Quartier Libre: Barbara

Publié le 13 Avril 2014

CE1, 7 ou 8 ans.
Première fois que l'homme à la paire de ciseaux coupe ma longue et luisante chevelure arrivant jusqu'aux fesses, pour la transformer en un carré court.
Un premier changement qui fait plus de "mal" à ma mère (qui enferme encore la longue natte dans son armoire tel un souvenir précieux!) qu'à moi, qui découvre la délicate sensation d'une nuque dégagée.
J'ai gardé cette coupe, longtemps.
barbara4.jpg 
4ème, 14 ans, première folie capillaire.
Je sacrifie cette longueur arrivant à mes épaules pour une coupe courte.
Deuxième choc émotionnel pour ma mère.
Premières moqueries de quelques professeurs et de certains camarades.
Ca y est, je sais que je suis (et serai toujours) en décalage et en dehors des cases.
Tant pis pour eux, tant mieux pour moi.
 
Vacances d'été, 19 ou 20 ans, cheveux courts.
Je croise cette nana dont le visage est encore intact dans ma mémoire.
Son visage carré, ses traits fins, son anneau dans le nez (oui ca aussi ca fait des années que j'en ai envie), son style skateuse, et son regard noir et profond.
Et là, ce flash, cette "pensée révélation".
Je veux être comme elle!
Je veux mon crâne tondu, ce regard mis en valeur.
Et je veux que mon amoureux me regarde comme son amoureux la regarde. 
Mais la normalité l'emporte.
Je laisse ma belle chevelure reprendre sa place.
 
23 ans, enceinte de plusieurs mois.
Les hormones et la folie chamboulent mon cerveau.
Je rentre un soir avec ma coupe garçonne tandis que mon amoureux se désintègre sur place.
En une minute, il est passé par environ toute la palette de couleurs d'un artiste peintre, et a frôlé une bonne dizaine de fois l'arrêt cardiaque!
262555_459529327458991_1194396002_n.jpgJe ne m'éternise pas sur sa déception.
 
Je relaisse pousser, encore...
Pour lui re-plaire, encore...
Puis je réitère, plusieurs fois...
 
26 ans, mon mariage.
Mon père tombe gravement malade.
Mon monde s'anéanti...
Puis viennent s'ajouter à cette épreuve mes problèmes de santé.
Mon couple s'anéanti...
J'ai envie de tout envoyer balader, je recoupe JUSTE mes cheveux...
Et je les garde courts.
Malgré les regards et compliments inexistants de mon mari qui reste sur sa position : femme = cheveux longs!
 
28 ans et deux mois, début de mon divorce.
La nouvelle vie qui se construit avec les débris de l'ancienne.
Retour difficile à la vie sociale...
 
Nouveau travail, nouvelles connaissances.
Nouvelles retrouvailles, nouvelles espérances...
Et surtout, cette nouvelle... "naissance" ?
L'envie de penser A MOI, de me plaire A MOI.
28 ans et neuf mois, aujourd'hui.
Je pousse la porte de cet endroit familier dans lequel je me sens exister.
Je suis accompagnée de mon troll (traduisez mon fils! )
J'annonce à la jeune et jolie coiffeuse ce que je désire.
Elle me fixe, bouche bée, sans voix, plusieurs secondes.
Je ne lâche pas son regard et répète ma demande.
Elle me demande trois fois si je suis sûre, je lui répète six fois que oui.
532307_617054245039831_4107880519859657922_n.jpg 
Elle m'installe, mon troll joue...
Je vois mon reflet dans ce miroir et entend le bruit de la tondeuse.
La petite montée d'adrénaline se fait sentir mais ne m'effraie pas, tout sonne comme une évidence.
Je sens la tondeuse sur mon crâne, et , lorsqu'elle remonte doucement, je sens une douce chaleur faire sa place dans le creux de mon ventre.
La fierté m'envahit.
C'est (déjà!) finit.
Et, une fraction de seconde, je vois mon père dans ce reflet, ma fierté n'en n'est QUE plus grande.
 
J'ai ENFIN osé, je l'ai fait.
Les clientes me félicitent et me complimentent.
Je repars avec mon fiston qui me regarde et me prend par la main, en me disant : " T'es belle avec ta coupe de garçon, on dirait encore plus une princesse rockn'roll!"
 
J'ai TOUT gagné... c'est MA liberté.

Rédigé par jeaneg

Publié dans #Quartier Libre

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :