Purgatoire

Publié le 24 Avril 2013

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C'était un de ces crépuscules, humide et crasseux, de ceux que l'on fuirait, si on le pouvait, pour se recroqueviller dans les bras d'un amour. Le mien s'était barré et j'étais condamné à errer dans cette ville inconnue. Je n'avais envie de rien, juste de crever, parce que chaque vitrine, chaque mur et chaque trottoir me rappelaient qu'elle était partie et que j'avais été trop con pour ne pas courir, au moins tenter de la rattrapper... 

Je ne l'avais pas calculée, en me jetant dans ce snack pour fuir l'averse. Je matais à travers le carreau, sans rien voir de la rue quand elle s'est approchée. Elle était fringuée comme un homme, costard et cravate, et ses cheveux courts étaient plaqués en arrière pour que sa coupe semble plus courte encore... Elle était... comment dire?... Beau gosse!

Elle m'a parlé doucement, avec une belle voix un peu rauque et moi j'étais planté là, sans comprendre. Elle me parlait de mon amour, me disait qu'elle aussi était malheureuse, que les hommes sont toujours trop stupides pour parler d'amour parce qu'ils croient que ce n'est pas viril, ils sont maladroits parce qu'ils s'imaginent faibles, vulnérables et qu'ils ont peur tout bêtement...

Elle me faisait la leçon et j'avais presque honte, parce que cette fille là je l'aimais vraiment et que tout ce que me disait la voix rauque était vrai, même si ça m'faisait mal de l'entendre...

Quelque chose est tombé, j'ai tourné la tête pour voir et je me suis baissé... Lorsque je me suis relevé la fille en costard avait disparue. J'ai cherché, regardé au fond de la salle, partout... et là, derrière le pillier, au coin du bar... il y avait mon amour qui pleurait.

 

 

 

Photo: Arizona Muse par Peter Lindbergh

Rédigé par jeaneg

Publié dans #Tendresses

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