60 jours. Deux mois que ce portrait me hantait. La fiche était parvenue via Tel Aviv et un contact au BND à Berlin m'avait "glissé" l'info. Evidemment "la Boîte" était au courant mais tout le monde se gardait d'évoquer le sujet. Officiellement elle était photographe luxembourgeoise et personne à Paris ne voyait en quoi son destin pouvait l'intéresser. Je suppose qu'il en aurait été de même pour moi à présent...
Matricule BV 459, les yeux cernés, le corps amaigri dans ce pyjama de coton qui avait du être orange, la tête rasée, Moïra avait le regard fixe et sans émotion. Le doute et la culpabilité parasitaient mon esprit... Pourtant j'avais besoin de tous mes neurones pour tenter d'inventer une solution. Tout oser plutôt que d'attendre une issue forcément fatale...
Les israéliens suivaient les événements et je savais qu'une opération était possible. Des informations recoupées laissaient entendre qu'un transfert était envisagé vers la Syrie. Sans doute la seule occasion de pouvoir sortir Moïra de son enfer...
Un de ses ami israélien qui servait au sein du Shayetet 13 me révéla qu'un plan existait. Ne restait plus qu'à attendre le moment opportun...
Un sourire un peu triste me vint aux lèvres en imaginant qu'elle avait du s'éclater quand le sbire de la prison d'Evin s'était pointé avec sa tondeuse à la main...
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Les nouvelles n'étaient pas
bonnes...
En arrivant à Moscou elle a fait couper ses cheveux et
s'est vêtu en homme. Plus pratique. Elle a croisé John Reed et elle a conscience d'être au milieu d'un monde qui change. Les bolcheviks ont pris Petrograd au printemps et elle ne sait plus
vraiment sur quelle rive elle se situe. Avoir 20 ans dans la Russie de 1917 est dangereux. Il faut du sang froid pour survivre aux tourments d'une révolution. Elle a pu s'enthousiasmer aux
discours de Vladimir Illich, mais les sbires de Dzerjinski lui font peur. Elle n'est ni paysanne ni fille d'ouvrier. Sa jeunesse heureuse à St Petersbourg l'empêche de connaitre la haine de la
famille Royale et de partager la violence des anarchistes. Pourtant il fallait qu'elle soit là, au coeur de l'événement. Elle photographie, elle écrit, elle écoute les discussions dans les cafés,
rencontre les soldats... Un souffle énorme de liberté animes tous ces acteurs. Pourtant les prisons craquent et le sang coule... Ce monde est fou. Peut être partira-t-elle en Amérique comme l'a
proposé John, le journaliste? Ou rejoindra-t-elle sa famille réfugiée à Paris? En tout cas elle le sait, sa vie sera celle d'une aventurière. Comment pourrait-il en être autrement?
Comme par hasard, il pleuvait sur Paris. Moïra était
repartie depuis deux jours. Un shooting en Thaïlande. Le mot emprunté au monde de la mode était particulièrement bien adapté. Partie avec un mannequin, elle était sensée faire des
photos pour un magazine... Et ce fameux shooting ne serait pas seulement photographique...

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