J'avais besoin de réponses, en urgence. Depuis trop longtemps habitué à consulter Frida le jour et la nuit, Ipomée, la secrétaire portugaise ne pouvait pas lutter contre moi et malgré sa bonne volonté évidente elle ne parvint pas à faire barrage à mon entrée dans le cabinet. Comme par hasard Monsieur Patate était encore là, à croire que nous étions les deux seuls clients de la bavaroise... Il se redressa, surpris par mon entrée fracassante, balbutia quelques mots incompréhensibles pendant que je resserrais son noeud de cravate tout en le poussant vers la sortie et en lui donnant des conseils de bon sens sur la meilleure manière de se suicider...
Ma Psy "- Pon, eh pien heureuzement que che lui vais bayer les gonzuldazions t'afanze à ze baufre monzieur Alcazar...
Moi - Alcazar?? Non, tu rigoles? Il s'appelle vraiment Alcazar?
Ma Psy - Et alors? Kezqu'il y a te zi ekzdraortinaire?
Moi - Non non, rien... Et c'est le mari de Bianca Castafiore, c'est ça?
Ma Psy - ??? Tu verais mieux te me tire qu'ezki chusdivie zette endrée vrakazande.
Moi - Frid' Il faut que tu m'aides. Je vais très mal. Je n'ai plus de goût à rien, je n'envisage plus rien, j'ai le sentiment d'être comme un coquillage mort sur une plage des Maldives...
Ma Psy - Foyez fous za... Ein bedit coup te plues. Normal z'est la zaizon...
Moi - Non non tu n'y es pas. C'est bien pire. Plus rien ne m'excite. La vie des autres m'est indifférente, je n'ai plus d'envies. Au boulot je laisse tout filer. Sexuellement rien ne me stimule plus. Même dans les bras de Laora, même en caressant sa nuque rasée, même si elle me raconte des cochonneries, ça ne me fait plus bander. J'ai l'impression d'avoir trop parlé librement de ma dilection, de l'avoir rendue banale presque. Cette overdose de plaisir a finit par démystifier mon trouble et tout est devenu presque naturel...
Ma Psy - Hummm... Enfie t'un garzon?
Moi - Méheuuuu! Arrêtes avec ça! Je suis sérieux. J'ai de plus en plus besoin d'imaginer des trucs bizarres. Et puis quand je me concentre trop j'ai l'impression de frôler la rupture d'anévrisme. L'orgasme me donne la migraine.
Ma Psy - Du feux guand même bas que che de tonnes ein Tolibrane? "
Je voyais bien que ma psychiatre de la Rhur profitait de la situation et trouvait là une façon de se venger. J'avais été trop gâté et j'arrivais au seuil de la rupture. Frida allait me laisser couler jusqu'au fond par pur sadisme...
Photo: Edouard Boubat
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Laora était partie quelques jours dans sa Toscane natale et
je trainais ce matin là en attendant l'heure de rejoindre Frida pour déjeuner. J'ai eu soudain une sentsation bizarre parce que je venais de me rendre compte que sans le vouloir, je captais
toutes les conversations des autres qui avaient trait à leur coiffure. Et toutes me ramenaient à ma récente experience avec la transalpine. Dans la rue, le métro ou dans une brasserie, c'était là
une mère et son fils, ici deux amies ou encore là un couple... Et presque à chaque fois les paroles s'accompagnaient d'un geste qui consistait à passer la main dans les cheveux de l'autre, comme
pour évaluer leur longueur ou soupeser la masse dont il fallait se débarrasser. Plus je progressais dans ce constat et plus m'apparaîsait évident le caractère sado-masochiste de ces scènes.

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