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Publié le 18 Janvier 2015

L'après midi de Julie

Quand on voyage, qu'on a une âme d'aventurière et qu'on a pas peur d'aller à la rencontre des autres, on se projète sans vraiment penser aux détails, jusqu'à ce que le quotidien vous les rappelle... Et quand on est une femme aux cheveux courts, ce n'est pas un détail certes, mais arrive un moment où il faut mettre la main sur un bon coiffeur.

Lorsque Ju est arrivée dans ma grande ville du Sud, ce rappel des détails commençait à se faire méchament sentir et le besoin d'une coupe de cheveux lui aussi...

Charitable comme je suis, je n'ai pas hésité longtemps avant de lui donner LA bonne adresse pour se faire couper les cheveux à Montpellier, mon coiffeur.

L'après midi de JulieL'après midi de Julie

Venue de son Nord natal et dans la région pour plusieurs mois, Ju ne semble craindre, rien ni personne. Les voyages ont formé sa jeunesse, de Londres à Los Angeles et de Lille à Montpellier, ce qui, je le sais, ouvre l'esprit bien plus largement que le reste.

Alors donc, ce samedi frais mais ensoleillé, je l'ai guidée dans les ruelles animées de la ville, jusqu'entre les mains expertes de Régine, à qui elle s'est confiée après avoir exprimé ses désirs...

L'après midi de JulieL'après midi de JulieL'après midi de Julie

Envie de légèreté, d'oreilles bien dégagée et de nuque fraîchement taillée, Régine a su comme d'habitude, capter l'envie de Julie, tondant par ici, desépaississant là et taillant une coupe boyish à souhait selon le style qu'elle affectionne.

Une demi heure et une poignée d'euros plus tard, Julie sortait de là comme après une cure de vitamine, rayonnante, visiblement satisfaite de son allure et de ce premier rendez vous dans un salon "pour hommes"

L'après midi de JulieL'après midi de Julie

Habituellement, 99% des jeunes femmes, à cet instant, passent la main sur leur nuque tondue et affichent un sourire de contentement qui me ravi. Eh bien Julie est le 1% restant. Sa préoccupation à elle se trouve dans la mèche qui balaie son front... et rien d'autre. Non, si, elle est contente, très contente même, du reste, mais son truc c'est la masse de cheveux au dessus et sur son front... C'est comme ça!

Admirable Julie, pleine d'audace et de détermination, capable de s'aventurer dans une ville inconnue, confier sa tête à une personne toute aussi inconnue ( mais recommandée ) et qui avoue devant une boisson chaude manquer de confiance en elle... Admirable je vous dis!

L'après midi de Julie

Merci pour ce moment... 

Ksalon, 6 rue du Petit St Jean, Montpellier

Photo: Myself

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Rédigé par jeaneg

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Publié le 13 Janvier 2015

Une histoire américaine

Une histoire qui pourrait bien être d'ici, ou d'ailleurs...

Lorsque j'ai rencontré "virtuellement" Kylei, j'ai d'abord été frappé par la ressemblance que je lui trouvais avec mon amie Sab. Elle était à mes yeux une sorte d'icône américaine, blond californien, machoire carrée, allure saine et sportive, je pouvais l'imaginer cheerleader de son collège durant son adolescence, populaire et courtisée.

Une histoire américaine

Parcourant les photos de son album, cette idée se confortait. J'avais cette impression revigorante que la jeune femme avait découvert sa vraie nature en coupant ses cheveux et s'épanouissait ainsi, enfin fidèle à elle même.

Pourtant, la discussion avec Kylei allait m'apprendre une réalité un peu différente...

Depuis toujours la jolie blonde aux cheveux longs est un vrai tomboy, au plus profond d'elle même. Pourtant, elle joue le jeu auquel on l'invite, fréquente les garçons, puis s'installe avec l'un d'eux. Le couple voit la naissance d'un petit garçon et la vie de Kylei semble toute tracée...

Mais la nature est toujours la plus forte et bientôt cette vie d'artifice devient insupportable. C'est un homme qui mûri dans le corps de la jolie blonde, le garçon qu'elle a toujours été.

Une histoire américaine

L'affrontement est sévère lorsqu'elle révèle à son entourage son homosexualité. Rejetée, menacée, privée de son enfant, Kylei va sombrer dans une vie de paria et devoir se battre. Elle peut compter pour cela sur le soutien de ses amies, mais aussi du pasteur de sa paroisse qui contre toute attente, l'aide et lui apporte un soutien moral... L'Amérique et ses paradoxes.

Une histoire américaine

A la manière d'un conte, le soleil revient dans la vie de Kylei. Elle a depuis longtemps coupé ses cheveux et jeté ses robes. Elle retrouve un job dans les espaces verts, à Virginia Beach, un appartement avec vue sur un lac au bord de l'océan, l'amour auprès de Cierra qui bientôt l'épouse et bien sûr son fils de huit ans qui vit aujourd'hui avec ses deux mamans.

Dorénavant Kylei assume ce rôle masculin. Elle a bien sûr envisagé d'aller plus loin dans la transformation chirurgicale, mais elle pense avant tout à son fils qui lui ne voit en elle que sa maman. Alors elle conjugue. D'ailleurs sa coiffeuse persiste à lui faire payer sa coupe au tarif femme... jusqu'au jour où Kylei ira pour ça dans un barbershop!

Une histoire américaineUne histoire américaine
Une histoire américaineUne histoire américaine

Merci Kylei Cook pour ta confiance... Et pour être une femme aux cheveux courts, déterminée et authentique.

Son Facebook

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Rédigé par jeaneg

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Publié le 3 Janvier 2015

Les gens sont bizarres.

Madame Triplon semblait au bord du désespoir. Elle racontait presqu'en ayant des sanglots dans la voix que sa fille, sa jolie petite princesse avait tellement changée qu'elle soupçonnait l'influence d'une secte. Intrigué j'ai prêté une oreille à ses lamentations, moi qui d'habitude ne suis pas très compassionnel.

Le Bonne Femme racontait comment, depuis des années maintenant, sa fille rechignait à mettre les robes qu'elle lui achetait, comment elle se détournait d'elle et des choses de la maison...

Comme elle voyait que je semblais attentif, elle me pris le bras et j'ai senti que l'ultime révélation allait se faire à ce moment.

En effet, ce qui pesait lourd sur la patate de la dame, ce qui avait déclenché toute cette détresse, c'est que, comme un achèvement, un coup de grâce, sa fille, sans même lui demander, avait coupé ses cheveux. Ses beaux cheveux qu'elle même prenait tant de soins à brosser, dans le temps, ses cheveux longs et merveilleux qui étaient l'emblème de sa féminité, qui la faisaient si belle et la rendaient si désirable.

Evidemment, cette révélation me consternait. J'attendais un scoop, l'affaire du siècle et déjà j'imaginais comment préter main forte à cette famille dans le désespoir face au kidnaping intellectuel de leur enfant... Et voilà que la mémère se désespère simplement parce que sa fille a décidé d'être elle même et de s'affranchir du joug maternel.

Cette fois la vieille pleurait presque, comme si sa fille était morte. " Mais rendez vous compte mon "pauvre monsieur" qu'elle s'est quasiment rasé la tête!" Autant dire que je n'étais pas dupe. Déjà mécontent d'être traité de "pauvre" par la mégère, je n'avais plus aucune empathie pour son malheur et aurais été heureux à ce moment de rencontrer la jeune fille pour l'assurer de ma plus profonde sympathie.

Comme je tentais de faire entendre raison à la mère éplorée, lui expliquant que sans doute la prunelle de ses yeux jugeait qu'il était temps pour elle d'exprimer sa personnalité (qui avait dû bien souffrir de l'étouffement d'une mère si abusive) et que plus que tout, cette coupe de cheveux était le signal de son indépendance. La mère cessa de sangloter, releva le menton, fronça les sourcils et la bouche déformée par le mépris me lâcha : " Monstre!"

Comme quoi... une fois encore j'aurais mieux fait de m'occuper de mes affaires.

Photo: Lucas Passmore

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Rédigé par jeaneg

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Publié le 30 Décembre 2014

Invincible

Dans les ténèbres qui m'enserrent
Noires comme un puit où l'on se noie
Je rends grâce aux dieux, quels qu'ils soient
Pour mon âme invincible et fière.
Dans de cruelles circonstances
Je n'ai ni gémi ni pleuré
Meurtri par cette existence
Je suis debout, bien que blessé.
En ce lieu de colère et de pleurs
Se profile l'ombre de la Mort
Je ne sais ce que me réserve le sort
Mais je suis, et je resterai sans peur.
Aussi étroit soit le chemin
Nombreux, les châtiments infâmes
Je suis le maître de mon destin
Je suis le capitaine de mon âme

 

William Ernest Henley ( 1843-1903 ) - Invictus

Photo: Axel Bruniau

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Rédigé par jeaneg

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Publié le 28 Décembre 2014

Ce n'est pas vraiment un Quartier Libre, c'est plus que ça!

Ophélie m'a livré ce récit hier. C'est à la fois poignant et terrible, amusant et douloureux... émouvant.

J'ai hésité à le mettre en ligne d'un seul bloc et puis je me suis dit que cette histoire méritait bien qu'on se pose 5 minutes, pour lire et réfléchir.

Confession, ou l'histoire d'Ophélie

Il y a des histoires sur le visage de chaque femme. Des mots que l'on peut parfois lire, accrochés aux mèches, qu'elles soient blondes ou brunes, rousses ou grises. La mienne, mon histoire, elle fait aussi directement parti de ces cheveux-catalyseurs. Laissez moi vous raconter, avec mes mots, ce que vous avez sans doute pu, un jour, si vous m'avez croisé, deviner au travers de mes boucles brunes.

Selon ma mère, je me suis toujours coupé les cheveux, petite. La fois la plus marquante fut celle où, âgée de 6 ans, je m'appliquais avec soin, sur le crâne et sur les sourcils, une lotion épilatoire. Durant quelques semaines, raconte maman, j'étais ainsi cette petite fille reconnaissable à la garderie, car j'avais des trous et des touffes éparses sur le crâne. Je ne me souviens pas de cela, pas plus que des commentaires désobligeants qu'à du essuyer ma maman.

Je me souviens en revanche de mon parcours de vie. Pas vraiment sexuée, sans genre jusqu'à très longtemps, j'étais cette enfant qui voulait les rôles masculins, et qui très tôt, avait une conscience nette de la distinction entre le garçon et la fille. D'une éducation très riche et très intelligente, ma mère ne m'a jamais enseigné que le rose était pour les filles et le bleu pour les garçons. Néanmoins, j'ai eu les cheveux longs longtemps, sans pour autant me considérer comme « fille ». J'étais Simba, j'étais Aladin, j'étais Balto. Car j'avais la sensation, enfant, que les filles étaient ces être caricaturées auxquelles je ne ressemblais pas. Avec mes yeux bleus-verts et mes boucles au milieu du dos, on me disait que j'étais jolie. Avec mes pantalons troués et mes chaussures recouvertes de boue, on me disait que j'étais ignoble, et qu'une fille ne devait pas faire cela.

Je me souviens que mon père, alors que j'avais onze ans, m'a regardé dans les yeux, et m'a dit, à l'instar d'une menace soufflée : « A quatorze ans, tu ne grimperas plus aux arbres : tu t'intéresseras aux garçons. »

J'en ai souri.

C'est simplement resté dans un coin de ma tête.

A quatorze ans, sachez-le, j'émerveillais mes petits frères en escaladant les sapins et les bouleaux.

Ma « féminité » a subi son premier coup lorsqu'un jour, après un choc particulier, je me suis coupé au ciseau toute une moitié du crâne. J'allais au collège, en vélo, j'étais en cinquième, et en chemin, j'avouais à ma meilleure amie mon acte, le casque sur ma tête lui cachant le spectacle. Étonnamment, je me souviens, au milieu de la honte de l'appréhension, une espèce de satisfaction à avoir effectué cet acte. Cet « interdit sociétal ». En entrant en classe, je me souviens du silence de stupéfaction de mes camarades. Je me souviens du rire gras de cette fille que je détestais et qui me détestais. Je me souviens de ses moqueries, mais surtout de l'incompréhension des élèves, qui venaient me voir, ou pas, et des questions. J'avais mes cheveux longs d'un côté, et courts de l'autre. Ça jasait dans les cours de récréation. Presque une semaine plus tard, ma mère, ne supportant plus mon esthétique dissymétrique bâclée, a coupé la moitié longue de mes cheveux, pour tenter d'obtenir un résultat égalisé. A cette période, le fait d'avoir les cheveux courts n'était pas plus qu'une simple idée de distinction. Être l'extra-terrestre du collège ne me dérangeait pas, et avoir les cheveux courts était un moyen comme un autre d'affirmer aux autres que j'existais : ce n'était qu'une pierre de plus. Je n'y accordais pas d'attention.

Mes cheveux ont repoussés. Mon corps, mon esprit aussi. La puberté, la fin du collège, les problèmes de vie. Mon envie, parfois, d'être attirante. La compréhension, -le tout début, du moins-, de l'idée d' « être née femme ». Les seins, les règles … les cheveux longs. J'accordais, à ce moment là, de l'importance à ces boucles. Entre temps, j'étais déjà passé par les mèches, les couleurs (au moins 5 durant le collège), les chignons, les tresses et les queues de cheval. Mais, jamais vraiment satisfaite, je me fixais dans le miroir sans me reconnaître. Mon visage n'était pas le mien, et les mèches qui l'encadraient n'étaient jamais là où il le fallait. Je ne correspondais pas à ce que je voulais être. Je n'ai jamais été une de ces filles qui soupirent devant les model photoshopée des magazines. En revanche, combien de fois n'ai-je pas, en silence, admiré mes camarades de classes aux visages et aux coiffures si adaptées à ce qu'elles étaient.

J'ai mis longtemps avant de me trouver.

Suite à une dispute générée par une dite thérapie familiale, je me suis un jour enfermé dans la salle de bain. En m'emparant d'une tondeuse, je me suis fait un undercut. Le résultat était sympa, je m'en rends compte avec le recul. Mais à ce moment là, de voir mes cheveux tondus, malgré tout le reste de la longueur que j'avais encore, j'avais la sensation de m'être défigurée. De m'être cassée. D'avoir touché le fond au niveau de la laideur de mon apparence. Quelques temps après, je me suis coupé le reste des cheveux, en une sorte de bol long et irrégulier, et j'ai teins mes cheveux en noir. Mon humeur était basse.

Et à ce moment là, les gens ont commencés à me faire des remarques surprenantes. « Tu es jolie ! », « Ça te va bien cette coiffure ! », « Mais ça va super bien avec ton visage ! » « Oh, t'étais jolie avant, hein. Mais cette coiffure là te va vraiment bien ! ». Des compliments, spontanés, qui venaient de partout. Même de mon chauffeur de bus, qui, en me voyant rentrer du collège, m'a ainsi salué, en me disant qu'un visagiste n'aurait pu faire mieux.

J'avais seize ans, et j'ai commencé à me trouver jolie.

A dix sept ans, j'entretenais donc cette coupe « courte ».

Et puis, la nuit du 7 au 8 mai 2012, alors que je sortais de mon entraînement de karaté, un homme de 43 ans, en vélo, vers 23h, a trouvé lui aussi que j'étais jolie, et a tenu à me le faire savoir à sa façon.

Je n'ai pas été violée, ce soir là.

Je me suis battue, dans le but de le tuer, et la police est intervenue rapidement. Certains disent que j'ai eu de la chance. Moi, je sais que c'est parce que je voulais vivre. Vivre en tant que personne, avec le regard levé, et non en tant qu'individu, en tant que victime, en tant qu'être détruit.

Mais cette semaine-là, après l'hôpital et le poste de police, a été difficile.

Je me suis coupé les cheveux, encore. Plus courts.

Mais cette fois, c'était par souffrance, par besoin de décharger.

Le résultat était ignoble. J'avais des trous visible au milieu des cheveux, des mèches plus longues que d'autre, et j'entendais les commentaires que les amis de ma mère marmonnaient dans mon dos. Ayant arrêté l'école à ce moment là pour faire le CNED, je n'ai pas subi le regard des adolescents sur moi. Il n'y avait que le mien, le matin, quand je me levais, et que je me regardais dans le miroir. L'idée d'être jolie a disparue. Ne restait que ce constat amer d'avoir un champs de bataille au dessus du front : un champ de bataille sur lequel était établie la difficulté de la vie.

Et puis, petit à petit, ils ont repoussés. Tout allait bien. J'ai eu 18 ans.

Quelques jours après ma majorité, j'ai proposé à une connaissance Internet de venir crécher chez moi. Il n'avait pas très envie de se payer un hôtel, et je lui rendais service de cette manière. Il avait 5 ans de plus que moi, et une maîtrise martiale plus poussée que la mienne. Est-il nécessaire de préciser que, étant un homme dans la force de l'âge, il était impressionnant par son corps ?

J'étais seule à la maison, ma mère n'étant pas au courant que je proposais à un homme adulte de venir dormir chez moi.

Il m'a fait des avances, que, puérilement, j'ai repoussé. Il est allé dans la chambre d'un de mes frères, tandis que je dormais dans le lit maternel. A un moment de la nuit, il a frappé à la porte, et est entré, à demi nu. Je l'ai fixé, je lui ai dit de sortir, et il s'en est allé.

Quelques heures plus tard, je me suis levé sans un bruit, et je suis allé dans la salle de bain.

Quand il s'est réveillé le matin, il s'est figé devant mon crâne à blanc. Je me suis rasée, complètement. La sensation de mes doigts sur ma peau, nue, était aussi terrifiante qu'impressionnante. Je ne savais pas pourquoi j'avais fait ça. Mais je l'avais fait. Je l'assumais.

Quelques jours plus tard, j'annonçais à cet « ami » que je ne voulais plus jamais entendre parler de lui. (Notez, d'ailleurs, que ce matin-là, une de ses réactions face à mon crâne blanc, a été de dire que je lui faisais penser aux nazis, et aux femmes que l'on tondait pour avoir « couché avec le Bosch ».)

Cela a été très dur à encaisser pour ma mère. Elle n'a pas supporté. Elle m'a acheté une perruque, elle m'a forcé à la porter tout le temps, même à la maison. Je suis passé par des périodes de honte, de provocation, de déprime, de remise en question … Ça n'a pas été des plus facile.

Mes cheveux ont repoussés, petit à petit. En septembre, je suis retourné dans un établissement scolaire, pour faire ma Première. La directrice-adjointe de mon établissement m'avait rencontré, et devant elle, j'avais ôté ma perruque. Mes cheveux, à ce moment là, mesuraient 2/3 cm. Elle m'a dit « Assume toi, tu es belle. ». Ces mots m'ont permis d'aller de l'avant : car elle était une femme que je ne connaissais pas, qui ne me connaissait pas, et qui pourtant, m'offrait un jugement valorisant de moi-même.

Je suis entré en Première, avec deux ans de retard sur mes camarades. Sans perruque, mais avec un bonnet pour les intercours. Durant les cours, pendant les deux premières semaines, je suis resté cette fille un peu à part, qui refusait de rejoindre les autres. D'un, parce que je n'aimais pas l'idée de me mêler à des gamines de seize ans alors que j'en avais dix huit, et de deux, parce que j'avais peur, parce qu'avec mes cheveux courts, et mes différences, je ne connaissais pas autre chose que l'isolement. Et pourtant, ces filles de la Première L ont fait des efforts incroyables. Elles sont venues me voir, elles ont osés dépasser mes regards glacés et mes commentaires secs à leurs propos. Elles sont venues, elles m'ont parlés, et elles m'ont intégrés. Et j'ai découvert le fait formidable d'avoir des liens avec mes camarades de classe.

Pourtant, et c'est sans doute normal, j'ai remarqué qu'il y avait cette espèce de rumeur. Un garçon, d'une classe de S, était venu m'avouer, que certaines filles de ma classe pensaient que j'avais eu une expérience de la chimio ; en plus de mes cheveux courts, j'ai une cicatrice d'escarre sur l'arrière de la tête, ce qui créée comme un creux derrière mon crâne. L'idée du cancer était facile.

J'ai pris la parole devant la classe, avec la permission de mon professeur principal, et j'ai expliqué que, après avoir affronté des hommes qui n'ont que trop voulu me considérer comme un objet, j'ai cherché à me dénaturer, pour ne plus attirer le regard. Il y a eu un silence, et puis quelqu'un, à l'arrière de la classe, a applaudi, et j'ai fait face à une ovation, dont j'étais le sujet.

De signe astrologique lion, je me suis toujours escrimé pour être une battante, une lionne au regard qui porte loin. Mais à ce moment là, face à des jeunes qui ont applaudi pour me soutenir, je me suis senti tellement soulagée, tellement acceptée. Je n'ai plus eu besoin de me battre : on m'acceptait tel que j'étais.

Mes cheveux ont repoussés. En presque deux ans, j'ai pu passer par de nombreux niveaux capillaires. Je les ai laissé assez pousser pour avoir une frange : j'ai coupé. Car je me suis rendu compte que ce qui me va vraiment, ce qui me définit, ce sont ces mèches courtes qui flirtent à peine avec mon front. Ces mèches courtes qui me font assumer mes rondeurs, et qui mettent mon visage en valeur. Ces mèches courtes que la femme que j'aime a pu saisir entre ses doigts et les tirer, pour venir poser sa bouche contre la mienne. Ses doigts dans mes cheveux courts sont une sensation que je n'oublierais pas. Que je ne peux pas oublier. Quand elle se penche sur moi et qu'elle me dit « Tu es belle, coupe toi les cheveux », avec un demi-sourire, je ne me dis pas « Je me coupe les cheveux pour elle ». Pas seulement. Je me coupe les cheveux parce qu'aujourd'hui je me trouve belle, j'ai trouvé l'amour, et qu'il y a milles mots qu'elle m'a soufflé dans les mèches. Des mots à moi, à elle ; une histoire à nous qui est accrochée dans mes cheveux.

Et quand je coupe mes cheveux, je cultive cette histoire.

La mienne.

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Rédigé par jeaneg

Publié dans #Divers & variés, #Quartier Libre

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Publié le 6 Décembre 2014

Mystérieuse

Elle avait cet air d'un portrait Renaissance qu'aurait signé Boticelli ou Signorelli, sauf que les lunettes, forcément, ça ajoutait du mystère au tableau...

C'était sans doute son profil d'éphèbe et cette coupe, lisse, nette, un peu baroque, un casque de cheveux blonds, presque blancs qui masquaient son front mais laissaient deviner sa nuque rasée.

Elle glissait dans la galerie, de tableaux en tableaux mystérieuse et intrigante, le visage sans expression et le regard masqué par ses lunettes noires.

Dans cette ambiance, on imaginait une scène de film où Steve Mc Queen apparaîtrait accompagné de Faye Dunaway et Thomas Crown ne serait sûrement pas indifférent au charme de la blonde mystérieuse...

Devant un Turner lumineux elle s'arrêta définitivement. Elle retira ses lunettes pour dévoiler un visage d'enfant. La tête s'inclina un peu et une main posée sur la nuque caressait doucement les cheveux ras...

Photo: Nora Vai pour Totokaelo

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Rédigé par jeaneg

Publié dans #Divers & variés

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Publié le 23 Novembre 2014

Nous fuirons sans repos ni trêve...

Aujourd'hui l'espace est splendide!

Sans mors, sans éperons, sans bride,

Partons à cheval sur le vin

Pour un ciel féérique et divin!

Comme deux anges que torture

Une implacable calenture,

Dans le bleu cristal du matin

Suivons le mirage lointain!

Mollement balancés sur l'aile

Du tourbillon intelligent,

dans un désir parallèle,

Ma soeur, côte à côte nageant,

nous fuirons sans repos ni trêves

Vers le paradis de mes rêves!

Le Vin des Amants - Ch. Baudelaire

Photo: Jaesung Lee

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Rédigé par jeaneg

Publié dans #gayfriendly, #Divers & variés

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Publié le 22 Novembre 2014

A la rencontre de Wiebke

J'ai une vie formidable!

Si si... Ah ben si! Elle est formidable au moins pour une raison, c'est qu'hier j'ai rencontré Wiebke, délicieuse et pétillante jeune femme à la blondeur raffinée qui comme son nom ne l'indique pas est anglaise.

C'est Alexane qui m'avait mis sur le coup et c'est la gentillesse de Wiebke qui a fait le reste.

Une allure de it girl, short en cuir sur collants opaques, bottines de daim clair, t-shirt noir et cardigan de laine peignée... au premier regard vous êtes sous le charme. Avec tout ce noir, un rouge à lèvre pétant qui souligne un visage rieur sous une coupe de cheveux à l'undercut bien nette.

Wiebke, avant d'être femme aux cheveux courts, a été fille aux cheveux courts. Sa première coupe de cheveux c'était à 11/12 ans et depuis, plus question de cheveux longs. Non pas qu'elle revendique quoi que ce soit, mais juste parce que ses cheveux trop fins ne ressemblaient à rien si elle les gardait longs. Aussi simple que ça.

A la rencontre de WiebkeA la rencontre de Wiebke

Etudiante "Erasmus" à Montpellier, elle reste pourtant fidèle à son coiffeur londonien, pour qui elle a servi de modèle et qui depuis est un ami.

Elle a bien tenté un coiffeur sur place, mais visiblement elle n'en fut pas satisfaite et on sait bien à quel point c'est difficile de livrer sa tête à des inconnus.

Elle avoue une admiration pour Sinead O'Connor et quelques fois l'idée lui traverse l'esprit lorsqu'elle passe la main sur sa nuque tondue, qu'un jour... peut être elle aussi...

A la rencontre de Wiebke
A la rencontre de Wiebke
A la rencontre de Wiebke
A la rencontre de Wiebke
A la rencontre de Wiebke
A la rencontre de Wiebke
A la rencontre de Wiebke

Et moi je suis sous le charme de la belle anglaise, qui se raconte en soufflant sur son chocolat chaud et qui s'amuse beaucoup à l'idée de partager le fruit de cette rencontre avec ses ami(e)s et sa famille.

Ma vie est formaidable j'vous dis!

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Rédigé par jeaneg

Publié dans #Quartier Libre, #Divers & variés

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Publié le 14 Novembre 2014

Beauté de Paradoxe

Habillée de certitude, tu es maitresse habile, joueuse de charme,

magicienne du feu sur cascade de force, de ton regard de femme.

Reflet de chaleur à faire rougir tous les soleils,

à l'heure des rêves le silence est ombre de tes pépites d'étoiles.

Le joyau de lumière appelle la main pour se coiffer de son assurance

et l'apaiser d'espérance dans l'instant secret de la ride

du lit carmin de tes baisers.

Flambeau de caresses d'or, le trésor est gardé

par milliers d'aiguillons comme autant de paradoxes hérissés

qui démontrent la beauté de l'abandon

de toutes convenances transparentes en vitrail de vérité.

L'auteur: Boris Sentenac

La Muse: Margot Roisin

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Rédigé par jeaneg

Publié dans #Divers & variés

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Publié le 11 Novembre 2014

Un soir de Novembre

Le soir tombait sur le cimetière. Le grand jardin de pierre était fleuri, au pied de chaque stèle de marbre blanc, d'une multitude de petits drapeaux colorés. Toute la journée le soleil de Novembre avait évaporé la rosée et le gazon, vert et gras, ajoutait sa couleur à cette sorte de pavois.

Le bois alentour renvoyait l'écho d'une voix claire, une voix d'enfant, presque cristalline. Une litanie qui devenait mélodie. En suivant le sentier, le promeneur gravissait la colline et parvenait dans une clairière où le monument imposait sa solennité.

Là des combats s'étaient déroulés et sur le bronze, les noms étaient gravés comme le générique d'un événement terrible.

Fort et à haute voix, la jeune fille égrainait la liste, emplissant l'air de ces patronimes, les sortant de l'oubli, pour un temps.

L'instant était chargé d'émotion. Le promeneur resté en retrait croyait voir, sortir des fourrés, ces hommes en lambeaux, venir se rassembler autour de la jeune femme pour la saluer.

Puis la voix se tut. La jeune fille s'éloignait et le promeneur croisa enfin son regard. Elle souriait, mais ses yeux étaient baignés de larmes...

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Rédigé par jeaneg

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