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Les Affranchies

Question de génération

15 Septembre 2014 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Nouvelles et petites histoires

Question de génération

Ma vieille tante Agathe n'est certes plus toute jeune, mais s'il lui arrive parfois d'oublier comment je m'appelle, rien de mes affaires de coeur ne lui échappe. Après en avoir vu passer quelques unes, la tantine, un jour me pris par le coude et avec une mine de conspiratrice me glissa à l'oreille qu'elle avait remarqué que bizarrement, toutes ces "jeunes filles" avaient les cheveux bien bien courts. Car si l'aïeule avait à peu près aujourd'hui la capacité auditive d'un pot de géranium, sa vue était aussi perçante que celle d'une concierge du 8ème arrondissement et jamais elle n'avait confondu aucune de mes amies avec un garçon, fut-il très beau.

Il me fallut donc lui révéler mon secret et lui dire pourquoi j'aimais tant les femmes aux cheveux courts. Je ne fus pas étonné de sa réaction, je la voyais sourire au fur et à mesure de mon discours. Elle me rétorqua pourtant qu'il n'était pas obligatoire d'avoir les cheveux courts pour être ce genre de femme. Je du donc affûter mon argument et expliquer en quoi, les cheveux courts étaient une sorte de gage, comme une preuve de cette qualité que je cherchais chez une amie... et puis il fallu bien avouer aussi que j'aimais ça, que "l'ambiguité" provoquée par ces nuques bien dégagées, que ces allures androgynes exacerbées par une coupe un peu "masculine" m'excitaient finalement, bien plus qu'une luxuriante chevelure de naïade.

Et là où je craignais de rencontrer une incompréhension légitime, tante Agathe me stupéfia un brin en avouant à quel point elle me comprenait, qu'elle aussi, quand elle était toute jeune, avait bien senti le regard des autres sur elles, filles et garçons précisa-t-elle, le jour où elle avait fait couper ses cheveux. Mais pas question à l'époque de les couper comme un homme, c'était déjà assez mal vu de les avoir courts, comme une "garçonne" mais pourtant elle aurait adoré pouvoir le faire.

Je n'eu pas besoin de m'égosiller sur son Sonotone, un sourire complice scellait notre communauté d'esprit.

Comme quoi, tout cela ne date pas d'hier...

Photo: Antoine Cierplikowski dit Antoine de Paris - début XXème siècle

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