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Les Affranchies
Articles récents

"La France a peur!"

9 Janvier 2014 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Humeurs

lick-my-persuasion.jpgOooooh je le sens bien va! Quand son regard se trouble, je lis la même détresse que celle que je voyais dans le regard de ma mère lorsque, un soir à 20h, un présentateur de journal télévisé déboulait dans le salon avec sa voix lugubre pour déclarer: " la France a peur!" Il est pareil. Un bref instant sa main hésite sur le clavier de sa caisse enregistreuse, puis il se renfrogne, râcle sa gorge et reprend une contenance. Mon épicier a peur!

Je voudrais le rassurer, le convaincre de ne pas s'inquiéter, mais je sais bien qu'il n'avouera jamais son désarrois, fera le fanfaron. Pourtant je ne me trompe pas, les femmes aux cheveux courts lui font peur.

Les plus jeunes, avec leur style sans genre, leur bras tatoués et leurs bagues à tête de mort. Quand il se sent audacieux il lance un "bonjour jeune homme", histoire de montrer avec subtilité imagine-t-il, sa désapprobation. Oh ce n'est pas méchant, parce que ça aussi je le sais, il est bien plus bête que méchant. Non, c'est juste l'expression d'une crainte qui le rend stupide, plus que de moyenne. 

Les autres aussi, plus mûres, plus sophistiquées, celles qui semblent mener le monde, qui paraissent ne pas avoir besoin de lui. Même celles du quotidien, tellement à l'aise, tellement sûres d'elles...Les femmes sûres d'elles lui font peur, voilà!

Une sorte d'angoisse le saisit, soudain il s'inquiète de savoir où va le monde avec ces femmes affranchies, il sent ses bases chanceler, plus rien ne semble lui appartenir vraiment... Heureusement chez lui règne encore l'harmonie, il peut sans crainte s'installer devant JP Pernaud, il sait que sa femme veille au grain, débarrasse la table et s'attèle à la vaisselle, pendant que le café coule, qu'elle lui apportera tout à l'heure, avant qu'il ne s'assoupisse devant la météo...

Des fois, moi aussi j'ai peur...

 

Photo: Bijoux Alina Alamorean

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Un monde cruel

7 Janvier 2014 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Humeurs

Kate-Kondas-copie-1.jpg

On imagine pas comme le monde est cruel autour de nous. Enfin je veux dire ce monde là, celui de la mode. Pourtant cela fait rêver les jeunes filles, ou bien cela les surprend dans leur adolescence studieuse et les entraîne dans un tourbillon de strass et de paillettes... de sexe, de drogue, pas toujours rockn'roll... Enfin ça fait rêver tout de même! 

Et voilà notre adolescente qui débarque de sa campagne moldave, propulsée dans la lumière parisienne. Elle est jolie, fraiche et naturelle. Une vraie beauté ou un charme particulier. Le corps lisse et plat, le regard candide ou insolent, la chevelure saine et cascadant sur ses maigres omoplates. Durant toute une saison on va la pousser, sur les podiums et dans les magazines. Bientôt son visage va devenir familier au point qu'on cherchera même à connaître son nom.

Mais tout est soigneusement planifié. Maintenant que le monde s'intéresse à elle, "on" va faire de la petite merveille fraîche et naturelle, un soldat de la mode et du luxe. "On" va la transformer pour faire de ce visage juvénile une femme en laquelle d'autres pourront plus facilement s'identifier... ou pas.

Adieu la chevelure d'adolescente. On taille, on tranche, on rase. Il peut bien y avoir quelques larmes dans ces moments là, mais c'est ainsi, le modèle ne s'appartient plus vraiment, il faut rendre la monnaie. Pourtant la magie opère car d'un seul coup la petite fille devient femme, une sorte de lolita aux allures bourgeoise, un peu ange, un peu démon. L'ambiguité aussi la rend désirable.

Et maintenant qu'on la connait, qu'on la reconnait, plus rien ne lui sera épargné, elle sera rousse, blonde ou brune, bouclée ou lissée, plus long ou plus court, au gré des saisons et des fashion weeks. Jusqu'au jour où sa notoriété sera tellement évidente qu'elle sera consacrée par les plus grandes maisons et ce jour là elle retrouvera un peu de sa liberté. Elle pourra choisir... un peu.

 

Modèle: Kate Kondas

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Face à face

5 Janvier 2014 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Humeurs

Harmony-2.jpg

C'est un instant de volupté, un moment ou malgré l'entourage elle se retrouve seule face à elle même et savoure, comme à chaque fois la métamorphose qui lui redonne cette force qu'elle ne soupçonnait pas. La routine est devenue vitale, mais elle seule le mesure.

Dans ce tête à tête, l'oeil d'abord est critique, bien sûr, observant chaque détail de ce contour de l'oreille, de ce dégradé sur le côté, de cette patte qui s'arrête juste au bon endroit... Puis le secours de la main intervient, pour "mesurer" la longueur sur la nuque, apprécier le mouvement sur le front. Le face à face pourrait se terminer là, se contenter de cette inspection. Au lieu de cela, le regard se plonge dans le regard, enveloppe le visage, considère la personne... Et cette image devient bien plus qu'un physique. C'est son âme qu'elle perçoit, sa vraie nature, elle même dans ce qu'elle désire réellement être, une vue de son intérieur.

"Boy haircut, girl make-up"

Ces yeux finissent par sourire dans ses traits figés. Elle se sent fière d'elle, mais l'oublie rapidement, rougissant presque de tant d'orgueil. La main revient sur la nuque, non plus pour jauger, juste pour le plaisir, s'attarde un peu, caresse du bout des doigts...

Le visage enfin s'éclaire. Le face à face n'a duré que quelques secondes, rendant définitivement belle la journée qui démarre.

 

Modèle: Harmony Boucher

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Bonnes résolutions

3 Janvier 2014 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Ma Psy et Moi

HvonH.jpg

Alors voilà! Les Fêtes sont enfin passées. Pour Noël, qui chez la mama, qui au Berghoff, moi en tête à tête avec mon foie gras et pour le Nouvel An, Frida nous a trainé dans un club libertin réputé... Elle adore ça, Laora s'éclate comme une petite folle et ...  bon bref!    

Nous en sommes donc aux traditionnelles résolutions, ce défi qu'on se lance à soi même sans que personne ne nous demande rien et qu'on claironne à tue tête, façon de se priver de tout retour en arrière possible sans perdre sa dignité.

Frida avait annoncé la couleur la première, décidée à maîtriser le dressage des fauves elle avait pris la résolution de s'inscrire à l'école du cirque, ce qui ne nous étonna guère, compte tenu de ses aptitudes avérées pour le maniment du fouet.

Laora réfléchissait encore, quant à moi je jurais que je publierai cette année le livre que je m'étais déjà promis l'année dernière d'écrire et dont je n'avais pas encore terminé un seul chapitre. Evidemment ni l'une ni l'autre ne se priva de me faire remarquer que c'était là ma résolution de 2013, ce à quoi ma mauvaise foi naturelle rétorqua que c'était impossible puisque l'idée de ce roman m'était venue seulement cette année, même si elle faisait son chemin depuis longtemps...

Tous les regards à présent se tournaient vers l'italienne qui n'avait pas encore abattu ses cartes.

Nous "- Aloooors?

Laora - Ma j'hésite si jé mé fait pousser les chéveux ou si jé déviens la coiffeur...

Nous - ......???

Laora - Si jé fais la coiffeur jé pourrais couper les chéveux à tous les deux no? Et peut être moi aussi. Jouste apprendre deux ou trois troucs comme la professionnel, no? Parce qué les faire pousser jé sens qué ça pas être possibilé. Déjà là jé les sens sour les oreilles et ça m'énerve.

Moi - Super! Une dresseuse d'ours et une maniaque de la tondeuse. Ça me promet une année sereine ça... (soupir)"

 

 

Photo: HvonH

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Happyniouyeure!

1 Janvier 2014 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Divers & variés

Un seul voeu, un seul:                          Soyez vous même!


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La fille sur le pont

31 Décembre 2013 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Tendresses

Haoyuan-Ren.jpg

Il y avait cette fille sur le pont. De loin il ne savait pas, mais c'est la silhouette, plutôt menue, qui lui donnait l'information. Elle semblait un peu perdue dans ses pensées, adossée à la pierre du parapet. S'il n'avait pas eu de doute au premier coup d'oeil, en s'approchant son esprit se troublait. Non pas que sa certitude soit remise en cause, mais l'ambiguité dans les détails le déstabilisait. La première idée que son cerveau lui soumit fut: "on dirait un garçon" et à peine formulée dans sa tête, cette proposition lui fit honte. Quelle stupidité! Il était bien plus intelligent que ça tout de même, non? Alors pourquoi cette réflexion idiote et instinctive... Comme si une partie de lui était soumise encore à un cadre précis, une sorte de grille d'évaluation se superposait à la silhouette du pont et évaluait pour lui les critères de compatibilité, faisant clignoter des signaux:

Chaussures > Doc Marten's > Godillot = masculin

Pantalon > Jean > Etroit = masculin

Pull > Large > Sans formes > Décolleté = +/- masculin

Cheveux > Très courts > Oreilles dégagées > nuque rasée = masculin ++++++

Poitrine 0000 = masculin +++++++

... et comme dans un banal guichet de l'Administration, un coup de tampon bien sonore et le résultat tombait: "on dirait un garçon". Connerie!

La fille était jolie, elle avait le visage grave et les cheveux sur son front flottaient un peu dans l'air. A son approche elle parut sortir d'un songe profond. Elle esquissa un sourire, puis se retourna pour s'appuyer au balustre, contemplant le canal. Tout cela avait été trop rapide, il aurait voulu répondre à son sourire, peut être lancer un "bonjour", échanger quelques mots, comme pour s'excuser d'avoir eu cette pensée idiote en la voyant, lui dire qu'il ne le ferait plus, promis juré, qu'elle avait mille fois raison d'être elle même sans se préoccuper des grilles d'évaluation des critères de compatibilité de son Administration... Mais elle n'aurait sûrement rien compris.

Il la dépassa, fut tenté de se retourner, juste pour le plaisir de contempler encore cette silhouette fine et déliée... tellement harmonieuse finalement. 

 

Photo: Haoyuan Ren

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Brouiller les cartes

29 Décembre 2013 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Humeurs

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Au début, j'ai tout de suite trouvé quelque chose d'intéressant dans la démarche d'Elliott Sailors, ce mannequin féminin qui a décidé de poursuivre sa carrière en tant que modèle masculin. L'idée est séduisante, faut avouer. Et puis il y a cette intention qui me tient toujours à coeur aussi de bousculer les genres, de casser les codes. 

Pourtant ce n'était pas une première. Avant elle, d'autres jeunes femmes faisaient ce métier de modèle masculin, à la différence que ces jeunes femmes là étaient véritablement de caractère masculin ou en tout cas très "partagées" et n'avaient jamais auparavant été modèles féminin. 

Or je me rend compte que la façon la plus radicale qu'a trouvé E. Sailors pour se glisser dans la peau d'un garçon a été de se couper les cheveux et d'abandonner les robes. Et au bout du compte je trouve ça un peu ... comment dire... trop facile. Comme si d'abord le fait d'avoir les cheveux courts pouvait transformer une femme en homme. Et puis ça devient presque une caricature, je le vois sur ses photos, elle traine avec les garçons, embrasse des filles, fronce les sourcils et fait la gueule comme si cela pouvait accentuer son travestissement masculin. Pas très convaincant. Quoi qu'elle fasse, Elliott Sailors restera une jolie femme.

Par contre, j'applaudis volontiers la démarche qui consiste à s'approprier le style, à mélanger les genres, à briser les barrières derrières lesquelles on voudrait cantonner les femmes, là comme ailleurs. De ce point de vue, je crois que je ne parviendrais jamais à trouver quelque chose de masculin à une coupe de cheveux portée par une femme. Au contraire ce serait pour moi plutôt une sorte de "clin d'oeil" complice.

 

 

 

Photo: Karen Anders

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Un taxi est en bas qui attend

28 Décembre 2013 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Divers & variés

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Je reviens te chercher
Je savais que tu m´attendais
Je savais que l´on ne pourrait
Se passer l´un de l´autre longtemps
Je reviens te chercher
Ben tu vois, j´ai pas trop changé
Et je vois que de ton côté
Tu as bien traversé le temps

Tous les deux on s´est fait la guerre
Tous les deux on s´est pillé, volé, ruiné
Qui a gagné, qui a perdu?
On n´en sait rien, on ne sait plus
On se retrouve les mains nues
Mais après la guerre,
Il nous reste à faire
La paix.

Je reviens te chercher
Tremblant comme un jeune marié
Mais plus riche qu´aux jours passés
De tendresse et de larmes et de temps
Je reviens te chercher
J´ai l´air bête sur ce palier
Aide-moi et viens m´embrasser
Un taxi est en bas qui attend

 

Texte: Gilbert Becaud

Photo: Claudia Knoepfel


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Boomerang

27 Décembre 2013 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Humeurs

Harmony-Boucher-ph-Mario-Benedetti-3-e1373885040463.jpg

Il y a bien souvent des effets que l'on obtient en cherchant exactement à obtenir leur contraire. Chez certaines personnes c'en est presque devenu une vérité mathématique. 

Ce sont bien souvent le temps et l'expérience qui nous enseignent alors la façon de contourner cette mauvaise foi provocatrice qui pousse systématiquement la personne à qui l'on s'adresse à faire le contraire de ce qu'on lui préconise. Pourtant je dois admettre que dans certains cas ces remèdes sont sans effets...

Prenez par exemple... ma boulangère! Cette brave commerçante s'ouvrait volontiers à sa clientèle du désespoir qu'elle avait de voir sa fille, pourtant presque majeure, se complaire dans un genre alternatif et ambigu, conjuguant piercings et tatouages, style punky et cheveux courts. 

Ce qu'elle imaginait être du bon sens parental poussait donc ma vendeuse de miches à combattre l'attitude de sa progeniture, ce qui bien sûr ne donnait aucun résultat, la jeunette au contraire accentuant toujours un peu plus le trait pour faire monter la tension de sa pauvre mère.

Et puis comme toutes les expériences de style, celle-ci un jour pris fin et la fille découvrit un nouvel intérêt à cultiver sa féminité. Pourtant, fondamentalement rien n'avait changé. Les tatouages étaient toujours là, les piercings plus discrets peut être, devenaient en quelque sorte des bijoux, mais l'allure vestimentaire était, elle, en tout cas plus raffinée. 

La marchande de baguettes avait sans doute considéré cela comme une victoire, un retour à la raison, une rémission. Cependant elle ne comprenait toujours pas pourquoi sa rejetonne s'obstinait à couper ses cheveux aussi courts. Et chaque fois qu'elle en émettait un regret, comme un automatisme bien réglé, la jeunette filait chez le coiffeur pour en enlever une couche. Action, réaction!. 

Oh je savais bien finalement ce qui chagrinait ma faiseuse de bâtards. C'était le regard des autres sur sa progéniture et ce qu'on pourrait penser d'elle même en jugeant l'apparence de sa fille... vanitas, vanitatum...

Cependant il y a une réalité qui échappe à ma théorie. Changer de vêtements, changer de bijoux c'est une chose. Mais quand on a pris l'habitude des cheveux courts, c'est toujours difficile de supporter qu'ils commencent à recouvrir les oreilles... Mais ça, on sait bien ici, que cela ne nuit pas à la féminité.

 

Photo: Mario Benedetti

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Plaisir d'offrir, joie de recevoir

25 Décembre 2013 , Rédigé par jeaneg Publié dans #Humeurs

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C'est le jour ou jamais! Enfin y parait...

J'ai donc nagé bien sagement dans le courant et combiné plaisir et joie en m'offrant les deux tomes de la version bande dessinée du roman de Stieg Larsson. J'avais dévoré les bouquins, m'étais régalé de toutes les versions au cinéma, il n'y avait pas de raison que la bd me déçoive. Et je peux même dire que la surprise est bonne. Intelligemment le scénario s'appuie sur le roman mais prend d'heureuses libertés et puis le graphisme est exactement comme je l'aime dans ce style de bd, un parfait mélange d'hyper-réalisme et de comic's.

millenium-tome-1.jpg            millenium 2

Et puis, si au cinéma c'est indiscutablement Noomi Rapace qui incarne la Lisbeth Salander que mon imagination avait fabriquée à la lecture du roman, j'avoue que celle de la bd me plait en tous points, dans sa force et sa noirceur, blindée pour que personne ne décelle sa fragilité, sexy et destroy.

 

Millenium Tome 1&2 - Runberg et Homs - Edition Dupuis 

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