèvres pour avoir un baiser dans ce creux si intime.

Photo: Aabigail Cyanure

 

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Rédigé par jeaneg

Publié dans #Tendresses

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Publié le 1 Janvier 2015

Santé, bonheur!

Je souhaite à toutes les Femmes aux cheveux courts, une année pleine de petits plaisirs et de grandes joies, d'audace et de confiance, de renouveau et de découverte.

Que celles qui le sont déjà rayonnent et continuent à donner envie. Que celles qui ne le sont pas encore trouvent le courage de pousser la porte pour découvrir mille bonheurs si particuliers.

Ayez du style, soyez unique et admirable! Je vous aime.

Illustration: Parlor Tattoo Prints

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Rédigé par jeaneg

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Publié le 31 Décembre 2014

L'heure des bonnes résolutions

Voilà, on y est presque. Encore quelques heures et l'inexorable calendrier va basculer et faire tourner la grande roue de la Fortune. Sauf que là on est quasiment sûr qu'elle va s'arrêter sur le 2015... faite vos jeux.

Dans ces moments là, on y peut rien, il faut absolument qu'on se promette des choses, qu'on fasse des voeux et qu'on souhaite à peu près tout à tout le monde.

Charité bien ordonnée commençant par soi même, comme disait la tante Simone qui avait débuté dans un bordel de Valparaiso avant de finir baronne et blasonnée dans un château de Touraine, il y a lieu que les voeux que vous allez formuler s'adressent également à vous même.

Comme par exemple celui d'être vous même, sans conditions ni restrictions. Et rien que ça, ça peut aller loin!

Mais dans la limite du raisonnable, parmi ces résolutions, vous donner l'image de celle que vous êtes réellement, tout au fond de vous même et depuis toujours n'est pas la plus saugrenue. Et huit fois sur dix cette image elle passe... par le coiffeur. D'autant que là, l'épreuve est sans douleur et sans conséquence irréversible. Alors...

Soyez vraie, soyez vous même!

(Enfin, moi j'dis ça... j'dis rien)

Photo: Egor Kuzmin

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Rédigé par jeaneg

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Publié le 30 Décembre 2014

Invincible

Dans les ténèbres qui m'enserrent
Noires comme un puit où l'on se noie
Je rends grâce aux dieux, quels qu'ils soient
Pour mon âme invincible et fière.
Dans de cruelles circonstances
Je n'ai ni gémi ni pleuré
Meurtri par cette existence
Je suis debout, bien que blessé.
En ce lieu de colère et de pleurs
Se profile l'ombre de la Mort
Je ne sais ce que me réserve le sort
Mais je suis, et je resterai sans peur.
Aussi étroit soit le chemin
Nombreux, les châtiments infâmes
Je suis le maître de mon destin
Je suis le capitaine de mon âme

 

William Ernest Henley ( 1843-1903 ) - Invictus

Photo: Axel Bruniau

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Rédigé par jeaneg

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Publié le 29 Décembre 2014

Page boy

Au Moyen Âge, un page était un jeune freluquet chargé le plus souvent de faire gaffe à la robe de la dame de qualité qui l'employait ou de porter les messages du chevalier qui lui bottait les fesses de temps en temps. Néanmoins, comme garçon on lui coupait les cheveux à la mode masculine du moment, soit tout en rond autour de la tête, genre "au bol".

Et puis, 500 ans plus tard, un coiffeur sans doute érudit s'est dit qu'il pourrait remettre ça au goût du jour. Mais plus question que la coupe soit masculine, les garçons du Middle West de ce temps là avaient plutôt la coupe en brosse aérodynamique. Ce serait donc pour les filles! Et on appela ça la coupe "Page boy", ce qui était so exotic pour des américains dont l'Histoire ne comportait aucun Moyen Âge.

Evidemment il y eu quelques adaptations, quelques "féminisations", un peu plus de longueurs, de quoi cacher les oreilles et la nuque, mais le principe restait le même, une coupe "en rond" autour de la tête.

Bien sûr en France ça nous a tout de suite rappelé quelque chose cette coupe et on l'a baptisée " à la Jeanne d'Arc", ce qui a dût certainement plaire terriblement aux garçons qui depuis avaient eux aussi été affublé de ce style, plutôt genderfluid avant l'heure.

Et miracle de la mode et des tendances, de temps à autres, cette coupe au bol ancestrale reparait, déclinée en différentes longueurs et sans plus aucun genre aujourd'hui.

Etonnant, non?

Photo: Hershesons

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Rédigé par jeaneg

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Publié le 28 Décembre 2014

Ce n'est pas vraiment un Quartier Libre, c'est plus que ça!

Ophélie m'a livré ce récit hier. C'est à la fois poignant et terrible, amusant et douloureux... émouvant.

J'ai hésité à le mettre en ligne d'un seul bloc et puis je me suis dit que cette histoire méritait bien qu'on se pose 5 minutes, pour lire et réfléchir.

Confession, ou l'histoire d'Ophélie

Il y a des histoires sur le visage de chaque femme. Des mots que l'on peut parfois lire, accrochés aux mèches, qu'elles soient blondes ou brunes, rousses ou grises. La mienne, mon histoire, elle fait aussi directement parti de ces cheveux-catalyseurs. Laissez moi vous raconter, avec mes mots, ce que vous avez sans doute pu, un jour, si vous m'avez croisé, deviner au travers de mes boucles brunes.

Selon ma mère, je me suis toujours coupé les cheveux, petite. La fois la plus marquante fut celle où, âgée de 6 ans, je m'appliquais avec soin, sur le crâne et sur les sourcils, une lotion épilatoire. Durant quelques semaines, raconte maman, j'étais ainsi cette petite fille reconnaissable à la garderie, car j'avais des trous et des touffes éparses sur le crâne. Je ne me souviens pas de cela, pas plus que des commentaires désobligeants qu'à du essuyer ma maman.

Je me souviens en revanche de mon parcours de vie. Pas vraiment sexuée, sans genre jusqu'à très longtemps, j'étais cette enfant qui voulait les rôles masculins, et qui très tôt, avait une conscience nette de la distinction entre le garçon et la fille. D'une éducation très riche et très intelligente, ma mère ne m'a jamais enseigné que le rose était pour les filles et le bleu pour les garçons. Néanmoins, j'ai eu les cheveux longs longtemps, sans pour autant me considérer comme « fille ». J'étais Simba, j'étais Aladin, j'étais Balto. Car j'avais la sensation, enfant, que les filles étaient ces être caricaturées auxquelles je ne ressemblais pas. Avec mes yeux bleus-verts et mes boucles au milieu du dos, on me disait que j'étais jolie. Avec mes pantalons troués et mes chaussures recouvertes de boue, on me disait que j'étais ignoble, et qu'une fille ne devait pas faire cela.

Je me souviens que mon père, alors que j'avais onze ans, m'a regardé dans les yeux, et m'a dit, à l'instar d'une menace soufflée : « A quatorze ans, tu ne grimperas plus aux arbres : tu t'intéresseras aux garçons. »

J'en ai souri.

C'est simplement resté dans un coin de ma tête.

A quatorze ans, sachez-le, j'émerveillais mes petits frères en escaladant les sapins et les bouleaux.

Ma « féminité » a subi son premier coup lorsqu'un jour, après un choc particulier, je me suis coupé au ciseau toute une moitié du crâne. J'allais au collège, en vélo, j'étais en cinquième, et en chemin, j'avouais à ma meilleure amie mon acte, le casque sur ma tête lui cachant le spectacle. Étonnamment, je me souviens, au milieu de la honte de l'appréhension, une espèce de satisfaction à avoir effectué cet acte. Cet « interdit sociétal ». En entrant en classe, je me souviens du silence de stupéfaction de mes camarades. Je me souviens du rire gras de cette fille que je détestais et qui me détestais. Je me souviens de ses moqueries, mais surtout de l'incompréhension des élèves, qui venaient me voir, ou pas, et des questions. J'avais mes cheveux longs d'un côté, et courts de l'autre. Ça jasait dans les cours de récréation. Presque une semaine plus tard, ma mère, ne supportant plus mon esthétique dissymétrique bâclée, a coupé la moitié longue de mes cheveux, pour tenter d'obtenir un résultat égalisé. A cette période, le fait d'avoir les cheveux courts n'était pas plus qu'une simple idée de distinction. Être l'extra-terrestre du collège ne me dérangeait pas, et avoir les cheveux courts était un moyen comme un autre d'affirmer aux autres que j'existais : ce n'était qu'une pierre de plus. Je n'y accordais pas d'attention.

Mes cheveux ont repoussés. Mon corps, mon esprit aussi. La puberté, la fin du collège, les problèmes de vie. Mon envie, parfois, d'être attirante. La compréhension, -le tout début, du moins-, de l'idée d' « être née femme ». Les seins, les règles … les cheveux longs. J'accordais, à ce moment là, de l'importance à ces boucles. Entre temps, j'étais déjà passé par les mèches, les couleurs (au moins 5 durant le collège), les chignons, les tresses et les queues de cheval. Mais, jamais vraiment satisfaite, je me fixais dans le miroir sans me reconnaître. Mon visage n'était pas le mien, et les mèches qui l'encadraient n'étaient jamais là où il le fallait. Je ne correspondais pas à ce que je voulais être. Je n'ai jamais été une de ces filles qui soupirent devant les model photoshopée des magazines. En revanche, combien de fois n'ai-je pas, en silence, admiré mes camarades de classes aux visages et aux coiffures si adaptées à ce qu'elles étaient.

J'ai mis longtemps avant de me trouver.

Suite à une dispute générée par une dite thérapie familiale, je me suis un jour enfermé dans la salle de bain. En m'emparant d'une tondeuse, je me suis fait un undercut. Le résultat était sympa, je m'en rends compte avec le recul. Mais à ce moment là, de voir mes cheveux tondus, malgré tout le reste de la longueur que j'avais encore, j'avais la sensation de m'être défigurée. De m'être cassée. D'avoir touché le fond au niveau de la laideur de mon apparence. Quelques temps après, je me suis coupé le reste des cheveux, en une sorte de bol long et irrégulier, et j'ai teins mes cheveux en noir. Mon humeur était basse.

Et à ce moment là, les gens ont commencés à me faire des remarques surprenantes. « Tu es jolie ! », « Ça te va bien cette coiffure ! », « Mais ça va super bien avec ton visage ! » « Oh, t'étais jolie avant, hein. Mais cette coiffure là te va vraiment bien ! ». Des compliments, spontanés, qui venaient de partout. Même de mon chauffeur de bus, qui, en me voyant rentrer du collège, m'a ainsi salué, en me disant qu'un visagiste n'aurait pu faire mieux.

J'avais seize ans, et j'ai commencé à me trouver jolie.

A dix sept ans, j'entretenais donc cette coupe « courte ».

Et puis, la nuit du 7 au 8 mai 2012, alors que je sortais de mon entraînement de karaté, un homme de 43 ans, en vélo, vers 23h, a trouvé lui aussi que j'étais jolie, et a tenu à me le faire savoir à sa façon.

Je n'ai pas été violée, ce soir là.

Je me suis battue, dans le but de le tuer, et la police est intervenue rapidement. Certains disent que j'ai eu de la chance. Moi, je sais que c'est parce que je voulais vivre. Vivre en tant que personne, avec le regard levé, et non en tant qu'individu, en tant que victime, en tant qu'être détruit.

Mais cette semaine-là, après l'hôpital et le poste de police, a été difficile.

Je me suis coupé les cheveux, encore. Plus courts.

Mais cette fois, c'était par souffrance, par besoin de décharger.

Le résultat était ignoble. J'avais des trous visible au milieu des cheveux, des mèches plus longues que d'autre, et j'entendais les commentaires que les amis de ma mère marmonnaient dans mon dos. Ayant arrêté l'école à ce moment là pour faire le CNED, je n'ai pas subi le regard des adolescents sur moi. Il n'y avait que le mien, le matin, quand je me levais, et que je me regardais dans le miroir. L'idée d'être jolie a disparue. Ne restait que ce constat amer d'avoir un champs de bataille au dessus du front : un champ de bataille sur lequel était établie la difficulté de la vie.

Et puis, petit à petit, ils ont repoussés. Tout allait bien. J'ai eu 18 ans.

Quelques jours après ma majorité, j'ai proposé à une connaissance Internet de venir crécher chez moi. Il n'avait pas très envie de se payer un hôtel, et je lui rendais service de cette manière. Il avait 5 ans de plus que moi, et une maîtrise martiale plus poussée que la mienne. Est-il nécessaire de préciser que, étant un homme dans la force de l'âge, il était impressionnant par son corps ?

J'étais seule à la maison, ma mère n'étant pas au courant que je proposais à un homme adulte de venir dormir chez moi.

Il m'a fait des avances, que, puérilement, j'ai repoussé. Il est allé dans la chambre d'un de mes frères, tandis que je dormais dans le lit maternel. A un moment de la nuit, il a frappé à la porte, et est entré, à demi nu. Je l'ai fixé, je lui ai dit de sortir, et il s'en est allé.

Quelques heures plus tard, je me suis levé sans un bruit, et je suis allé dans la salle de bain.

Quand il s'est réveillé le matin, il s'est figé devant mon crâne à blanc. Je me suis rasée, complètement. La sensation de mes doigts sur ma peau, nue, était aussi terrifiante qu'impressionnante. Je ne savais pas pourquoi j'avais fait ça. Mais je l'avais fait. Je l'assumais.

Quelques jours plus tard, j'annonçais à cet « ami » que je ne voulais plus jamais entendre parler de lui. (Notez, d'ailleurs, que ce matin-là, une de ses réactions face à mon crâne blanc, a été de dire que je lui faisais penser aux nazis, et aux femmes que l'on tondait pour avoir « couché avec le Bosch ».)

Cela a été très dur à encaisser pour ma mère. Elle n'a pas supporté. Elle m'a acheté une perruque, elle m'a forcé à la porter tout le temps, même à la maison. Je suis passé par des périodes de honte, de provocation, de déprime, de remise en question … Ça n'a pas été des plus facile.

Mes cheveux ont repoussés, petit à petit. En septembre, je suis retourné dans un établissement scolaire, pour faire ma Première. La directrice-adjointe de mon établissement m'avait rencontré, et devant elle, j'avais ôté ma perruque. Mes cheveux, à ce moment là, mesuraient 2/3 cm. Elle m'a dit « Assume toi, tu es belle. ». Ces mots m'ont permis d'aller de l'avant : car elle était une femme que je ne connaissais pas, qui ne me connaissait pas, et qui pourtant, m'offrait un jugement valorisant de moi-même.

Je suis entré en Première, avec deux ans de retard sur mes camarades. Sans perruque, mais avec un bonnet pour les intercours. Durant les cours, pendant les deux premières semaines, je suis resté cette fille un peu à part, qui refusait de rejoindre les autres. D'un, parce que je n'aimais pas l'idée de me mêler à des gamines de seize ans alors que j'en avais dix huit, et de deux, parce que j'avais peur, parce qu'avec mes cheveux courts, et mes différences, je ne connaissais pas autre chose que l'isolement. Et pourtant, ces filles de la Première L ont fait des efforts incroyables. Elles sont venues me voir, elles ont osés dépasser mes regards glacés et mes commentaires secs à leurs propos. Elles sont venues, elles m'ont parlés, et elles m'ont intégrés. Et j'ai découvert le fait formidable d'avoir des liens avec mes camarades de classe.

Pourtant, et c'est sans doute normal, j'ai remarqué qu'il y avait cette espèce de rumeur. Un garçon, d'une classe de S, était venu m'avouer, que certaines filles de ma classe pensaient que j'avais eu une expérience de la chimio ; en plus de mes cheveux courts, j'ai une cicatrice d'escarre sur l'arrière de la tête, ce qui créée comme un creux derrière mon crâne. L'idée du cancer était facile.

J'ai pris la parole devant la classe, avec la permission de mon professeur principal, et j'ai expliqué que, après avoir affronté des hommes qui n'ont que trop voulu me considérer comme un objet, j'ai cherché à me dénaturer, pour ne plus attirer le regard. Il y a eu un silence, et puis quelqu'un, à l'arrière de la classe, a applaudi, et j'ai fait face à une ovation, dont j'étais le sujet.

De signe astrologique lion, je me suis toujours escrimé pour être une battante, une lionne au regard qui porte loin. Mais à ce moment là, face à des jeunes qui ont applaudi pour me soutenir, je me suis senti tellement soulagée, tellement acceptée. Je n'ai plus eu besoin de me battre : on m'acceptait tel que j'étais.

Mes cheveux ont repoussés. En presque deux ans, j'ai pu passer par de nombreux niveaux capillaires. Je les ai laissé assez pousser pour avoir une frange : j'ai coupé. Car je me suis rendu compte que ce qui me va vraiment, ce qui me définit, ce sont ces mèches courtes qui flirtent à peine avec mon front. Ces mèches courtes qui me font assumer mes rondeurs, et qui mettent mon visage en valeur. Ces mèches courtes que la femme que j'aime a pu saisir entre ses doigts et les tirer, pour venir poser sa bouche contre la mienne. Ses doigts dans mes cheveux courts sont une sensation que je n'oublierais pas. Que je ne peux pas oublier. Quand elle se penche sur moi et qu'elle me dit « Tu es belle, coupe toi les cheveux », avec un demi-sourire, je ne me dis pas « Je me coupe les cheveux pour elle ». Pas seulement. Je me coupe les cheveux parce qu'aujourd'hui je me trouve belle, j'ai trouvé l'amour, et qu'il y a milles mots qu'elle m'a soufflé dans les mèches. Des mots à moi, à elle ; une histoire à nous qui est accrochée dans mes cheveux.

Et quand je coupe mes cheveux, je cultive cette histoire.

La mienne.

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Rédigé par jeaneg

Publié dans #Divers & variés, #Quartier Libre

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Publié le 27 Décembre 2014

Erreur

C'est parce qu'on les voit souvent, partout, sur les affiches dans la rue, dans les magazines, sur nos écrans qu'on finit par s'approprier l'image de ces gens célèbres, qu'on s'autorise à critiquer leur tenues, leur style de vie, des fois même la façon dont ils éduquent leurs enfants. Les côtoyer "virtuellement" nous les rend familiers...

Mais est ce qu'être familier permet de juger? On peut bien parler de la dernière coupe de cheveux de Scarlett Johansonn, s'épater de son si rapide retour à une silhouette pareille après une maternité, s'autosatisfaire de son choix de couper ses cheveux et constater que la demi mesure de départ finit par une belle undercut bien tondue et un blond plus glamour que le "jaune" du début... Oui on peut bien. De toute façon elle n'en saura rien.

Faire la même chose avec celles que l'on côtoie, le faire de vive voix, juger, trancher, donner son avis que personne ne réclame, sans imaginer les blessures que l'on peut provoquer, c'est un comportement de connard ( j'ai pas trouvé de synonyme suffisamment explicite )

Bien sur qu'on est sensible à l'opinion des autres, mais pas tout le temps et pas sans y être invité.

Et je ne parle même pas des avis péremptoires et machistes qui se contentent de sermoner les femmes qui se coupent les cheveux pour ne les considérer que comme des "erreurs de la nature". Ceux là sont au moins fan de Ribery... Cherchez la l'erreur.

Il y en a que les "erreurs" comme Scarlett contentent...

Photo: Getty Images

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Rédigé par jeaneg

Publié dans #Humeurs

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Publié le 26 Décembre 2014

Merry Nouwel ivribady!

Je n'me plains pas. Cette fête de Noël m'a apporté quelques bonheurs et je ne suis pas du genre à bouder ces bons moments. Je vous fais grâce de mon réveillon familial, foie gras, saumon, dinde aux marrons et diaporama des dernières vacances de Tata Simone à Oulan Bator...

Je ne sais pas si on peut parler de "magie de Noël" mais il se trouve qu'aux alentours du 24 décembre, la page Facebook du blog a connu une affluence quasiment surnaturelle de "mentions j'aime" faisant passer le nombre de membres d'un honorable 1930 à un stupéfiant 2350 et je peux dire que cela fait chaud au coeur.

J'espère juste qu'il ne s'agit pas d'un de ces mouvements de foule, en général aussi subit qu'éphémère, une tendance du moment qui entraine toute une jeunesse à porter une idole avant de la fouler aux pieds.

Parce que oui, la grande majorité de cet afflux semble encore sur les bancs du collège, à cette période critique où l'on voudrait bien se démarquer de la foule sans jamais paraitre différent de son voisin, où les cheveux sont encore longs parce qu'on croit que c'est important d'avoir cette image de fatale bimbo pour tourner un peu plus la tête des garçons, ou qu'on ne veut pas faire de peine à celles et ceux qui trouvent que " c'est tellement plus joli...", cet âge où l'on aimerai jouer le tomboy, peut être faire semblant d'aimer les filles, parce que c'est cool.

Mais peu importe, si chacun(e) trouve ici du réconfort, du courage, du plaisir, de la tendresse ou de quoi nourrir sa réflexion, ben ça fait mon Noël!

Illustration: Elisabeth Zierke - Auto-portrait

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Rédigé par jeaneg

Publié dans #Humeurs

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