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Les Affranchies

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Être et avoir été

1 Mai 2016 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Portrait

Eve Salvail

Eve Salvail

Sans doute que les 18/30 ans qui lisent ce blog ne voient sur cette photo qu'une femme dans la quarantaine... Les autres se rappelleront que cette femme, lorsqu'elle avait 20 ans, était parmi les supermodèles des 90's, la première et la seule à apparaître sur les podiums avec le crâne rasé, fascinant le public par son allure et le dragon tatoué sur le cuir chevelu.

Être et avoir été

Eve Salvail est québécoise et à 19 ans lorsqu'elle débute dans le métier elle a encore les cheveux longs et va faire ses premières armes au Japon. A son retour, un peu désespérée par ce monde cruel, elle abandonne, se rase la tête et y fait tatouer ce dragon qui deviendra son emblème.

C'est Jean Paul Gaultier, qui d'autre? qui va la remarquer et lancer sa carrière en Europe

Être et avoir été

Et puis, rentrée au delà de l'Atlantique, Eve a fait mille choses, de la gestion de patrimoine pour ses amies topmodels, de la photo, de la télé, du cinéma, a été DJ durant près de 10 ans, a faillie mourir de la tuberculose chopée en plein New York, fait une expo de ses dessins, s'est mariée...

Photo: Malika Cosme

Photo: Malika Cosme

Elle n'a jamais renoncé à ses cheveux courts, même si parfois ils ont pris quelques longueurs, comme si le dragon avait besoin de temps en temps de reparaitre à ses côtés...

Un tempérament, une femme dynamique, un modèle, toujours, pour beaucoup qui sont encore préoccupé(e)s par ce que pensent les autres, une femme déterminée à être elle même toujours et tout le temps et sur qui l'âge ne semble pas avoir d'emprise.

Un bel exemple de femme aux cheveux courts...

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Un portrait de Marie

23 Avril 2016 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Portrait

Un portrait de Marie

Est ce que personne ne vous a jamais demandé ce qu'il pouvait y avoir dans la tête d'une jeune femme de 18 ans, belle souriante et qui semble épanouie, qui s'habille comme un garçon, tous les jours et se coupe les cheveux plus courts encore que certains d'entre eux?

Ma concierge, elle, me pose chaque jour la question. Enfin non bien sûr j'exagère. Seulement lorsqu'elle croise une jeune femme comme Marie.

Marie a 18 ans et elle adore porter des vêtements un peu vintage, des vieux "trucs" militaires, des chemises de bucheron. C'est comme ça qu'elle se sens à l'aise. Et puis, il y a 2 ans déjà, elle a commencé à couper ses cheveux... Aaaah! Le bonheur. Enfin elle a trouvé son image, son reflet, la silhouette qui colle à sa personnalité. Et depuis, chaque mois davantage, au désespoir de son père et de sa mère qui pensaient à l'époque que c'était juste une envie de changement.

Un portrait de MarieUn portrait de MarieUn portrait de Marie

Un changement oui, total, mais pas une lubie. Ces cheveux courts la libèrent du poids d'une certaine hypocrisie. Ils la rendent authentique, en harmonie avec son intérieur. IL n'y a rien d'innocent là dedans. L'allure, les vêtements, la coupe...

Comment expliquer à ma concierge, très maligne mais un peu basse du front, qu'on peut être une femme et avoir une âme de garçon, qu'une fille aux cheveux courts qui s'habille au rayon homme n'est pas un travesti, que très jeune déjà on sait tout ça et que faire "semblant" et jouer à la fille n'est pas très bon pour le moral ou que l'on peut parfaitement conjuguer sa féminité avec un caractère de "garçon loupé", que ce n'est la faute de personne, juste la nature qui des fois fait des tours de con...

Un portrait de Marie

Mais Marie elle, s'en sort bien. La voilà adulte, si si, aujourd'hui même. Feue ma vieille tante Ketty lui aurait certainement dit avec son accent inimitable :" Ça y est, te voilà un homme! " Paix à son âme...

Bon anniversaire Marie!

Photos: Marie C.

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Fille de l'air

21 Avril 2016 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Portrait, #Divers & variés

Fille de l'air

L'uniforme, c''est celui de la compagnie Central Airlines, sans doute l'ancêtre de United Airlines et la photo date certainement de 1934. Dit comme ça, on se risquerait presque à dire... so what?

Helen Richey a grandi comme un garçon, a presque toujours porté des pantalons et se coupe les cheveux courts depuis qu'elle est adolescente, parce qu'elle a la chance d'avoir 20 ans à l'aube des années 30 et d'avoir des parents larges d'esprit.

Fille de l'air

Sans doute sait-elle qu'elle sera une pionnière, en tout cas rien ne lui fait peur. A 20 ans elle décroche son brevet de pilote et pour fêter l'événement, son père lui offre un avion. Une autre époque...

Les femmes pilotes de ce temps rivalisent avec les hommes, parce que le sport est encore récent et que "presque" tout le monde part de rien. Il faut battre des records, repousser des distances, des altitudes. L'aventure!

Helen fera équipe avec Amélia Earhart, l'héroïne, dans une de ces courses, puis sera engagée dans une des toutes premières compagnies aériennes, qui emmènent quelques passagers privilégiés sur des lignes à peine créées. C'est son heure de gloire. Elle est la première femme pilote de ligne au monde.

Et puis... sous la pression d'un lobby de pilotes masculins, elle sera évincée de se poste, mais poursuivra néanmoins son aventure.

Fille de l'air

Bientôt la guerre. Elle s'engage dans l'Air Transport Auxilary et convoie ainsi les avions de chasse, Spitfire et Hurricane, de l'usine aux différentes bases de la RAF en Grande Bretagne, puis retourne aux Etats Unis pour accomplir la même mission, cette fois au sein des WASP ( Women Air Services Pilots ) et pour le compte de son pays.

Enfin la guerre terminée, elle tente de retrouver une place dans les compagnies aériennes, mais la société de l'époque n'est pas prête. Les pilotes masculins démobilisés prennent les places et Helen ne voit plus guère de perspectives pour elle dans ce monde là. Elle plonge dans la dépression et mettra fin à ses jours en 1947.

Elle n'en reste pas moins une héroïne, de l'aviation et de la cause des femmes, ouvrant la voie et démontrant plus d'une fois que, ce que font les hommes, les femmes déterminées savent le faire également.

Photos: San Diego Air & Space Museum

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Petit retour en arrière

7 Avril 2016 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Humeurs, #Divers & variés, #Portrait

Petit retour en arrière

Il y a presque un an, j'avais écrit ça " Ainsi soit-il ". A cette époque je ne connaissais pas Erevan, mais elle, avait déjà lu et relu cet article et l'avait gardé de côté, dans un coin de son ordinateur...

Il n'y a rien qui soit plus gratifiant, plaisant, agréable, que de savoir qu'au moins une personne, même une seule, s'identifie parfaitement, mots pour mots, sentiments pour sentiments, à travers quelque chose qui est sorti de votre imagination. Aujourd'hui que je connais Erevan, je suis presque touché de voir cet article ressurgir, de la voir se l'approprier et j'ai le sentiment bizarre de l'avoir écrit pour elle avant même de la connaître.

Alors je l'imagine ce matin, dans ce salon très masculin, déterminée, les mots en tête et les images de modèles qu'elle a collecté sur son téléphone. Tout comme j'imagine ce coiffeur, toujours un peu réfractaire à recevoir des jeunes femmes dans son salon, séduit par son enthousiasme, son énergie, son esprit.

Ce matin Erevan était un garçon, juste le temps de faire couper ses cheveux, exactement comme elle le souhaitait, tenter ce style, essayer "le fade" et garder sa mèche presque intacte, sentir sa nuque rasée et se séduire elle même.

Petit retour en arrièrePetit retour en arrièrePetit retour en arrière

" Pas trop court tout de même... sinon ça fait garçon..." elle a repensé à cette phrase de l'article en baissant la tête pendant que la tondeuse ratiboisait son cou.

" Garçon? ...Oui peut être, mais joli garçon tout de même " poursuivait le texte dans sa tête...

Et ça lui va bien, parce que des fois Erevan, elle aime bien être un peu garçon. Des fois...

Photos : Erwan Leto

Coiffeur : Le Baronet Noir Barber, 31 rue Cuvier, 69006 Lyon

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Le champ des possibles

13 Mars 2016 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Humeurs, #Portrait, #Tendresses

Le champ des possibles

Tu pourrais la croiser dans la rue, elle s'habille avec style, tu la remarquerais sans doute. A moins que ce ne soit sa silhouette menue, son corps fin et son allure légère qui attirent ton regard, ou encore son visage d'ange et sa coupe de cheveux de garçonnet?

Non je sais ce qui va piquer ta curiosité. La première question qui va venir à ton esprit sera de savoir si elle est fille ou garçon, tu ne peux pas t'en empêcher, c'est plus fort que toi. Il faut classer, ranger...

C'est amusant parce qu'elle n'a pas ce soucis là. Elle aime bien se savoir femme mais considère qu'elle n'a pas de genre, naturellement. Elle aime bien les vêtements pratiques et confortables, elle aime bien aussi les cheveux courts. Mais ça ne fait pas d'elle un garçon

Le champ des possibles

Juste qu'elle n'a pas envie d'être une fille comme sont les filles autour d'elle. Elle aime une fille, mais ça ne fait pas d'elle une lesbienne, puisqu'elle n'a pas de genre. Elle aimerait tout autant un garçon si cela était arrivé...

Les cheveux courts c'est important. Non pas qu'elle cherche à troubler l'intuition des autres, qu'elle aime jouer de son ambiguité. C'est juste une façon de s'explorer. Elle a toujours eu les cheveux courts, raisonnablement. Là elle est aller plus loin. Un temps même elle les a tondu, complètement, se libérant de plein de contraintes, de poids, de secrets... Depuis elle revient à quelque chose de plus sophistiqué, de plus chic, petit à petit. Elle aime ça, c'est tout!

Elle est ainsi et tu la remarqueras certainement si un jour tu la croises avec son allure légère et sa petite tête. Mais ne cherche pas... ne cherche pas.

Photo: Cyndel Morigan

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Fascinante ambiguité

24 Janvier 2016 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Humeurs, #Portrait

Fascinante ambiguité

La Vie vous joue de ces tours parfois... Elle est capable de vous embarquer dans des lisières inconnues où vous devrez vous même inventer votre identité.

Le bébé était adorable, c'était une fille assurément. Mais au fil des années, comme son caractère s'affirmait, ses traits semblaient se durcir. Personne n'y portait tellement d'attention, sous ses cheveux longs, ses yeux rieurs avaient toujours la même espièglerie. Mais la mignonne n'aimait rien d'autre que de défier les garçons dans leurs jeux virils, ne quittait plus ses vêtements de garçon et boudait quand on lui refusait de couper ses cheveux comme les garçons.

L'adolescence compliquera tout, le trouble deviendra insupportable lorsqu'il faudra admettre sa différence. Elle va s'apaiser lorsqu'enfin elle aura l'audace d'être celui qu'elle veut être pour ne plus décider d'être l'un ou l'autre, unique.

Fascinante ambiguité

Elle choisit ses vêtements pour leur confort et leur aspect pratique, coupe enfin ses cheveux à la manière qui lui plait, mais elle n'avait pas de raison de ne plus s'appeler Marie... Androgyne absolue, elle s'arrange, sans se forcer, à entretenir l'ambiguité et le doute dans les esprits...

Fascinante ambiguitéFascinante ambiguitéFascinante ambiguité

Marija Piroshki est serbe, historienne, photographe, mais j'aurais pu aussi bien parler de Beli Klein ou de Camilla Fioravanzi, de celles que je connais ou des millions d'inconnues qui assument cette merveilleuse ambiguité qui les tient définitivement à l'écart de la foule des mortels cantonnés dans une étroite conception binaire du genre.

Photos: Marija Piroshki

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L'air du large

7 Janvier 2016 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Portrait

L'air du large

C'est presque le bout de la Terre. Après il y a l'océan, immense, sans fin... Et sur cette lande tourmentée par le vent du large, elle fait la sentinelle.

C'est peut être des restes de ses jeux d'enfant, d'intrépide garçon manqué, ce goût des choses militaires... Un rien suffit parfois à vous mettre dans la peau du personnage, comme cette veste kaki qui prend tout de suite un air de "battle-dress". C'est l'imagination ensuite ouvre l'horizon vers le voyage et trace la route de l'aventure.

L'air qui monte de la falaise ne parvient pas à décoiffer ses cheveux courts, juste à donner à ce portrait un air de conquérant, de jeune héros, face à son destin, de Jim Hawkins prêt à embarquer sur l'Hispaniola.

Fany pendant longtemps a préféré photographier des lieux et des objets, autant de choses finalement propices à l'imaginaire. Et puis de temps en temps, un personnage. Alors qui mieux qu'elle pour l'incarner? Elle a l'allure de ces figures de roman dont le genre importe peu, pourvu qu'elle soit jeune et intrépide.

Photo: Fany Meil

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Un portrait de Fany

29 Novembre 2015 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Portrait

Un portrait de Fany
Un portrait de Fany

C'est un korrigan, qui court la lande de sa Bretagne ou parcourt les chemins douaniers du bord de mer. Elle explore, s'aventure, comme lorsqu'elle était enfant, incroyable tomboy aux genoux écorchés qui préférait les cabanes dans les arbres aux poupées de sa soeur. Pourtant elle refuse d'abandonner l'idée qu'elle est une fille. Elle l'est et le revendique, mais elle préfère la compagnie des garçons et sème le trouble avec son allure d'androgyne.

Fany a toujours eu les cheveux courts. Petite elle avait cette coupe au carré, bien court, avec la nuque tondue, que portent les petites filles à qui ont a renoncé à faire des couettes. Bien sûr parfois il a fallu composer, faire des efforts, avoir l'air un peu plus "comme les copines", mais les cheveux longs elle les attachait du matin au soir en queue de cheval... Alors qu'elle intérêt? En sortant de l'adolescence elle est revenue aux cheveux courts. Mais c'était souvent trop court pour l'entourage et certains mots font parfois plus de mal qu'une vraie blessure... Alors courts oui, mais pas trop. De toute manière ça ne changeait rien à son caractère...

A présent jeune adulte, elle peut enfin n'en faire qu'à sa tête. Plus court, plus blond, plus androgyne, plus troublante. Sur ses autoportraits elle a parfois l'oeil noir et le regard tourmenté. C'est peut être là, au fond de ses prunelles sombres qu'il faut chercher sa vraie personnalité...

Avec son appareil photo, elle explore les lieux abandonnés, les paysages désertés, capture l'âme des choses qui semblent ne plus en avoir.

Un portrait de FanyUn portrait de Fany

Quelques fois le coiffeur ne suffit pas à son caractère trempé et Fany n'a pas peur de prendre elle même la tondeuse pour donner à son style, la netteté qui lui sied. Et aujourd'hui personne n'a le droit de lui dire que ses cheveux sont trop courts.

Un portrait de Fany

Photos: Fany Meil

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Addicted Anaïs

21 Octobre 2015 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Portrait

Addicted Anaïs

C'est bien connu, aux âmes bien nées, la valeur n'attend pas le nombre des années... Et quand on est une jeune femme aux cheveux courts dans sa tête depuis toujours, pas besoin de 36 semaines pour être complètement accro.

Anaïs a 21 ans et les cheveux courts depuis à peine 10 mois. Ça semble peu, certaines auraient choisit d'y aller progressivement, le temps de s'habituer... Pas elle!

Addicted AnaïsAddicted Anaïs

Déterminée et sûre d'elle, c'est chez le coiffeur de son grand frère qu'elle a plongé. Court, très court! Et puis rapidement elle s'est rendu compte qu'elle ne pouvait plus s'en passer, que quelques millimètres poussant au dessus de ses oreilles la gênaient, qu'elle avait besoin de sentir l'air frais sur sa nuque et de caresser ses cheveux tondus. En quelques mois à peine, la progression a été fulgurante.

Addicted AnaïsAddicted Anaïs

Aujourd'hui c'est "low fade" ou rien et dès qu'elle le peut elle file au salon de Geoffrey où pour 10€ seulement et dans une ambiance très "barbershop" elle retrouve son image préférée, se regonfle le moral.

Elle a beau chercher, elle ne parvient pas imaginer revenir à des cheveux plus longs. Elle aime ça, ça ne s'explique pas, c'est comme ça. Et puis finalement tout le monde la retrouve ainsi, authentique, plus elle même qu'auparavant, dans sa vraie nature.

Et l'essentiel n'est-il pas de s'aimer soi même pour aimer le monde autour de nous?

Addicted Anaïs
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Bonne pioche

10 Octobre 2015 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Portrait, #Quartier Libre

Bonne pioche

Dans la famille " Queer models " il y a Erika, Elliott, Casey... et peut être quelques autres. Moi je voudrais Agata. Oui comme ça, sans h. C'est franco-italo-espagnol.

Agata Descroix est devenue mannequin à 28 ans quand toutes ses consoeurs en ont 17 ou 20. Mais avec du tempérament et une maturité affirmée, il a suffit d'une coupe de cheveux pour révéler sa vraie nature. Pour Les Femmes Aux Cheveux Courts, elle a gentiment accepté de répondre à quelques questions...

« Agata, tu es connue aujourd’hui pour être dans cette tendance des mannequins androgynes. Un style naturel que tu as accentué définitivement en adoptant les cheveux courts.
Est ce que c’est une envie qui remonte à loin ou un choix professionnel?


"L'envie remonte à très loin et c'est elle qui a influencé le choix professionnel. A mes 14 ans, je m'habillais de façon très androgyne, avec des vêtements de skater et un look sportif. C'était le début. J'ai toujours eu beaucoup de mal à me sentir d'un seul côté, ou masculin ou féminin. J'étais plus grande, plus musclée et plus maladroite que mes camarades de classe. J'étais peu aimée à l'école et j'avais tout un monde intérieur et une imagination très fertile. Régulièrement, je m'imaginais plus tard dans la vie; je me rêvais grande, mince et musclée, traversant en rollers de grandes avenues à une vitesse vertigineuse, les cheveux très courts en mohican et décolorés en blond (l'idée du blond m'est passée très vite car j'aime beaucoup ma couleur naturelle).

C'est au Chili que l'envie est devenue insupportable. Lors d'un shooting, le photographe est venu avec une fausse frange. J'ai mis la frange sur ma tête, comme si c'était une crête de punk, et je me suis vue pour la première fois comme je voulais être. C'est à ce moment que j'ai commencé à considérer l'idée sérieusement.

Bonne pioche

La toute première fois qu’on t’a coupé les cheveux, c’était quand?

Je me rappelle très bien d'une coupe de cheveux que j'ai eu à mes 11 ans. C'était la première fois que j'allais chez le coiffeur, ma première vraie coupe de cheveux! Je n'avais pas trop apprécié l'expérience mais le résultat était incroyable. Je voulais me sentir plus féminine, plus parfaite, plus à l'image que voulaient de moi mes parents et mes grands-parents. J'ai opté pour un carré court super féminin et la coiffeuse m'a fait un brushing. J'étais en extase. Mes cheveux étaient lisses alors qu'ils avaient toujours été très crépus et électriques. Je jouais à la petite dame, et je passais le peigne des milliers de fois dans mes cheveux parfaits... Je n'avais pas un seul soupçon que ma crinière indomptable, de nature frisée, allait revenir au naturel. Trois jours plus tard, j'étais en pleurs.

Ma vraie première coupe très courte a été un échec cuisant aussi. En 2013, je suis allée chez un coiffeur Japonais très très connu dans le monde de la mode. Mon agence de mannequin me permettait d'avoir des coupes de cheveux gratuites avec lui si je laissais simplement un pourboire. Ce charmant coiffeur n'a rien compris à mes désirs et m'a fait une coupe et un brushing qui me donnaient l'impression d'avoir 10 ans de plus que mon âge. Les suivantes (faites par un autre coiffeur) ont heureusement récupéré les dégâts.


Quelles ont été les réactions autour de toi et dans le milieu professionnel?

C'est étrange comment les gens peuvent être contradictoires parfois! Tout le monde me dissuadaient de me couper les cheveux courts. Mes copines mannequins me criaient presque dessus en me disant que j'allais être horrible et que j'allais ressembler à un garçon. C'est toujours très délicat de parler d'une idée à quelqu'un. En disant que je voulais couper mes cheveux courts, les gens réagissaient violemment, comme si je leur demandais de couper leurs propres cheveux!
Seuls les coiffeurs professionnels approuvaient l'idée. Ils me disaient tous qu'un pixie m'irait très bien.

Et puis, j'ai franchi le pas et j'en ai profité pour complètement changer de style vestimentaire, pour m'habiller comme j'avais réellement envie, sans me préoccuper de ce que penseraient les clients. J'avais l'impression d'avoir "joué à la fille très féminine" depuis trop longtemps. Je sentais vraiment que je jouais un rôle.

Du coup, sûrement pour la confiance que j'ai récupérée par ce biais, la réaction des gens a été très positive. Tous les gens autour de moi ont été incroyablement surpris et unanimes. "C'est vraiment toi!" j'entendais constamment. Je ne sais pas si tous les commentaires ont été sincères, mais je me suis dit que j'avais au moins l'avantage de me plaire à moi-même.

Bonne pioche

Depuis, est ce que tu as été sollicitée pour laisser repousser tes cheveux?

Une seule fois on m'a demandé d'avoir les cheveux plus longs. J'ai mis fin à ma carrière, cette année, après avoir travaillé à Milan. J'étais avec une super agence, les gens qui travaillaient avec moi m'appréciaient beaucoup et j'ai terminé la saison de façon décente! Mon booker m'a prise à part dans la salle de réunion de l'agence et m'a dit:

"Agata, tu as un style très androgyne, mais tu plais à Milan. Tu pourrais beaucoup plus travailler. J'ai vraiment envie que tu reviennes et que tu te laisses pousser les cheveux au carré. Comme ça, tu pourrais bien bosser dans des rôles de mamans."

J'ai rarement pris un aussi gros coup de poing émotionnel dans la figure. J'étais venue à Milan pour poser et défiler comme femme et homme, mais on voulait me remettre dans les rails d'une personnalité beaucoup plus féminine (dans laquelle je ne me suis jamais sentie bien), pour me donner un rôle de maman!?

C'est ce commentaire qui m'a poussée à finalement prendre la décision d'arrêter le mannequinat. Il fallait bien, à un moment, laisser tomber tout ça et je crois que ça a été un bon moment.


Qui est ce qui te coupe les cheveux actuellement? Tous les combien?

Le seul coiffeur qui touche mes cheveux s'appelle Abraham (et oui, il était destiné à une renommée biblique!!). Il a un look d'enfer, avec une crête de punk qu'il change souvent de couleur et des tatouages partout.

Il travaille dans une chaine de salons qui s'appelle Estilismo, au Mexique. C'est la seule personne qui a su m'écouter, regarder mes références, comprendre mes cheveux et me faire exactement ce que je voulais. Je vais avec lui lorsque j'ai besoin d'une coupe complète, c'est-à-dire, tous les trois ou quatre mois (mes cheveux poussent très lentement). Pour les retouches, je fais ça à la maison avec une tondeuse.


Est ce que c’est quelque chose dont tu ne pourrais pas de passer aujourd’hui, le fait d’avoir les cheveux courts, la nuque tondue, cette liberté?

Je ne m'imagine absolument pas avoir les cheveux longs une fois de plus dans ma vie. J'ai passé tellement de backstages à pleurer en silence de la douleur des cheveux qu'on tiraille, chauffe, tord, attache, que je ne pourrais plus jamais revenir au passé je crois. J'ai détesté mes cheveux une bonne partie de ma vie. Trop fins, trop mous, trop fragiles, trop légers, trop électriques, ils poussaient très lentement et chaque fois qu'on me faisait une couleur, ils étaient encore plus secs et sans forme qu'avant. Ils ont aussi perdu beaucoup de force avec le temps. La coupe courte est quelque-chose d'addictif. Je ne pourrais plus me passer de pouvoir me faire un shampoing en 23 secondes dans le lavabo, au lieu de passer une demie heure à démêler mes cheveux au peigne dans la douche, avec la moitié de la bouteille d'après-shampoing sur la tête. Me coiffer en quelques instants le matin est quelque-chose qui me donne le sourire rien que de l'écrire... Je ne pourrais plus me passer de m'allonger quelque-part sans me coincer les cheveux de partout, passer ma main sur ma nuque sans me faire des rastas et surtout, surtout... Ça ne vole plus dans tous les sens. Je vois clair et lorsque je fais du sport, je ne suis plus préoccupée de ressembler à une barbapapa après avoir transpiré.

Je ne peux pas vraiment décrire l'impact que ça a eu dans ma vie, car personne ne me croirait... C'est comme si on m'avait ôté un fardeau de 20 kilos des épaules.

Bonne pioche


Est ce qu’il t’es arrivé de les couper toi même?

Ouiiiii! Et ça n'a pas toujours été un grand succès, mais c'est assez divertissant. Ado, j'ai voulu couper ma frange une fois, et j'ai oublié que les cheveux se rétractent lorsqu'ils sèchent. J'ai donc terminé comme Jeanne D'Arc....

Il y a juste un mois, je me suis un peu confondue dans les sabots, et je me suis trompée de numéro. J'ai terminé complètement tondue sur les côtés et ça m'a fait un coup au coeur. J'étais un mélange entre un moine Bouddhiste et un punk. Héhéhéhé! Mais je relativise toujours depuis que j'ai les cheveux courts. Les cheveux, ça pousse, même s'il leur faut plusieurs mois, et lorsqu'on les a courts, on peut facilement réparer les dégâts!


Est ce que tu as conscience d’être un exemple, un modèle pour beaucoup de femmes qui souvent n’osent pas couper leur cheveux?

En général, je n'aime pas me considérer ou me penser comme un modèle, mais plutôt comme une motivation ou une inspiration pour que les femmes se libèrent et finissent par se voir comme elles ont réellement envie de se voir dans un miroir et dans leur vie. Je pense que suivre un modèle est un peu comme essayer de copier quelqu'un ou quelque-chose sans prendre en compte notre côté unique. Suivre une inspiration ou se motiver pour quelque-chose ou quelqu'un est un système qui permet de réaliser nos propres objectifs, à notre façon.

Deux femmes avec une même coupe de cheveux s'apprécieront différemment, en prenant en considération leurs traits, mais aussi leur personnalité et leur aura.
Comme j'ai supporté durant des années de ressembler à ce que les gens voulaient de moi, je suis très sensible au fait d'avoir la liberté de se ressembler à soi-même. C'est quelque-chose que je souhaite pour tout le monde. Souvent, les autres ne nous aiment pas plus ou pas moins si nous nous coupons les cheveux courts, mais l'amour que nous avons pour nous-même peut changer d'une façon radicale.

Qu’est ce que tu aimerais dire à ces femmes qui t’admirent mais n’osent pas ou ont peur de se couper les cheveux?

Pendant des années et des années, je me suis regardée dans la glace en pensant que ce n'était pas moi.

C'est quelque-chose que je ne souhaite à personne.

J'aimerais dire à toutes les femmes qui n'osent pas se couper les cheveux courts:

"Est-ce que, dans 10, 20 ou 30 ans, tu regretteras de ne pas t'être lancée? Si oui, alors, fais-le maintenant. Si tu n'aimes pas, dans 10 ans, tes cheveux auront repoussé, si tu aimes, dans 10 ans, tu seras heureuse d'avoir pris la décision de le faire."

C'est généralement ce qui motive toutes mes actions. Je me pose les questions suivantes:

"Est-ce que j'en ai vraiment envie?"

Si je réponds oui, alors je me pose la suivante:

"Est-ce que je regretterai si je ne le fais pas maintenant?"

Si je réponds encore oui, alors, je passe à l'action.

Ne pensez pas aux limites. Pensez seulement que l'une des plus belles choses dans la vie, c'est de se réveiller un jour à 70 ans, regarder sa vie, et voir que nous sommes devenues la personne que nous rêvions d'être lorsque nous en avions 16.


Quel est ton sentiment sur l’androgynie?

J'ai toujours eu beaucoup de mal à me sentir complètement masculine ou complètement féminine et l'androgynie définie très bien où je me trouve: un mélange entre ces deux caractéristiques.

Parfois, les gens autour de moi ne comprennent pas bien cette volonté. Ils veulent me mettre dans une case ou une autre. Ça ne me dérange pas trop, pourvu que j'en change constamment. Je ne m'offusque jamais lorsqu'on me prend pour un garçon. Ça me fait rire et parfois me met dans des situations cocasses. C'est quelque-chose que j'ai très fort en moi.
Je suis une vraie spartiate lorsque je fais du crossfit, du kickboxing ou lorsque je décide de prendre quelque-chose en main, mais j'aime aussi me faire la manucure, avoir une peluche sur mon lit et je suis passionnée de cosmétologie. Ma personnalité englobe deux pôles opposés et c'est parfois dur à vivre car beaucoup de gens autour de moi provoquent des barrières à cette fluidité, par des commentaires, des moqueries, ou simplement une volonté de me ranger définitivement dans un tiroir ou un autre.

L'androgynie, c'est la fluidité dans les genres. Un de mes animaux totem est le serpent. Je pense qu'il représente la fluidité et aussi l'absence de sexe défini. J'aime beaucoup ce symbole et j'ai toujours été fascinée par la confusion des genres. Parfois, lorsque je n'arrive pas à identifier le genre d'une personne, sur une photo par exemple, je transforme les adjectifs espagnols qui se terminent par "a" (féminin) et par "o" (masculin) en "é". Je sais que ce n'est pas correct mais c'est ma façon d'en apprécier pleinement la beauté; en y faisant entrer le masculin et le féminin en même temps.

Bonne pioche

Est ce que tu revendiques cette image de femme androgyne?

Je revendique beaucoup plus la liberté d'avoir une apparence qu'on aime et avec laquelle on s'identifie, que l'androgynie en soi. L'androgynie est quelque-chose que je n'ai pas vraiment choisi. C'est quelque-chose qui s'est imposé à moi. De la même manière que les croyances, le désir de maternité ou l'orientation sexuelle, c'est un paramètre qui fait partie de nous qu'on le veuille ou non. On peut essayer de le combattre, mais on revient toujours au point de départ.

En réalité, je dois avouer que je revendique tout dans la vie, pourvu que chaque personne soit heureuse avec ce qu'elle est et que cette personne n'empiète pas sur la liberté et la sécurité d'autrui.

Si quelqu'un décide de se tatouer complètement des pieds à la tête, ou si une femme porte les cheveux très longs, ou très courts, peu importe la forme, pourvu que cette personne finisse par trouver ce que nous cherchons tous:

Faire la paix avec nous-même."

Un discours plein d'humour et de sensibilité, idéalement dans l'esprit de ces Femmes aux cheveux courts qui font ce blog. Merci beaucoup, grazzie mille, muchas gracias Agata.

Agata Descroix sur Instagram

https://instagram.com/agatacruz/

Photo de couverture: Tzu Reyes Photography

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