La lettre

Publié le 11 Novembre 2013

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En novembre il y a des fleurs des champs qui fleurissent dans les villes. Par chez nous ce sont des bleuets, chez les anglais ce sont des coquelicots. Il y en a partout, sur chaque boutonnière.

Ce matin là nous étions elle et moi perdus dans nos pensées devant un monument de pierre, elle avec son coquelicot et moi avec mon bleuet. Pas de tristesse, juste un peu d'émotion. Elle a prit ma main et de sa voix claire avec un accent maitrisé elle m'a raconté cette histoire...

"C'était un lundi. Déjà quatre ans que le pays était en guerre et ce jour là tout allait changer. Grand mère avait 20 ans. Mon dieu comme elle était belle, habillée à la mode, pimpante avec ses cheveux coupés tout courts...

C'était le 11 novembre, un jour d'allégresse. Les cloches sonnaient à toute volée et bien vite les rues furent envahies par la foule débordante, exubérante et joyeuse. La guerre était finie.

Ma grand mère était heureuse de revoir bientôt son chéri. Tout le monde allait rentrer, la vie allait redevenir comme avant, pleine de douceur et d'espoir. Elle avait dansé, elle avait ri et un peu bu, embrassé des garçons et des filles... Et puis le soir elle est rentré chez elle... Une lettre l'attendait. Une enveloppe de papier kraft avec un tampon d'encre rouge. Pas de timbre, juste un tampon...

La lettre annonçait maladroitement, presque avec brutalité - mais comment faire pour ces choses là - que son chéri, était mort, au début du mois de novembre, à la tête de ses hommes, qui ne survécurent pas eux non plus...

Bien sûr elle s'est effondrée, dévastée par le chagrin, elle a pleuré la nuit entière quand dehors les bals et les flonflons résonnaient dans les rues.

Depuis ce jour elle n'a jamais manqué de venir réconforter l'âme de son chéri, le 11 novembre, ici, devant ce monument de pierre où son nom est gravé.. et je ne sais pas pourquoi, c'est comme si j'avais ça en héritage, maintenant qu'elle n'est plus là..."

 

 ...Mère voici vos fils qui se sont tant battus. Vous les voyez coucher parmi les nations. Que Dieu ménage un peu ces êtres débattus, Ces coeurs pleins de tristesse et d’hésitations. 

 

 

Illustration:  La lettre - Karl Boehmer

Citation: Eve ( extrait ) - Charles Peguy

Rédigé par jeaneg

Publié dans #Nouvelles et petites histoires

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