Dimanche 21 août 2011
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16:04
Il était heureux lorsqu'il arrivait à capter, vers la fin du jour, ce moment délicat où elle lui appraissait sereine et apaisée, éclairée par un soleil couchant qui mettait de l'ambre dans ses
cheveux. L'instant était précieux, c'est pourquoi une fois il le photographia. Il était suffisamment près d'elle pour humer son parfum et l'odeur de sa peau et dans sa tête une sonate résonnait,
un piano léger, un hautbois ou une clarinette qui donnaient une ambiance bucolique et un peu triste à son tableau, comme pour le menacer, lui faire comprendre que tout cela ne serait jamais
éternel. Mais il n'y pensait pas, cela lui aurait serré le coeur et troublé sa vue. Non au contraire, il jouissait de l'instant, parcourant du regard, lentement, la peau duveté de son cou, ou
celle satinée juste derrière son oreille que ses mèches trop courtes ne pouvaient pas dissimuler... Elle avait le bon goût de couper ses cheveux assez courts pour mettre en valeur sa nuque où il
aimait par dessus tout déposer des baisers. Son allure en était soulignée, son visage éclairé. A peine s'il tendait la main il pourrait caresser de ses doigts cette nuque dénudée en effleurant
chacun des îlots que formaient ses vertèbres, remontant jusqu'à l'implantation presque effacée. A cet instant, il le savait, elle se redresserait, les reins creusées, juste avant de tourner son
visage d'ange qui serait balayé par la mèche claire glissant sur sa joue...
Le concerto s'acheva. Cette fois encore sa gorge se nouait, comme toutes les fois. Dans ses doigts usés, la photo avait un peu jaunie, mais le soleil du soir était toujours le même.
Photo: Anna Gulisashvili
Par jeaneg
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Jeudi 18 août 2011
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10:58
Des nuits entières, je me souviens, les yeux grands ouverts sur le plafond, sans rien voir. La gorge sèche avec cette étrange impression que la langue, gonflée, remplie complétement la cavité
buccale et par moment un tonnerre qui gronde, une explosion de colère comme un geyser et les poings qui se serrent... Puis à nouveau le désespoir et la tristesse. Une envie de hurler mais aucun
cris, juste un sanglot, avant de sentir sur la peau de la joue, puis du cou, la larme couler comme un torrent soudain. J'ai fermé les yeux comme si cela pouvait contenir le flot et le vertige m'a
pris, me donnant l'impression de chuter sans fin dans un espace sans limites. Epuisé le sommeil m'a emporté et au matin je n'avais plus que haine et mépris, sans imaginer que toi aussi, la nuit
entière tu avais pleuré des rivières...
Photo: Vanessa Muñoz
Par jeaneg
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Samedi 6 août 2011
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15:51
Qaund on est enfant, on a des traits d'enfant. Une jupe ou une queue de cheval font de vous une fille, un pantalon et des cheveux courts, un garçon. Personne ne s'en préoccupe vraiment. On
imagine l'enfant asexué.
Plus tard, adulte, d'autres aspects donnent des indications sur le genre. La femme aux hanches larges et à la poitrine généreuse ne trompera personne, même en pantalon, même les cheveux courts.
Mais alors quelle est elle, cette fille aux hanches droites dont le corps étroit bouleverse le code? Quel est il ce garçon aux bras fins et aux joues imberbes?
Une sorte d'enfant éternel qui peut jouer, comme avant, une mi-temps dans chaque camp. Androgyne-garçon, androgyne-fille, androgyne tout court. Ses choix sont selon ses goûts et ses plaisirs
l'accompagnent. Mais ce n'est pas parce qu'elle s'aime garçon qu'elle goute aux filles. Elle n'est pas dans cette logique là. C'est sa chance...
Modèle: Anna Pichler
Par jeaneg
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Vendredi 5 août 2011
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08:00
En sortant du salon elle s'est arrêtée à la terrasse de ce petit café qu'elle aime tant. La matinée touche à sa fin, mais le soleil n'est pas encore mordant. Elle a commandé un cappuccino, la
serveuse lui a fait un magnifique sourire. Il se passe quelque chose d'étrange. Elle a le sentiment qu'on l'observe. Plus précisément qu'on la regarde mais avec bienveillance. A la table voisine
l'homme aussi sourit, même les passants.
Elle se sent légère. Pas seulement parce qu'elle vient de faire couper ses cheveux, mais plutôt comme si l'atmosphère l'y invitait. Machinalement elle pose la main sur sa nuque et ses doigts
caressent les cheveux tondus. Instinctivement, comme un réflexe, un frisson la secoue et en baissant le regard elle voit la peau de son bras hérissée par la chair de poule. A son tour elle
sourit. Elle n'aurait jamais imaginé un tel effet.
La serveuse est revenue avec le cappuccino, elle lui a fait un compliment sur sa coupe. Ca lui a fait plaisir, elle avait peur que cela soit trop court. Pourtant elle a du mal à enlever la main
qui caresse sa nuque. Comme si elle voulait faire durer ce frisson encore et encore...
Photo: Dorotka Leśniańska
Par jeaneg
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Mardi 2 août 2011
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00:00
Comme elle avait décidé de laisser pousser ses cheveux, elle allait malgré tout aussi souvent voir son coiffeur. Celui-ci pour poser les bases d'une future coupe au carré, point de passage obligé
affirmait-il, lui avait fait cette coupe où sa nuque était toujours rasée et les cheveux la recouvrant coupés droit et bien net. J'adorai la voir ainsi. Elle était blonde naturellement et le
contraste entre les cheveux ras plus sombres et le casque doré était, à mes yeux, du plus bel effet. Sa peau claire était couverte d'un duvet soyeux comme la peau d'un fruit et je l'agaçais
parfois en l'embrassant à tous moments. Elle me chassait alors, gentiment, pour aussitôt revenir à moi, m'interrogeant pour s'assurer que je l'aimais encore. Je n'aurais pu mentir car j'étais fou
de son corps musclé tout autant que de son esprit vif. Elle riait comme un garçon et savait se faire chatte quand à travers son regard d'azur je lisais l'envie de plaisir... Alors sans
effraction, elle cambriolait mon coeur, posant elle même mes mains sur ses cheveux rasés et fermant les yeux aux caresses de mes doigts enveloppant sa nuque.
Photo: Jean François Jonvelle
Par jeaneg
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