Mardi 28 juin 2011
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A peine a-t-il pénétré le jardin que son attention est captée par cette silhouette dans ce groupe de convives. Sans trop savoir pourquoi, il reste fasciné, paraissant balayer l'assemblée du
regard ou admirer le paysage... Pourtant son coeur s'accélère et l'émotion trouble sa vision. Chaque détail est comme un souvenir qui viendrait caresser sa mémoire. Cette pose tellement humble,
cette main discrètement retenant l'autre bras en passant sur les reins... La dame est dépouillée, pas de bijoux clinquants, de bracelets d'argent ou de bagues dorées. Elle se tient en peu en
retrait écoutant attentive, la conversation des autres. Son attitude elle même inspire la bonne éducation, celle des princesses. S'approchant, il fixe cette chevelure ondulée taillée si court
qu'elle ne cache rien de la nuque de porcelaine. Les lobes apparaissent eux aussi sans parure. Sans voir son visage il le devine serein et emprunt d'une douceur de madone. Dans ce jardin anglais
il croit revoir, comme sur un vieux cliché, celle dont le charme foudroya son père, si loin dans le temps, toute de grâce et de délicatesse et par un coup extraordinaire du sort il se voit
proposé une histoire sans fin où à son tour il aurait à portée de main la Dulcinée
Photo: Adam
Par jeaneg
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Dimanche 26 juin 2011
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00:14
Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville ;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon coeur ?
Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un coeur qui s'ennuie,
Ô le chant de la pluie !
Il pleure sans raison
Dans ce coeur qui s'écoeure.
Quoi ! nulle trahison ?...
Ce deuil est sans raison.
C'est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon coeur a tant de peine !
"Il pleure dans mon coeur" - Poème - Paul Verlaine ( 1844-1896 )
Photo: Maria Adele
Par jeaneg
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Jeudi 23 juin 2011
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19:20
Le promontoir faisait face à la mer. Comme elle s'était avancée, le courant d'air qui remontait la falaise soulevait ses cheveux qui provoquaient des ombres sur ses épaules nues comme autant de
ramifications et de veinules. Le soleil était agréable, tiède et amical. Il éclairait la chevelure de reflets auburn et dans les cheveux qui parvenaient à s'écarter de la masse il lançait des
éclairs dorés.
Sur les épaules de soie, par moment on croyait voir passer un frisson et la chair se hérissait de picots jusque sur la nuque. Dans l'air qui portait des effluves pélagiques, se mêlaient son
parfum et l'odeur de son corps échauffé.
Elle croisa les mains sur son cou et lentement, très lentement, laissa les doigts se séparants remonter à travers ses cheveux, jusqu'au vertex, faisant apparaître au passage la peau claire
aussitôt camouflée par l'onde soyeuse qui reprenait sa place. Une main resta sur l'épaule et le cou vint se plier sur elle, offrant à l'inverse la chair nue à mordre... Au premier baiser les
reins se cambrèrent imperceptiblement et de nouveau les frissons hérissèrent la peau. Les cheveux courts retombés sur la joue masquaient le regard. Immoblie, son souffle devint plus rapide,
soulevant juste la poitrine et gonflant la veine jugulaire. Elle s'abandonna, fermant les yeux et attendant, résignée, la morsure fatale...
Un goéland qui jouait au voilier dans l'air chaud hurla en passant et lui fit peur. La surprise passée, elle se mit à rire toute seule et haussa les épaules.... Depuis quand les vampires se
proméneraient-ils au soleil?
Photo: Andrei Mitroshin
Par jeaneg
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Lundi 13 juin 2011
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17:28
Le calvaire se trouve au sommet du petit parc qui surplombe le port. Elle vient là souvent, voir le soleil s'engloutir à l'horizon. A cette heure tout s'apaise, le vent tombe et les rayons sont
encore chauds. La lumière glisse dans ses cheveux de feu des reflets d'automne. Quand elle ferme les yeux elle aime imaginer ce que pourrait être sa vie. Sans doute la voit on mariée à un de ces
pêcheurs, solide et fier. Sa mère lui dit toujours : "Comment veux tu plaire aux garçons avec tes cheveux si courts..." Bien des fois elle a failli prendre la perche et répondre qu'elle se
moquait pas mal des garçons. Mais elle savait que personne ne comprendrait. Non, quand elle ferme les yeux elle se voit dans une grande ville avec une femme, grande et belle, avec des beaux
cheveux, longs, mais pas trop. Et la tiédeur des rayons du soleil couchant est comme une caresse sur sa joue, de ses doigts, longs fins et soignés. Et elle aime, elle, ses cheveux courts où le
soleil met le feu quand le soir vient au pied du vieux calvaire qui surplombe le petit port...
Photo: Jonathan Addie
Par jeaneg
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Dimanche 12 juin 2011
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13:32
Tais-toi et garde en toi
Tes sentiments et tes rêves.
Dans les profondeurs de ton ame,
Qu'ils s'élèvent et déclinent
En silence, comme les étoiles dans la nuit.
Sache les contempler et te taire.
Le cœur – saurait-il s'exprimer ?
Un autre – saurait-il te comprendre?
Peut-il entrer dans ta raison de vivre ?
Toute pensée qui s'exprime est mensonge.
En les faisant éclater, tu troubleras tes sources.
Sache seulement t'en nourrir et te taire.
Apprendre a ne vivre qu'en soi-même!
Dans ton âme est tout un monde
De pensées magiques et mystérieuses.
Le bruit du dehors les assourdira
Les rayons du jour les dissiperont.
Sache écouler leur chant et te taire.
Poème: Silentium de Fiodor Tiouttchev (Rais E., Robert J. Anthologie de la poésie russe. – Bordas, 1947)
Photo: Magda K - Autoportrait
Par jeaneg
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