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Les Affranchies

nouvelles et petites histoires

Cahier de vacances - "Un intellectuel assis va moins loin qu'un con qui marche" 10/2014

1 Août 2016 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Nouvelles et petites histoires

Cahier de vacances - "Un intellectuel assis va moins loin qu'un con qui marche" 10/2014

Par inadvertance sans doute, j'ai eu la fâcheuse idée, ce matin là précisément, d'aller déposer un chèque de rançon que me réclamait depuis longtemps l'organisation "Trésor Public" sous peine de me jeter à la rue moi et toute ma descendance.

Et comme un malheur n'arrive jamais seul, je me suis retrouvé à faire la queue juste derrière monsieur Maurice "Momo" l'épicier qui paru fort content de trouver une oreille familière pour y déverser sa bile verbale, le thème du jour étant : "Plus rien ne marche dans ce pays et où va le monde, j'vous d'mande un peu..."

N'ayant aucune échappatoire et rien d'autre à faire j'encaissais sa diatribe sur les bons à rien qui nous gouvernent, jusqu'au moment inévitable où monsieur Momo en vint à parler de mariage pour tous, de pma et de gpa, tous sujets auxquels il n'entendait rien sauf à considérer que ces pauv' homosexuel(le)s ne faisaient rien pour arranger les choses...

"Figurez vous, me dit-il, que bientôt les femmes seront toutes plus tatouées qu'un bataillon d' Coloniaux. Dans l'temps y avait guère que les marins, les soldats ou les taulards qui s'faisaient piquer. Aujourd'hui, des fois on sait même plus à qui on a à faire. Les cheveux courts, les costumes, les tatouages, tout ça c'est des trucs d'homme, non? Alors forcément si les femmes se mettent à la place des hommes, y a un twist que'que part..."

J'avoue que j'ai lâchement fait la moue et opiné du chef. Je n'imaginais pas lancer un débat sur le genre et l'égalité des choix, dans cet endroit où visiblement j'aurais pu finir lynché avant la fin de ma première phrase.

Photo: Terra Juana

Citation: M. Audiard - Un taxi pour Tobrouk

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Cahier de vacances - L'eau qui dort - 01/2012

28 Juillet 2016 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Nouvelles et petites histoires

Ruben-Jacob-Fees.jpg

Tout ceux qui la connaissent disent la même chose. C'est une fille douce et gentille, souriante, toujours aimable. Personne ne lui connaît d'histoire. Une allure de lycéenne, mignonne, la coupe au carré toujours impeccable... C'est fou comme on croit connaître les gens...

Une voix, un message sur son répondeur et le regard juvénile s'est voilé, les yeux bleus ont virés au noir. Elle n'est pas rentré chez elle, a pris un taxi qui l'a déposée devant un hôtel de luxe. Au bar à côté d'elle, un homme a oublié son journal. Elle est ressortie en déchiffrant le message dans les petites annonces. Gare du Nord, direction Bruxelles, le Thalys de 15h25. Blonde, des lunettes de soleil. Dans les toilettes de la voiture 24, sous la trappe de plancher elle récupère un P99 avec un silencieux qu'elle glisse dans sa ceinture. Bruxelles 18h30. Elle est dans le hall de l'immeuble, elle attend. Le type a passé la porte cochère, entre dans le hall, appelle l'ascenseur. Une voix de femme derrière lui l'interpelle: "monsieur Van Der Luyne?" Dans le demi jour il se retourne et répond: " Oui....? " Puis sa vie s'arrête. La première balle est entrée dans l'oeil en fracassant les lunettes. Deux autres ont frappé son coeur.

Elle se penche, palpe l'aorte, ramasse les 3 étuis de 9 mm et disparaît dans le métro.

Boulevard Léopold II elle jette l'arme dans le canal et file vers la gare du Midi. 20h15

22h00 elle retrouve son appartement rue de Clignancourt, au pied du Sacré Coeur. Madame Berthelot a glissé un mot sous la porte pour dire que son mari passerait demain changer l'ampoule de la cuisine... Un travail d'homme assurément.

 

Photo: Ruben Jacob Fees

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Frénésie

4 Juin 2016 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Tendresses, #Divers & variés, #Nouvelles et petites histoires

Photo: Jerry Hsu

Photo: Jerry Hsu

Elle apparaît dans le miroir, nue et le sein étonné. D'une main elle griffe ses cheveux courts, avec complaisance d'abord, puis en les soumettant à l'inspection de son regard sévère et circonflexe. Une paire de ciseaux qui trainait par là, soudain l'inspire...

Un sourire espiègle éclaire un instant le visage, réprimandé par un front qui se plisse dans la concentration. La voilà, lames en main, tirant sur les mèches insolentes qui désharmonisent son casque de cheveux noirs.

Elle aurait bien pu patienter, quelques jours, une semaine, peut être deux et en toute confiance abandonner au coiffeur la taille de sa frange. Mais elle trouve ça amusant, ce jeu dans l'espace où il faut tout faire à l'envers, l'oeil rivé sur la glace.

Elle tient une première mèche, tire un peu dessus, pas trop malheureuse! Et doucement, craignant de lui faire mal, la laisse mordre par le ciseau qui d'un seul coup claque au bout de la course de ses lames, la faisant presque sursauter. Elle regarde, amusée, le copeau de cheveux qui lui reste dans les doigts, inerte, puis le jette dans le lavabo, agitant son pouce et son index comme elle se débarrasserait de quelques miettes.

Fière de son fait, elle se redresse, la poitrine impertinente et tourne la tête, à droite, à gauche, le regard dans les coins, cherchant où exercer son nouveau talent. Les ciseaux crissent, un peu affamés et une pluie de petits cheveux coupés tapissent les épaules nues... La nuque reste inaccessible au regard, mais qu'importe, à l'aveugle, les cheveux sont encore assez longs pour qu'il n'y ait pas de préjudice. Elle tente un moment d'imiter les gestes d'un professionnel, soulevant une pointe pour la trancher de biais... Et la frange? Pourquoi pas?....

Mais la conscience lui revient. Elle s'arrête, essoufflée, laisse tomber les ciseaux sur la céramique où le bruit est presque étouffé par les cheveux qui jonchent la vasque.

Elle retrouve son image dans le miroir, secoue sa chevelure, y agite ses doigts écartés, donne du volume, du mouvement et se rassure de n'être pas allé trop loin. Elle sourit à nouveau, en songeant à son coiffeur qui va encore la gronder, la prochaine fois.

"Quel mufle! Il pourrait au moins me trouver incertain talent (... quitte à mentir )"

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Babysitter

17 Mai 2016 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Divers & variés, #Nouvelles et petites histoires

Photo: Erwin Verweij

Photo: Erwin Verweij

Avec des gestes précis et mesurés, elle avait introduit un chargeur et actionné le système d'armement du MP7, avant de le laisser pendre sur le côté. Puis elle avait vérifié son arme de poing.

Son équipier avait fait de même et les deux semblaient prêt à l'action. Quant à lui, il avait toujours trouvé ce genre de démonstration de force un peu superflue, mais après tout, il se sentait assez fier de la présence de ces deux "professionnels" dont l'Etat le gratifiait, prenant ça pour une marque d'estime...

Comme elle marchait devant lui, il se mit à l'observer dans sa démarche féline, un peu chaloupée sans doute à cause des équipements. Elle avait quelque chose de sensuel, ses bras nus peut être, dont la peau bronzée laissait à peine deviner les tatouages, ou bien son corps athlétique, masqué par le vêtement ample et le harnais, mais qu'il imaginait souple et musclé. Elle avait les cheveux plus courts que son coéquipier, tondus sur la nuque où la peau semblait plus pâle, preuve que la coupe devait être récente. Dessus, ils étaient drus et épais et tenaient dans un mouvement vers l'avant qui lui donnait un air juvénile...

Le parcours en voiture dura moins d'une demi-heure, mais il sentait une tension mesurée chez elle. Son regard était toujours en mouvement, elle semblait comme une lionne en chasse. Arrivé à la résidence, elle avait ouvert sa portière avant même que le luxueux 4X4 ne s'arrête devant le pérron et l'arme au poing elle avait déjà scruté les environs avant d'ouvrir la porte au passager. L'homme s'était extrait de la voiture et leur regards se croisèrent à ce moment là...

"Bonne soirée monsieur" La voix un peu rauque, calme et posée achevait de le séduire...

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Equivoque

31 Janvier 2016 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Nouvelles et petites histoires, #Tendresses

Equivoque

Personne alentour n'aurait parier un kopeck sur son genre, il en était convaincu. Pourtant, lui avait la conviction que l'androgyne était féminin. En tout cas ça lui faisait du bien de le penser...

Aussi discrètement que sa bonne éducation l'y autorisait, il cherchait en l'observant, les détails, les indices qui pouvaient étayer son opinion. Il fallait à tout prix faire abstraction du costume et des accessoires, manifestement trop masculins pour ne pas être de fausses pistes.

Il y avait, lui semblait-il, beaucoup de fluidité dans son attitude et ses gestes et cela l'encourageait à dire "elle" lorsqu'il voulait la nommer. Il suffirait d'un sourire, ou même qu'elle abandonne un instant cet air sévère, pour révéler davantage de féminité... Mais visiblement, elle n'y tenait pas plus que ça.

Par quelques regard furtifs il avait remarqué ses joues imberbes, son cou, sa gorge où les hommes ont souvent le cartilage du larynx plus visible, les plis de sa chemise qui ne laissaient deviner aucune forme... Bien sûr il luttait pour ne pas se laisser influencer par la coupe des cheveux, presque rasés au dessus de ses oreilles. Après tout, si elle préférait jouer de son ambiguité, quel meilleur moyen que d'avoir les cheveux coupés d'une telle manière?

Néanmoins pas un des critères qu'il avait énumérés, ne permettait d'affirmer qu'il s'agissait d'un garçon. Donc il décréta que son jugement était le bon et que cette merveilleuse androgyne était... androgyne... et accessoirement de sexe féminin.

Il en était là de ses considérations, lorsqu'une femme qu'il avait remarquée un peu plus tôt, belle bourgeoise aux cheveux gris permanentés et aux mains chargées de bijoux, quitta sa table et s'approchant de l'androgyne lui déclara avec un sourire presque maternel : " Que vous soyez fille ou garçon, vous êtes magnifique. Merci..."

L'androgyne sourit enfin, ne révélant rien de plus finalement que sa vraie nature...

Photo: Alanna Milaney

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Ouanseuponeutailleme...

19 Décembre 2015 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Humeurs, #Nouvelles et petites histoires

Ouanseuponeutailleme...

Il était une fois...

... une princesse de rêve, comme celles que l'on découvre en lisant les contes pour enfants, douce, gentille, belle et délicate, avec un sourire magnifique et toujours un mot attentif pour les autres.

Les prétendants ne manquaient pas bien sûr, mais hélas le niveau de vocabulaire n'y était pas, bien que celui dont ils usaient fut suffisamment explicite : "wow mam'zelle t'es bonne, tu donnes ton 06 ? " Enfin bref! C'était un peu trop succinct pour s'accorder avec ses désirs de princesse.

Et puis un jour, comme par hasard, un prince charmant itinérant déboula dans la vie de la jeune femme. Celui là avait un peu de conversation, des vêtements soignés et une hygiène irréprochable. Il paradait un peu, certes, mais elle sentait qu'elle pourrait bien se laisser séduire par son allure de conquistador magnifique. Il lui contât donc fleurette, en bonne et due forme, au moins jusque derrière la gare où un formidable élan physique les poussât dans le rayon paluches et gamelles...

Un peu ébouriffés et l'air benêt, ils sortirent de là, bras dessus, bras dessous pour se montrer dans la galerie marchande du Super U, faisant l'admiration de tous les sujets et la fierté des commerçants.

C'est alors que, posés devant un goûteux smoothie et encouragé par leur toute nouvelle proximité physique, le bellâtre croyant sans doute être légitime à donner son avis déclarât:

" Tu es vraiment très belle, la plus belle que j'ai connu... mais c'est dommage que tu aies les cheveux courts..."

WHAAAAT THE FUCK?

Le sang de la princesse ne fit qu'un tour. Dommage? Non mais, dommage? Vraiment?

Le malotru de passage n'avait donc d'autre sentiment que celui de coller à son bras une poupée suffisamment attractive pour flatter son ego et mettre en valeur sa plastique de candidat de téléréalité... Ce n'était donc que son image qu'il "kiffait" et encore, eut-il fallu qu'elle eusse les cheveux longs, pour parfaire ce consternant cliché... Le blaireau n'était donc pas plus charmant que les autres avec leur vocabulaire de QCM.

Après avoir renversé le milk-shake sur la braguette de son voisin et lui avoir claqué le beignet d'une pichenette, elle jura qu'on ne l'y reprendrait plus et fila tout droit chez son coiffeur...

Photo: Carlos Serrao

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Lily was here

5 Septembre 2015 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Divers & variés, #Nouvelles et petites histoires

Lily was here

Il me semblait bien qu'elle attendait, quelque chose ou quelqu'un... Un soleil pâle éclairait son visage grave, le regard dans le vague.

De la poche de son trench elle a sorti une cigarette un peu biscornue et l'a collée entre ses lèvres, sans l'allumer. Je ne voyais rien d'étrange dans cette silhouette, pourtant le vêtement était masculin, l'imper militaire, presque autant que la coupe de cheveux, les traits ambigus, sans maquillage, mais je n'ai pas pensé un seul instant qu'elle ne soit pas une femme. Pour tout dire je la trouvais belle même...

Finalement elle a chassé la mèche sur son visage et elle a allumé la cigarette. Des effluves du tabac blond sont parvenues jusqu'à moi. Il y avait beaucoup de force, d'énergie qui se dégageaient malgré son attitude passive et si je cherchais à l'imaginer en robe légère avec les cheveux longs... je n'y parvenais pas.

Un coup de vent parfois ramenait se cheveux à travers le visage, mais cela la laissait indifférente... Comme j'étais là, à l'observer, mon imagination s'est mise à galoper. Elle pouvait être flic ou détective, préoccupée par une sordide affaire... agent secret attendant son contact, je me suis dit qu'elle avait peut être son autre main crispée sur la crosse d'un revolver dans la poche de son Mack...

Et puis subitement, l'atmosphère a changé, la rue s'est agitée. D'une pichenette elle a jeté sa cigarette dans le caniveau et son regard semblait scruter la foule... Une sonnerie puis une grande rumeur, aigue, joyeuse, enfantine... Elle a levé la main comme pour faire signe, a crié "Lily" et une petite fille avec son cartable sur le dos est venue se jeter dans ses bras... Et puis elles sont parties, se tenant par la main, douces, épanouies et heureuses.

 

Photo: Ryan Plett

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L'Odalisque

12 Juin 2015 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Divers & variés, #Nouvelles et petites histoires, #Tendresses

L'Odalisque

C'est une esclave sans maître, au corps souple, à la peau d'ambre, qui dans la tiédeur du sérail, s'endort, tourmentée par ses rêves d'amour. Et là où ses rêves l'emportent elle laisse glisser ses mains sur son corps glabre, sur ses seins, sur son ventre, jusqu'à l'orée de son pubis où l'une d'entre elles s'aventure, puis se retient.

Elle soupire pendant que sa langue claire humecte ses lèvres asséchées. Sous ses paupières fines, son théâtre fantasmatique est peuplés de vierges et d'éphèbes qui tourmentent ses sens. Celui-ci qui mord sa nuque comme un chiot, irradiant son corps entier, celle-ci dont les seins pointus excitent sa chair pendant que de sa main habile, un lourd rasoir met son crâne nu...

Dépouillée de ses bijoux d'or et d'argent, elle glisse dans le bain parfumé, abandonnant sa bouche aux lèvres de la jeune vierge alors que l'éphèbe au membre de Bankiraï pénètre son corps à l'en faire gémir...

Elle va sombrer dans les Limbes, mais pousse un dernier cri, presque étouffé, lorsque sa main enfin audacieuse enveloppe le buisson humide et que ses doigts effleurent sa chair à vif...

Photo: Edward Ysais

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D'un regard

17 Février 2015 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Nouvelles et petites histoires

D'un regard

Une journée maussade dans un monde maussade. Sans envie, refermé sur lui même, il est entré dans l'ascenseur déjà bondé. Il a serré ses épaules, tenant sagement sa malette des deux mains devant lui. Il ne voulait regarder personne, comme tout le monde...

Mais très vite il a senti qu'on l'observait. Les corps étaient trop près les uns des autres, son champ de vision réduit à quelques centimétres. Un premier arrêt libéra un peu d'espace. Entre une épaule et un dos il distingua sa silhouette et baissa rapidement les yeux, puis releva la tête, inperceptiblement, l'observant à son tour. Il y avait de la dureté dans son regard. De la dureté, pas de la méchanceté. Elle était comme lui, piégée dans ce monde gris, acteurs d'un jeu dont ils ne savaient rien sauf qu'ils n'en seraient jamais les vainqueurs.

Encore un arrêt. La cabine petit à petit se vidait, mais ils étaient indifférents à ce flux, se tenant par les yeux, l'air grave.

Il aurait aimé deviner une étincelle dans ce regard qu'elle avait sur lui, il voulait s'enflammer et que l'incendie ravage ce monde lugubre.

La porte s'ouvrit à nouveau. Elle fit un pas, quittant l'ascenseur et il fut tenté de la suivre, mais un homme s'approcha d'elle, grand, raffiné, habillé avec élégance. L'homme passa la main sur les reins de la jeune femme, l'attira à lui, embrassa sa gorge...

Elle, ne l'avait pas quitté des yeux lorsque les portes coulissèrent...

Photo: Max von Grumppenberg & Patrick Bienert

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Pour une poignée de souvenirs

16 Février 2015 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Nouvelles et petites histoires

Pour une poignée de souvenirs

Avec son envie de cheveux courts, une bouffée de souvenir a ressurgi... et elle s'est dit que ce serait amusant de remettre ses pas dans ceux de son enfance. Ce n'est pas si vieux, c'est vrai, mais tout de même. Elle avait 10 ans quand, crânement, elle avait, sans broncher, regardé la coiffeuse à travers le miroir, qui tranchait ses boucles presque blondes au ras de ses oreilles lui faisait une petite tête au carré de sage écolière. C'était la première fois. Cela aurait pu être émouvant, elle ne fut pas émue. Au contraire, amusée, excitée, libérée. En trois coups de peigne elle était à présent coiffée. En sortant elle a rentré la tête dans les épaules, surprise de l'air qui glissait sur sa nuque tondue, mais elle était heureuse.

Depuis tout ce temps bien des choses avaient sûrement changées, mais elle croyait retrouver les parfums et les odeurs, le sourire de la coiffeuse et l'ambiance de ce petit salon. Secrétement elle espérait être reconnue... et puis quoi? Quelle importance!

La coiffeuse ne la reconnu pas. Elle avait tellement changée, grandie, embellie. Elle, n'avait pas changé, ou presque. Ce fut pourtant un moment agréable, excitant, cette coupe cette fois si courte, cette couleur si blonde, ce contraste si savament dosé entre long et presque ras, entre blond et presque brun...

Elle a gardé sa poignée de souvenirs dans sa tête, elle en a fabriqué d'autres... c'est comme ça la vie.

Photo: Internet ( si qq'un connait l'auteur... )

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