Mamie a fait la guerre

Publié le 11 Novembre 2011

MetiersFemmesL.jpgCe matin je me suis rasé de frais, pour aller voir ma grand mère. Ce n'est pas ma vraie grand mère bien sûr, il y a longtemps que je suis orphelin. Non, juste une mamie qui m'a pris en affection. Je la vois quelques fois mais chaque année, le 11 novembre elle m'entraîne avec elle, voir le monument aux morts au milieu de son village. Elle me dit que là l'ambiance est bien plus propice au recueillement et au souvenir... Elle n'en manque pas, de souvenirs. Sa mémoire en regorge. Là devant le marbre gravé c'est comme si son regard retrouvait les visages de ses jeunes hommes qui à l'entendre ont tous été ses amoureux. Il y a de l'affection dans ses mots, de la douceur dans ses gestes quand elle passe sa main sur les noms... Pour moi elle a acheté un bleuet qu'elle accroche à ma boutonnière et elle me raconte pour la énième fois l'histoire de ces deux amies infirmières qui inventèrent l'idée que cela permettrait aux blessés invalides de la Grande Guerre de subvenir à leur besoins en les fabriquant et en les vendant. La petite fleur du souvenir...

Et puis elle me prend la main pour échapper au cérémonial, au clairon et aux discours des hypocrites. Nous nous réfugions au bistrot et là elle reprend le fil de sa jeunesse. Ses dix sept ans où sans aucune appréhension elle décide de se déguiser en garçon pour aller s'engager dans l'Armée. Elle a fait couper ses cheveux chez le vieux Beaupoil, le coiffeur du bourg qui n'y a vu que du feu. Mais les militaires ont été plus attentifs et la jeunette a été renvoyée à sa ferme. Qu'à cela ne tienne...

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Le travail ne manquait pas. A la ville il fallait faire tourner les usines, conduire les trams, distribuer le courrier. Elle a tout fait! Elle s'est enivrée pour surmonter le malheur. Infirmière à Château Thierry elle a sourit à ce garçon qui lui parlait en américain. il avait perdu son bras à Bois Belleau. ils ne se comprenaient pas mais à travers leurs regards ils échangeaient de l'amour. A Paris elle avait connu Nungesser, un aviateur tête brûlée comme pas possible. Un trompe la mort beau comme un archange qui lui avait apprit à conduire les automobiles...

Et puis les garçons sont rentrés, un jour de novembre, toutes les cloches sonnaient, c'était comme une féérie, des inconnus vous embrassaient, beaucoup pleuraient, mais de joie, ou de soulagement... Ma grand mère a toujours l'oeil pétillant quand elle raconte ses souvenirs. Elle est resté à Paris, a continué à porter des pantalons et à couper ses cheveux, son combat quotidien a pris une autre forme...

 


 

Rédigé par jeaneg

Publié dans #Humeurs

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