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Les Affranchies

nouvelles et petites histoires

New York New York

1 Février 2015 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Nouvelles et petites histoires, #Humeurs, #Tendresses

New York New York

A deux pas d'ici il y a une forêt et un lac, au milieu d'une jungle de béton et d'acier. C'est comme un poumon où la ville vient puiser son air. Dans ses artères au cordeau coule un sang jaune et rouge et sa respiration est comme une sirène stridente qui résonne sur les façades de verre, sans cesse.

Difficile pour toi d'être l'amant de cette new-yorkaise déjà amouresue de sa ville. Elle voudra te l'offrir, t'emmènera dans chaque coin, de Grand Central au pont de Brooklyn. Tu pensais comprendre l'anglais mais les chauffeurs de cab qui s'interpellent te feront douter, tu croyais être citadin mais les rues et les avenues t'étourdiront puis le vertige te saisira sans même monter en haut des tours qui tutoient le ciel...

Mais toi tu n'espères que l'Empire State de sa nuque, le Central Park de ses cheveux blonds abruptement coupés, le Time Square de ses épaules nues au milieu desquelles se hérissent tous les grattes-ciel de ses vertèbres.

Et tu rêves, toi aussi, d'en faire partie, de te réveiller dans cette ville qui jamais ne dort et découvrir que tu es enfin le number one, le king of the hill dans le coeur de cette fille

Photo: Kat Irlin

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Se faire attendre c'est se faire désirer

5 Octobre 2014 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Nouvelles et petites histoires

Se faire attendre c'est se faire désirer

Elle lui a dit qu'elle allait chez le coiffeur, qu'ils se verraient après. C'était espiègle car en le faisant elle s'avait à quel point l'idée aller faire naitre son désir. C'est pendant la coupe qu'un sourire soudainement lui est venu. La tête un peu penchée, pendant que la tondeuse passait et repassait sur sa nuque, qu'elle a repensé à ce sms, imaginant les mains amoureuses qui allaient, sans se lasser, caresser ce chaume tout frais. Elle même en était excitée... et amusée.

Cette attente nourrissait son désir. A peine sortie du salon, elle caresse machinalement ses cheveux courts, envoie un nouveau message, aguicheuse.

Mais c'est elle qui attend, réalisant soudain qu'elle est prise à son propre piège et que c'est son désir à elle qui est torturé. Elle voudrait tant l'avoir dans ses bras, sentir ses mains, ses doigts caresser à leur tour cette nuque affolante.

Finalement l'envie de chacun excitera leur apétit et comme toujours leurs retrouvailles dans ces circonstances seront délicieuses.

Modèle: Agyness Deyn

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Question de génération

15 Septembre 2014 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Nouvelles et petites histoires

Question de génération

Ma vieille tante Agathe n'est certes plus toute jeune, mais s'il lui arrive parfois d'oublier comment je m'appelle, rien de mes affaires de coeur ne lui échappe. Après en avoir vu passer quelques unes, la tantine, un jour me pris par le coude et avec une mine de conspiratrice me glissa à l'oreille qu'elle avait remarqué que bizarrement, toutes ces "jeunes filles" avaient les cheveux bien bien courts. Car si l'aïeule avait à peu près aujourd'hui la capacité auditive d'un pot de géranium, sa vue était aussi perçante que celle d'une concierge du 8ème arrondissement et jamais elle n'avait confondu aucune de mes amies avec un garçon, fut-il très beau.

Il me fallut donc lui révéler mon secret et lui dire pourquoi j'aimais tant les femmes aux cheveux courts. Je ne fus pas étonné de sa réaction, je la voyais sourire au fur et à mesure de mon discours. Elle me rétorqua pourtant qu'il n'était pas obligatoire d'avoir les cheveux courts pour être ce genre de femme. Je du donc affûter mon argument et expliquer en quoi, les cheveux courts étaient une sorte de gage, comme une preuve de cette qualité que je cherchais chez une amie... et puis il fallu bien avouer aussi que j'aimais ça, que "l'ambiguité" provoquée par ces nuques bien dégagées, que ces allures androgynes exacerbées par une coupe un peu "masculine" m'excitaient finalement, bien plus qu'une luxuriante chevelure de naïade.

Et là où je craignais de rencontrer une incompréhension légitime, tante Agathe me stupéfia un brin en avouant à quel point elle me comprenait, qu'elle aussi, quand elle était toute jeune, avait bien senti le regard des autres sur elles, filles et garçons précisa-t-elle, le jour où elle avait fait couper ses cheveux. Mais pas question à l'époque de les couper comme un homme, c'était déjà assez mal vu de les avoir courts, comme une "garçonne" mais pourtant elle aurait adoré pouvoir le faire.

Je n'eu pas besoin de m'égosiller sur son Sonotone, un sourire complice scellait notre communauté d'esprit.

Comme quoi, tout cela ne date pas d'hier...

Photo: Antoine Cierplikowski dit Antoine de Paris - début XXème siècle

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Les choses comme elles arrivent

10 Septembre 2014 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Nouvelles et petites histoires

Les choses comme elles arrivent

Ce soir là il avait enveloppé sa vie dans le parfum ambré d'un Glenlivet hors d'âge. Sa mélancolie lui souriait, effaçant pour un temps les affres d'une vie qu'il n'était pas loin de juger médiocre. Il avait beau tenter d'être objectif, pour ne pas noircir le tableau, rien ne pouvait plaider pour lui. Son travail et les gens qu'il y rencontrait l'exaspéraient, son couple avait chaviré, sa vie était un chaos. Il s'était réfugié alors dans les souvenirs de ses jours heureux, le regard dans le vague, souriant à son tour, comme un clown épuisé.

Et puis il y a cette... ce... ce personnage qui est arrivé au bar. Il ne voulait pas spécialement lui porter une attention particulière, mais il était intrigué. L'allure était féminine, le vêtement peu commun mais indéfinissable, les cheveux coupés courts, ébourriffés. D'une étrange voix, un peu rauque, avec un accent qu'il ne ne savait pas définir, il a commandé une bière. Ses mains étaient délicates avec des doigts d'adolescent...

La personne avait croisé son regard et il tentait de se concentrer sur son verre pour ne pas la dévisager. Elle était comme un très beau garçon. Ce seul constat aurait du apaiser sa curiosité, pourtant la confusion le gagnait. Non pas qu'il ne fut pas certain d'avoir à faire à un homme plutôt qu'à une femme, le doute et l'incertitude l'excitaient. Ce qui le troublait c'était que cette question lui importait peu en réalité. Il était séduit par cette beauté sans genre où aucun détail ne lui semblait déplacé et dès lors il avait besoin de s'en rapprocher au risque de mettre en péril ses convictions les mieux ancrées.

Il a offert un verre... l'androgyne a sourit

Photo: Michael Sanders

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Pour rien au monde

6 Juillet 2014 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Nouvelles et petites histoires, #Tendresses

Pour rien au monde

Un jour il a bien fallu tenter, elle en avait envie depuis longtemps. Elle avait déjà les cheveux courts mais cette fois elle voulait "très" court. Quand elle y pense, elle sourit.

Ce jour là elle était certainement aussi terrifiée qu'excitée, puis finalement amusée. Ce qui l'effrayait c'était surtout les réactions des autres, qu'on la trouve trop masculine, qu'on lui fasse des reproches... Mais elle était excitée à l'idée de créer une image d'elle même absolument authentique et aussi de voir ses oreilles tellement dégagées, ses pattes et ses tempes rasées, sentir sur sa nuque les assauts répétés de la tondeuse, ça, ça l'excitait.

Au final l'émotion était là. Elle a remis ses lunettes et découvert une autre elle même, exactement comme celle qu'elle s'était toujours imaginée être.

Bien sûr il y a eu un grincheux ou deux, pour lui dire qu'elle était mieux avant ou que "non, vraiement, tu n'envisages pas de les laisser pousser? " mais l'enthousiasme l'emportait. Sous ses doigts, la nuque avait un délicieux goût de transgression et puis physiquement c'était excitant de sentir les cheveux aussi courts, soyeux dans un sens et piquant dans l'autre.

Voilà et depuis c'est ainsi, avec à chaque fois le même sentiment de régénération lorsqu'elle revient de chez le coiffeur, le même plaisir secret, le même amusement de voir le regard des autres pétiller sans jamais ne laisser personne indifférent.

Elle repense à tout cela et souris en passant, une fois encore, la main sur sa nuque.

Photo: Mike Lerner

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Nomade

18 Juin 2014 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Nouvelles et petites histoires

Rennio-maifredi.jpg

A cet instant il n'y avait que le feulement du 6 cylindres en ligne, ronronnant sous le capot de la Jaguar. Au volant du bolide on imaginait une héroïne d'Hemingway, n'importe laquelle, elles étaient toutes des femmes ambigues et indépendantes, mystérieuses et envoutantes.

Elle avait roulé un train d'enfer jusqu'à la côte, exaltée par tant de liberté. A présent, presque arrivée, elle roulait au pas avant d'atteindre les falaises...

Peut être que, tout comme lady Ashley, elle allait filer le long de cette côte, jusqu'à l'Espagne, Pampelune et ses corridas pour, comme Brett, retrouver son Pedro Romero?

Elle avait retiré son beret et secoué ses cheveux courts d'une main habile. A ce moment elle passa une main sur son cou et l'idée lui vint, comme Catherine Bourne, de poursuivre jusqu'à Biarritz, se mettre en quête d'un bon coiffeur, qui lui ferait une coupe de collégien en lui rasant la nuque...

Les montagnes toutes proches lui rappelèrent Maria et son Robert Jordan, peut être les croiserait-elle à Madrid? Elle les suivrait du regard et peut être que, comme l'avait promis Robert, une fois la guerre finie, il conduirait Maria chez ce coiffeur pour faire couper proprement ses cheveux tondus?

Un sourire lui vint aux lèvres. Elle se sentait toutes ces héroïnes à la fois, tellement libres. Laissant le béret sur la banquette de cuir, elle reprit la route vers le Sud, cheveux au vent.

 

 

Photo: Rennio Maifredi

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La mort de Blanquette

26 Novembre 2013 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Nouvelles et petites histoires

Maja-F.jpg

...Tout à coup le vent fraîchit. La montagne devint violette ; c'était le soir.

- Déjà ! dit la petite chèvre ; et elle s'arrêta fort étonnée

En bas, les champs étaient noyés de brume. Le clos de

M. Séguin disparaissait dans le brouillard, et de la maisonnette on ne voyait plus que le toit avec un peu de fumée. Elle écouta les clochettes d'un troupeau qu'on ramenait, et se sentit l'âme toute triste... Un gerfaut, qui rentrait, la frôla de ses ailes en passant. Elle tressaillit...

Puis ce fut un hurlement dans la montagne :

- Hou ! hou !

Elle pensa au loup ; de tout le jour la folle n'y avait pas pensé... Au même moment une trompe sonna bien loin dans la vallée. C'était ce bon M. Séguin qui tentait un dernier effort.

- Hou ! hou !... faisait le loup.

- Reviens ! reviens !... criait la trompe.

Blanquette eut envie de revenir ; mais en se rappelant le pieu, la corde, la haie du clos, elle pensa que maintenant elle ne pouvait plus se faire à cette vie, et qu'il valait mieux rester.

La trompe ne sonnait plus...

La chèvre entendit derrière elle un bruit de feuilles.

Elle se retourna et vit dans l'ombre deux oreilles courtes, toutes droites, avec deux yeux qui reluisaient...

C'était le loup.

Énorme, immobile, assis sur son train de derrière, il était là regardant la petite chèvre blanche et la dégustant par avance. Comme il savait bien qu'il la mangerait, le loup ne se pressait pas ; seulement, quand elle se retourna, il se mit à rire méchamment.

- Ah ! ha ! la petite chèvre de M. Séguin ! et il passa sa grosse langue rouge sur ses babines d'amadou.

Blanquette se sentit perdue... Un moment, en se rappelant l'histoire de la vieille Renaude, qui s'était battue toute la nuit pour être mangée le matin, elle se dit qu'il vaudrait peut-être mieux se laisser manger tout de suite; puis, s'étant ravisée, elle tomba en garde, la tête basse et la corne en avant, comme une brave chèvre de M. Séguin qu'elle était... Non pas qu'elle eût l'espoir de tuer le loup, les chèvres ne tuent pas le loup, - mais seulement pour voir si elle pourrait tenir aussi longtemps que la Renaude...

Alors le monstre s'avança, et les petites cornes entrèrent en danse.

Ah ! la brave chevrette, comme elle y allait de bon coeur! Plus de dix fois, je ne mens pas, Gringoire, elle força le loup à reculer pour reprendre haleine. Pendant ces trêves d'une minute, la gourmande cueillait en hâte encore un brin de sa chère herbe ; puis elle retournait au combat, la bouche pleine... Cela dura toute la nuit. De temps en temps la chèvre de M. Séguin regardait les étoiles danser dans le ciel clair et elle se disait :

- Oh ! pourvu que je tienne jusqu'à l'aube...

L'une après l'autre, les étoiles s'éteignirent. Blanquette redoubla de coups de cornes, le loup de coups de dents...

Une lueur pâle parut dans l'horizon... Le chant du coq enroué monta d'une métairie.

- Enfin ! dit la pauvre bête, qui n'attendait plus que le jour pour mourir ; et elle s'allongea par terre dans sa belle fourrure blanche toute tachée de sang...

Alors le loup se jeta sur la petite chèvre et la mangea.

...

 

Texte: Alphonse Daudet - Extrait de La chèvre de monsieur Seguin

Photo: Maja F.

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Le coeur, quand ça bat plus, c'est pas la peine...

13 Novembre 2013 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Nouvelles et petites histoires

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... d'aller chercher plus loin, faut laisser faire et c'est très bien."

C'est comme une pièce vide, sans lumière, sans musique, un grand sommeil sans rêve. Personne ne frappe à la porte et le téléphone ne sonne plus. Les seuls bruits sont intérieurs, dans la tête où les souvenirs et les espérances se mélangent. 

"Faut laisser faire et c'est très bien" Son coeur s'est arrêté quand la porte a claquée et en même temps, comme aspiré par le courant d'air provoqué, le goût et l'envie l'ont quittés eux aussi, le ciel toujours bleu est devenu gris et sa vue s'est troublée.

Le voilà sourd, aveugle et sans inspiration. Comme un peintre sans muse, enfermé dans un atelier froid, peignant et peignant encore son modèle, de mémoire avant que son image ne se dissipe... Alors à quoi bon?

Il faut savoir renoncer et noyer sa déception. Le mot lui même sonne comme une dégringolade, un faux pas qui entraine la chute... Sans inspiration il ne survivra pas.

Plus que son image, parfaite androgyne aux courts cheveux blonds, c'est son âme qui lui fera défaut. Elle incarnait la femme idéale, un coeur vaillant auquel il doit renoncer, sans trop savoir pourquoi et cette ignorance le crucifie...

Cette nuit encore il va la maudire et la nuit d'après sans doute aussi... jusqu'à ce que le goût renaisse.

"Faut laisser faire et c'est très bien"

 

 

 

Model: Agyness Deyn

Extrait: Avec le temps - Léo Ferré

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La lettre

11 Novembre 2013 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Nouvelles et petites histoires

Karl-Boehmer.jpg

En novembre il y a des fleurs des champs qui fleurissent dans les villes. Par chez nous ce sont des bleuets, chez les anglais ce sont des coquelicots. Il y en a partout, sur chaque boutonnière.

Ce matin là nous étions elle et moi perdus dans nos pensées devant un monument de pierre, elle avec son coquelicot et moi avec mon bleuet. Pas de tristesse, juste un peu d'émotion. Elle a prit ma main et de sa voix claire avec un accent maitrisé elle m'a raconté cette histoire...

"C'était un lundi. Déjà quatre ans que le pays était en guerre et ce jour là tout allait changer. Grand mère avait 20 ans. Mon dieu comme elle était belle, habillée à la mode, pimpante avec ses cheveux coupés tout courts...

C'était le 11 novembre, un jour d'allégresse. Les cloches sonnaient à toute volée et bien vite les rues furent envahies par la foule débordante, exubérante et joyeuse. La guerre était finie.

Ma grand mère était heureuse de revoir bientôt son chéri. Tout le monde allait rentrer, la vie allait redevenir comme avant, pleine de douceur et d'espoir. Elle avait dansé, elle avait ri et un peu bu, embrassé des garçons et des filles... Et puis le soir elle est rentré chez elle... Une lettre l'attendait. Une enveloppe de papier kraft avec un tampon d'encre rouge. Pas de timbre, juste un tampon...

La lettre annonçait maladroitement, presque avec brutalité - mais comment faire pour ces choses là - que son chéri, était mort, au début du mois de novembre, à la tête de ses hommes, qui ne survécurent pas eux non plus...

Bien sûr elle s'est effondrée, dévastée par le chagrin, elle a pleuré la nuit entière quand dehors les bals et les flonflons résonnaient dans les rues.

Depuis ce jour elle n'a jamais manqué de venir réconforter l'âme de son chéri, le 11 novembre, ici, devant ce monument de pierre où son nom est gravé.. et je ne sais pas pourquoi, c'est comme si j'avais ça en héritage, maintenant qu'elle n'est plus là..."

 

 ...Mère voici vos fils qui se sont tant battus. Vous les voyez coucher parmi les nations. Que Dieu ménage un peu ces êtres débattus, Ces coeurs pleins de tristesse et d’hésitations. 

 

 

Illustration:  La lettre - Karl Boehmer

Citation: Eve ( extrait ) - Charles Peguy

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La louve

9 Novembre 2013 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Nouvelles et petites histoires

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Même le plus stupide des idiots sait bien qu'il ne faut pas tenter d'approcher un animal sauvage. Il le savait bien lui, que faire un pas dans la tanière d'une louve c'était un peu comme se coller un Smith & Wesson sur la tempe, jouer une roulette russe avec cinq cartouches dans le barillet.

Mais voilà, il avait été pris par la fascination qui chasse tous les instincts, subjugué par une allure, une image, un regard qui lui avait fait perdre tout bon sens et fait croire que le fauve le laisserait s'approcher.

Il était parvenu, contre toute attente, à quelques pas, plein d'une inconsciente confiance... La louve était blessée. Une plaie à peine visible, qu'elle lèchait doucement. 

Il parlait calmement, pour l'encourager, la rassurer... Il aurait voulu l'aider. Et puis...

Un moment il a perdu l'esprit, il a tendu son bras, cherchant à caresser la fourrure claire et la louve l'a mordu, plantant ses crocs dans la main, un coup sec, violent, avant de s'échapper. Dans l'intense douleur toute sa lucidité lui revint. Il se retrouvait seul, réalisant la folie de son entreprise. La main broyée.

Mais quoi? Est-ce qu'il avait besoin de s'approcher, de prendre tant de risques? Est-ce qu'il n'aurait pas simplement du se contenter de rester là, bienveillant, au cas où la louve ait besoin de son aide?

A présent elle avait fuit. Sûrement qu'elle ne lui en voulait pas, sinon elle ne se serait pas contentée de sa main mais c'est dans sa gorge qu'elle aurait planté ses crocs...

La réalité c'est que c'était lui qui avait besoin d'elle, de sa reconnaissance, de sa bienveillance. Besoin d'apprendre, de comprendre...

La première leçon était dure....

 

Photo: E. Kalbfleisch

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