Nouvelles et petites histoires

Mardi 14 février 2012 2 14 /02 /Fév /2012 16:45

ronja-furrer.jpg

Ces femmes androgynes il me les fallait " garçons manqués", mêlant une fragilité physique à un caractère de guerrier. Pas toujours évident... Par ailleurs il y avait ce fétichisme des cheveux courts, ce détail qui pouvait me bouleverser à tout instant, un mot une phrase, un geste. Bref! Cette période où chacun cherche sa chacune a été compliquée et douloureuse. 

Pendant que ma mère, inconsciente du trouble qu'elle avait immiscé dans ma construction psycho-sexuelle bien des années auparavant, s'apprêtait à signer un contrat mirobolant de danseuse orientale avec un cabaret cairote pour touristes indifférents aux pyramides, je parcourais le monde. Des expériences merveilleuses au gré des ethnies rencontrées, une black façon Grace Jones, une amérindienne genre Pocahontas, une indonésienne à la coupe carrée, une allemande à la brosse blonde...

Malgré toute cette richesse, un jour vint où je tombais nez à nez avec celle avec laquelle j'allais assouvir mon plus bas instinct d'humain: me reproduire. Cependant, au lieu du mini-moi attendu, la progéniture fut féminine et je l'abandonnais sur le champs. Un acte qui me procura moins de honte que d'avouer que j'étais le frère d'un cardinal jeté dans un cul de basse fausse au Vatican pour abus de bien sociaux.

Aujourd'hui débarrassé de toutes mes inhibitions, je me penche sur ma vie passée, sentant le froid du caveau de famille me lécher les épaules et je me dis que j'ai quand même perdu pas mal de temps à tourner autour du pot, alors que, je m'en rend compte, il aurait suffit d'être juste soi même, assumant ses goûts et revendiquant ses choix pour profiter davantage de ma vie d'amoureux incurable des femmes aux cheveux courts. 

 

Modèle Ronja Furrer

Par jeaneg - Publié dans : Nouvelles et petites histoires - Communauté : Tronches de vie
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Samedi 11 février 2012 6 11 /02 /Fév /2012 15:29

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Avant qu'elle ne se retourne il voulait encore admirer sa silhouette androgyne soulignée par cette nuque où le duvet blond couvrait la peau comme celle d'un fruit d'été. Cette nuque brune dessinée en accolade sous la masse des cheveux blonds où chaque détail le fascinait, la peau plus claire, le grain de beauté, le mouvement de l'implantation...

Elle a enfilé un pull, comme ça, à même la peau sans prendre la peine de l'ajuster et sa main s'est glissée dans la chevelure, cherchant à la discipliner. Sans se retourner elle lui a lancé : " Je vais me couper les cheveux!" Une phrase qui l'a saisit, presque stupéfait. Il pensait que ses cheveux étaient déjà coupés et plutôt courts. Sans répondre il tentait d'imaginer ce que pourrait être cet ange blond, les cheveux encore plus courts... Il était excité. Comme il ne répondait pas elle jeta un regard par dessus son épaule : " Tu m'entends? Je coupe tout, très court." Luttant contre sa rêverie il articula : " Mais... très court, tu veux dire tondu carrément? " Cela la fit sourire. Elle savait! Elle savait à quel point elle était en train de le bouleverser, de le rendre fou :" Non pas tondu, mais très court, partout."

Son corps rapproché se colla à son dos, le revers de sa main monta doucement sur les cheveux de la nuque, il murmura derrière son oreille : " Et là... Ce sera presque rasé?..." - " Peut être oui..." 

Il l'enveloppait de ses bras et ses mains pelotaient les petits seins. Elle avait gardé les bras le long du corps et ses mains caressaient l'entre-jambes derrière elle. De quelques mots elle avait allumé un brasier et ils parcouraient ensemble les dernières marches avant le paradis...

 

Photo: Bec Parsons

Par jeaneg - Publié dans : Nouvelles et petites histoires - Communauté : Petits bonheurs
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Jeudi 9 février 2012 4 09 /02 /Fév /2012 07:00

tina chow

Le macadam luisait, reflétant les néons de la rue. La pluie avait cessé un instant plus tôt et je remontais le boulevard, les poings serrés dans mon trench. Comme trop souvent ces derniers temps, Moïra occupait toutes mes pensées. Aucune autre fille jusque là n'avait eu autant d'importance dans ma vie, ni même n'avait provoqué ce que je pensais être un sentiment amoureux. Dans mon monde, l'argent et le sexe sont des pièges plus qu'ailleurs. Ce genre de faiblesse pouvait vous entraîner dans les plus obscures tourments, la déchéance, la trahison, la mort...

Je m'arrêtais au bar de la porte des Lilas. Le barman poussa un verre de pure malt vers moi, devinant à mon visage fermé qu'aucune conversation n'aurait été opportune. Mon téléphone bipa. J'avalais une gorgée et j'ouvris le message - je suis en bas de chez toi, M - Je restais immobile, un long moment. Pour la première fois, la joie que j'avais à chacune de mes rencontres avec Moïra était supplantée par l'amertume. Cette femme envoûtante, venimeuse et mortelle qui avait finit par me fasciner, cet ange androgyne avec lequel les rapports humains ne pouvaient être qu'authentiques, cette déesse gourmande de plaisir et généreuse en retour, mon âme soeur allait m'entraîner sur les chemins de l'Enfer. J'étais prêt à me damner, pour une brune à la peau mat et au corps de garçon. Je savais qu'en poursuivant cette voie elle affirmait un peu plus à chaque fois le lien qui m'emprisonnait. Je voulais l'aimer encore et toujours et pour ça il me fallait trahir... 

J'ai vidé mon verre et j'ai couru jusqu'à la bouche de métro sous la pluie qui tombait à nouveau. Les dès n'étaient peut être pas jetés...

 

Photo: Tina Chow par Herb Ritts

Par jeaneg - Publié dans : Nouvelles et petites histoires - Communauté : Tronches de vie
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Mardi 7 février 2012 2 07 /02 /Fév /2012 07:00

Amyy.-S.jpg

Ton monde est lisse, calme et raffiné, sans surprise. J'aime t'y retrouver et le parcourir avec toi, voir ton visage étonné, tes beaux yeux verts soulignés par tes courts cheveux noirs. Tu me connais si bien. A chaque retour tu ne manques jamais de les faire couper, conservant ton image immuable. Tu ne poses pas de question, la vie reprend son cours et nous poursuivons là où nous nous sommes quittés. Ta douceur me rassure. Tu paraîs fragile et délicate mais je te sais plus forte. Tu n'imagines pas le monde d'où je reviens mais tu le sais noir et périlleux. Pourtant tu ne montres rien, ni ta peur, ni ton désarroi, quand au loin tu crains que je me perde...

Mon monde est douloureux, sauvage et tourmenté, où tout peut arriver. Et je ne surmonte cette noirceur que parce que je te sais là, jamais très loin dans mon coeur. Tu ne me crois pas et tu souris quand je dis que tu es mon rock, l'île sans laquelle je me noierai, toi si fine, si fragile, si délicate... Et quand avec toi parfois mon regard s'assombrit comme un ciel d'orage, tu sais, sans un mot, chasser la tempête qui gronde dans ma tête où défilent des enfants qui hurlent, des chairs brûlées, des hommes qui pleurent sur des ruines. Sans voir ces horreurs et sans questions tu me secours et emporte mon coeur vers ta lumière, loin de tous ces fracas.

Et nous reprenons le fil de nos jours, dans ce monde raffiné, calme et lisse...

 

 

Photo: Amy Stegman

Par jeaneg - Publié dans : Nouvelles et petites histoires - Communauté : Tronches de vie
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Dimanche 5 février 2012 7 05 /02 /Fév /2012 09:08

Bonbon la petite blonde sauvage des tropiques m'avait ouvert une voie. Moi qui vivais ma dilection pour les jolies filles aux cheveux courts comme une honte, je découvrais qu'il y avait du plaisir, au contraire, dans tout cela. 

Alors que mon frère cadet partait pour le Vatican, mon aîné perdait un bras et la moitié de la vie à la tête de sa section d'infanterie engagée sur le front du Moyen Orient. Mon père composta son bulletin de naissance à peu près au même moment, si bien que ma mère sombra facilement dans la dépression qu'elle tentait de soigner en prenant des cours de danse du ventre... Quant à mes soeurs, tandis que l'une convolait à Monaco avec un simili-prince, l'autre faisait le tapin à Strasbourg-St Denis. La vie c'est comme une boîte de chocolat...

Mon parcours initiatique était jalonné de belle rencontres tout autant que d'événements dramatiques et je nourrissais mon théâtre fantasmatique d'images saisies dans la vraie vie comme de photos découvertes dans les magazines. Je me souviens particulièrement d'un article dans un vieux Marie Claire de janvier 1984, où un coiffeur réputé ou en passe de l'être montrait une nouvelle technique en tondant les cheveux sur la nuque d'un mannequin blond, laissant toute la longueur au reste de la chevelure coupée au carré. Cette image de contraste entre le long et le très court me subjuguait

Arthur-Elgort.jpg

Par ailleurs j'affirmais tranquillement un goût certain pour les jeunes femmes androgynes aux seins menus et aux hanches d'éphèbes. Imaginant qu'il pouvait s'agir d'une forme de refoulement de l'homosexualité qui nous habite tous, j'ai donc tenté ma chance de ce côté là. Hélas, malgré une bonne volonté certaine et bien que j'ai réussi à sauvegarder mon fondement, je ne parvenais pas à éprouver de l'amour pour un garçon, fut-il mignon et coiffé en brosse. il fallait me résoudre et garder mon cul entre deux chaises, j'aimais les femmes et je les aimais dans ce qu'elles ont de plus masculin...

 

Photo: Arthur Elgort - Marie Claire janvier 1984 

 

Par jeaneg - Publié dans : Nouvelles et petites histoires - Communauté : Tronches de vie
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