La louve

Publié le 9 Novembre 2013

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Même le plus stupide des idiots sait bien qu'il ne faut pas tenter d'approcher un animal sauvage. Il le savait bien lui, que faire un pas dans la tanière d'une louve c'était un peu comme se coller un Smith & Wesson sur la tempe, jouer une roulette russe avec cinq cartouches dans le barillet.

Mais voilà, il avait été pris par la fascination qui chasse tous les instincts, subjugué par une allure, une image, un regard qui lui avait fait perdre tout bon sens et fait croire que le fauve le laisserait s'approcher.

Il était parvenu, contre toute attente, à quelques pas, plein d'une inconsciente confiance... La louve était blessée. Une plaie à peine visible, qu'elle lèchait doucement. 

Il parlait calmement, pour l'encourager, la rassurer... Il aurait voulu l'aider. Et puis...

Un moment il a perdu l'esprit, il a tendu son bras, cherchant à caresser la fourrure claire et la louve l'a mordu, plantant ses crocs dans la main, un coup sec, violent, avant de s'échapper. Dans l'intense douleur toute sa lucidité lui revint. Il se retrouvait seul, réalisant la folie de son entreprise. La main broyée.

Mais quoi? Est-ce qu'il avait besoin de s'approcher, de prendre tant de risques? Est-ce qu'il n'aurait pas simplement du se contenter de rester là, bienveillant, au cas où la louve ait besoin de son aide?

A présent elle avait fuit. Sûrement qu'elle ne lui en voulait pas, sinon elle ne se serait pas contentée de sa main mais c'est dans sa gorge qu'elle aurait planté ses crocs...

La réalité c'est que c'était lui qui avait besoin d'elle, de sa reconnaissance, de sa bienveillance. Besoin d'apprendre, de comprendre...

La première leçon était dure....

 

Photo: E. Kalbfleisch

Rédigé par jeaneg

Publié dans #Nouvelles et petites histoires

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Murielle 12/11/2013 19:32

Le grognement sourd montait, prévenait. La fourrure frissonnait sous les contractions de la douleur mais surtout, de la crainte de l'Autre.
Cette main inconnue... Se laisser approcher, même déchirée jusqu'au coeur...
Faire confiance...Peut-être enfin la caresse résiliente.
Pas encore. Trop rapide.
Et, Lui, apprendra dans sa chair qu'une sauvageonne se désire et s'apprivoise à distance.
Nos cheveux courts, Messieurs, peuvent parfois vous rendre inconscients.
Lisez Jean, et méditez. Longtemps. Avec humilité.

jeaneg 12/11/2013 20:15