Mercredi 30 mars 2011
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10:51
A peine aperçue, la fille avait capté mon attention. L'éclairage était mauvais et le plus souvent je ne voyais que les reflets de son cuir noir et de ses cheveux châtains. Mais dans un mouvement,
sous la lumière blafarde, son cou était apparu, nu et je devinais une nuque fine et déliée où les cheveux étaient proprement tondus. Je n'avais aucune raison valable pour l'aborder et c'était
sans doute mieux ainsi. Cette vision m'envoyait dans le passé et je retrouvais ces épaules frèles camouflées par le cuir épais, ce cou étroit, presque fragile et cette façon si sensuelle de
dévoiler sa nuque en y faisant tailler les cheveux si courts qu'elle appelait irrésistiblement la caresse et les baisers. Mes doigts y courraient constament et la paume de ma main provoquait un
frisson agréable lorsqu'elle remontait lentement sur la peau de satin jusqu'à la naissance des cheveux rasés...
Je restais dans l'ombre, éternel inconnu, ne voulant pas risquer de découvrir, par un geste maladroit, que cette silhouette sous mes yeux pouvait être quelqu'un d'autre que mon souvenir...
Photo: Dwam
Par jeaneg
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Samedi 26 mars 2011
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09:00
Cette longue période de séparation m'avaient laisser le temps d'échafauder d'autres projets pour elle. Une nana de sa pointure, c'était vraiment gâcher le talent que de la laisser dans un centre
de formation, fût-il des services secrets français.
Nos retrouvailles avaient été aussi torrides que ce que j'avais pu imaginer et pour une fois, la belle british ne m'avait pas planté là au petit matin. Les "civilités" accomplies, nous allions
pouvoir parler business. J'avais hâte de savoir si le projet que j'avais fondé sur elle, pourrait aboutir.
Moïra m'écouta religieusement et je voyais au fur et à mesure de mon exposé que l'idée commençait à l'exciter.
Sans que je puisse dire quoi exactement, je sentais qu'il y avait quelque chose de plus sophistiqué en elle. Une façon discrète de se maquiller, la coiffure peut être?
"Enfin de l'action! J'ai cru que tu allais me laisser croupir dans ton foutu Loiret toute ma vie...
- Tu vas y retourner encore quelques jours. J'ai besoin de régler de la paperasses... Et puis l'air de là bas semble te réussir. On dirais que tu as fini par trouver un coiffeur digne de ce
nom...
- Ehé rien ne t'échappe darling. Sauf que le coiffeur est une coiffeuse, et plutôt gironde si tu veux savoir.
- Ah... Tu....?
- Surpris? Tu devrais me connaitre mieux que ça. No limits honey, no limits!
Par jeaneg
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Vendredi 25 mars 2011
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16:00
Parfois un voile passe sur ton regard d'azur. Comme un nuage léger dans un ciel de juillet qui projette son ombre sur le blé mûr tourmenté par le vent. Très vite le soleil revient et la chaleur
aussi. Mais dans cet instant la noirceur et le froid me transpercent. Je connais ce chagrin qui obscurci ton visage et je sais qu'on ne revient jamais intact de l'ombre de la Vallée de la Mort.
Les sentiers que tu as parcouru je les ai emprunté et cette petite musulmane blonde dans son village de Bosnie pour qui j'ai partagé ma ration, je l'ai retrouvée sur tes clichés de ces fillettes
afghanes. Ces tourments ne nous quitteront plus. Le village de Bosnie a brûlé, ravagé par la fureur de la guerre et la petite Aïna est morte comme un chiot dans le fossé devant la maison de son
"mari" qui n'en a plus voulu...
Tu gardes toujours tes cheveux capables de voiler ton visage, pour qu'à travers les mèches auburn, le turquoise de tes yeux paraisse moins flou quand ces images reviennent. Tu baisses alors la
tête et le rideau tombe sur le reflet de tes tourments...
Photo: Kamaphotograhy
Par jeaneg
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Dimanche 20 mars 2011
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08:00
Presque midi. Elle est seule sur le quai. Ca sent le caoutchouc et la graisse. L'urine aussi. Elle s'en moque, dans quelques heures elle sera loin. Elle est en route pour accomplir sa vie et elle
sait que sa vie n'est pas ici.
Partir voilà bien un mot qu'elle voudrait maudire. Mais finalement il résume à lui seul son existence. A la fois synonyme d'abandon et de renaissance, de commencement et de fin. C'est comme
si ce mot était le premier de son vocabulaire, enfant déracinée par la guerre, réfugiée de camps en camps dans les collines albanaises. Adsolescente abandonnée par son père malgré son amour,
toujours loin et distrait. Partir, elle en connait tous les sens. Aujourd'hui c'est elle qui décide de celui qu'il faut lui donner. On pourrait la croire triste, seule sur ce quai d'une gare
perdue. Elle ne l'est pas. Elle sait qu'elle ne sera jamais vraiment quelque part, juste le vague sentiment d'être "de" quelque part, mais toujours prête pour ailleurs. Elle y trouve sa force
Photo: Ozgur Biber
Par jeaneg
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Mardi 15 mars 2011
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23:00
Bon sang, j'avais la tête comme un compteur en débarquant à JFK et c'était pas la conversation du chauffeur de taxi qui allait arranger ça. Ce salaud jurait comme un bosco sur le pont de son
trois mats en se faufilant dans la circulation de Madison Avenue et mon vocabulaire dans ce domaine ne me permettait guère de lui faire la conversation.
Arrivé à destination, j'allais me diriger à pieds vers Grand Central Station quand j'ai vu débarquer cette fille de son taxi. Bon sang d'bois! Elle avait sacrément du chien avec son jean et son
Perfecto. Des jambes de deux mètres de haut, plantées dans des Doc's et le sourire Ultra brite. Je l'imaginais tout de suite mannequin, allez savoir pourquoi? D'autant que sa coupe de cheveux de
garçonnet, bien dégagée derrière les oreilles et raie sur le côté, collait mal avec l'image que j'avais du top model. Au diable préjugés et idées reçues. Je devais avoir l'air sacrément con,
planté sur le trottoir à la regarder parce que ça l'a amusée et elle ma laché son sourire n° 5 qui m'a carrément liquéfié. Elle n'avait pas de bagage, a claqué la portière du Yellow Cab et s'est
engouffrée dans l'immeuble voisin, 404 Park Avenue si je me rappelle bien...
Le temps que mon coeur reprenne un rythme normal, je me suis mis en route vers mon rencart.
Comme aurait dit mon chauffeur de taxi: " This f****** chick has made my f****** day!"
Photo: Kamel Lahmadi
La f******* nana: Hanaa Ben Abdesslem
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