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A force de coups, son coeur a durci, comme la pierre. Assez des chagrins destructeurs et des larmes ravageuses. On ne l'aura plus. Elle va bâtir un mur, solide, et personne, plus personne ne pourra désormais y déverser la moindre affection. Pas besoin d'ami(e)s ni d'amour. Elle ne craint pas la solitude, elle a ses bouquins, et puis son chat, qui lui ne la trahit pas... Et puis ça tombe bien, elle avait vraiment envie de couper ses cheveux, encore plus courts, et reprendre la photo, elle voudrait bien faire une exposition, au printemps. Peut être voyager aussi, loin de l'hiver et de la grisaille...
Et sa colère qui lui fait croire qu'elle s'en fout et qu'elle est forte, comme un roc...
"...And a rock feels no pain;
And an island never cries"
Photo: Mirjan
Je n'ai gardé que cette photo d'elle. Même pas un portrait. Enfin si, peut être même mieux qu'un portrait. Je me rappelle de tout, des senteurs, de la chaleur, du vent chaud. En la voyant je retrouve l'odeur de savon de sa marinière, la blancheur de sa peau sous le ciel d'orage. Si je tends la main, peut être qu'au bout de mes doigts je sentirai les épis de seigle, lourds et mûrs. L'air était épais et les nuages roulaient des humeurs noires. Bientôt, l'odeur de la terre mouillée nous parviendrait, venant de plus loin que l'horizon. Parce qu'ici, dans ce champs, il fait encore chaud et le soleil nous brûle. Et je n'ai qu'une envie, celle de poser sur ce cou laiteux un baiser, d'effleurer de mes lèvres cette nuque dépouillée. Et elle va m'accueillir dans ses bras, m'offrir sa bouche pourpre et rouler avec moi dans la chaume qui laissera quelques pailles dans ses cheveux de feu. L'orage éclatera, en même temps que de grosses gouttes commenceront à exploser sur la terre craquelée...
Et l'instant d'avant elle marchait dans le champs de seigle, devant moi...
Photo: Mirjan
C'est l'été sur la Côte d'Azur. L'insouciance de Cécile a les 20 ans juvéniles de Jean Seberg. Et c'est l'ogre Otto Preminger qui tempête autour des acteurs de Bonjour Tristesse. Il n'a pas laché la jeune américaine, et c'est sa chance. Après ses premiers pas en Jeanne d'Arc, c'est elle qu'il a voulu pour être l'héroïne de cette adaptation d'un roman dont l'auteure n'est même pas plus agée qu'elle. On peut comprendre cette fascination du vieil Otto. L'éphèbe est blonde et jolie et il a vu dans ses yeux l'enthousiasme et l'envie. Pour être Jeanne elles étaient des milliers de candidates. Elle, connaissait bien la pièce et pour montrer sa détermination elle n'a pas hésité à couper ses cheveux, ce qui a stupéfait tout le monde. Le vieil Otto ne s'est pas laissé bluffer. Il a choisi sa Jeanne et, allant plus loin encore, il l'a fait tondre. Et la blondinette est entrée dans l'Histoire. C'était l'année d'avant et si les cheveux blonds avaient pu pousser un peu, Otto encore une fois ne l'a pas autorisé... Cécile l'insouciante va découvrir la tristesse, et les jeunes filles des années soixantes vont aimer cette allure aux cheveux courts.
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