Le macadam luisait, reflétant les néons de la rue. La pluie avait cessé un instant plus tôt et je remontais le boulevard, les poings serrés dans mon trench. Comme trop souvent ces derniers temps, Moïra occupait toutes mes pensées. Aucune autre fille jusque là n'avait eu autant d'importance dans ma vie, ni même n'avait provoqué ce que je pensais être un sentiment amoureux. Dans mon monde, l'argent et le sexe sont des pièges plus qu'ailleurs. Ce genre de faiblesse pouvait vous entraîner dans les plus obscures tourments, la déchéance, la trahison, la mort...
Je m'arrêtais au bar de la porte des Lilas. Le barman poussa un verre de pure malt vers moi, devinant à mon visage fermé qu'aucune conversation n'aurait été opportune. Mon téléphone bipa. J'avalais une gorgée et j'ouvris le message - je suis en bas de chez toi, M - Je restais immobile, un long moment. Pour la première fois, la joie que j'avais à chacune de mes rencontres avec Moïra était supplantée par l'amertume. Cette femme envoûtante, venimeuse et mortelle qui avait finit par me fasciner, cet ange androgyne avec lequel les rapports humains ne pouvaient être qu'authentiques, cette déesse gourmande de plaisir et généreuse en retour, mon âme soeur allait m'entraîner sur les chemins de l'Enfer. J'étais prêt à me damner, pour une brune à la peau mat et au corps de garçon. Je savais qu'en poursuivant cette voie elle affirmait un peu plus à chaque fois le lien qui m'emprisonnait. Je voulais l'aimer encore et toujours et pour ça il me fallait trahir...
J'ai vidé mon verre et j'ai couru jusqu'à la bouche de métro sous la pluie qui tombait à nouveau. Les dès n'étaient peut être pas jetés...
Photo: Tina Chow par Herb Ritts
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Bref! Mon père était un héros et ma mère
était une sainte. Moi même, petit dernier d'une fratrie de 5 enfants, j'étais le chouchou, comme il se doit. Mes frères aînés étaient promis à des carrières toutes tracées, qui dans l'Armée, qui
dans l'Eglise catholique, quant à mes soeurs, leur mariages devaient élever un peu plus, si possible, le niveau social de la famille. Pour ma part, je grandissais dans le giron de ma mère qui
après avoir été lauréate d'un prix de beauté avait épousé mon héros de père, de passage entre deux missions. Ainsi, comme les cernes d'un arbre, on pouvait compter au nombre d'enfants les
différents passage au nid conjugal de mon père. Du coup, j'arrivais sur le tard et fut le dernier enfant ( légitime ) qu'on lui connaisse.


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