Nouvelles et petites histoires

Vendredi 10 juin 2011 5 10 /06 /Juin /2011 08:57

 

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Elle n'avait pas changé finalement. Il avait retrouvé les mêmes tâches de rousseur, le même regard, la même candeur. Sans doute en apparence aujourd'hui... La vraie différence c'est qu'elle était devenue femme et qu'ils n'avaient plus 15 ans. On imagine pas ce que les souvenirs d'enfance peuvent fabriquer comme fantasmes. De temps en temps on y pense, la vie avance, on oublie, puis on y revient... Et voilà qu'elle ressurgit, en chair et en os. Ses cheveux sont plus longs même si le style n'a pas changé. Coupés un peu n'importe comment, ils balaient les épaules... C'est si sensuel. Elle a gardé cette façon de caresser ses lèvres avec le bout d'une mèche. Ses lèvres rouge fraise qu'elle ne maquille pas et qui semblent gorgées de sucre et de douceur... Osera-t-il cette fois? 

Son regard l'attire comme un aimant. Il croit avancer mais c'est elle qui s'approche, le fixe et finit par poser sa poitrine contre son torse. Ses seins sont durs et son regard intense. Il retrouve son parfum lorsque leurs lèvres se soudent et sa main monte dans son dos jusqu'à sa nuque sous les cheveux qu'il sent tondue comme elle l'a toujours été... Elle glisse vers son oreille et murmure dans une vague de chaleur: " Tu vois, je pense toujours à toi..."

Photo: Source

Par jeaneg - Publié dans : Nouvelles et petites histoires - Communauté : Tronches de vie
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Dimanche 5 juin 2011 7 05 /06 /Juin /2011 16:37

ninafrancine-copie-1.jpg

Tout s'achevait ici. Sur ce quai de l'ile St Louis, un dimanche matin ensoleillé. L'enquête m'avait pris des mois. Des mois depuis ce mail laconique et mystérieux sur la bàl secrète que nous partagions Moïra et moi:"Je vais bien, ne t'en fais pas". D'après la date ce message avait été envoyé 6 mois après l'opération Collier de perles menée par les Services israéliens pour la libérer des iraniens. La première idée qui me vint fut que le crash de l'hélico d'évacuation avait été monté pour calmer les véléïtés de l'adversaire en lui faisant considérer que le match était nul après cette dramatique issue... Malgré tout, au fil des mois, aucun sursaut de la part des iraniens, aucun indice, pas même une rumeur sur cette "évasion" d'un agent impérialiste soutenue par le grand satan sioniste, inspirait le doute... Aucun retour de la part de mes contacts. Les Brits continuaient à nier farouchement leur trahison, dévoilant en guise de bonne fois les excellents rapport que Moïra leur fournissait à chacune de ses mission au service de ....La France. 

Plus j'avançais et plus je découvrais Moïra telle que je n'aurais jamais dû oublier qu'elle était. Un agent dur et froid, entraînée depuis l'adolescence dans notre monde paralèlle où les règles ne sont les mêmes pour personne. Une femme d'instinct, sans véritables émotions. J'avais cru fendre l'armure, la découvrir et toucher son coeur. J'avais oublié qu'elle était un fauve, capable pour survivre d'autant de tendresse que de violence...

Au fur et à mesure que je découvrais le document qu'on venait de me remettre, je sentais mon coeur se craqueler, répandant dans mes veines une douleur acide...

La chemise marron portait le tampon סודי ביותר à l'encre rouge. A l'intérieur, le premier feuillet portait une photo de Moïra, très jeune, les cheveux tondus et le regard de braise. Son nom de code était יגואר " jaguar " et depuis toujours... Toujours... Elle était un agent de l'Institut, autrement dit, le Mossad.

Il n'y avait pas plus d'iraniens que de traires britanniques. toute l'opération "collier de perles" avait été montée de a à z par Tel Aviv, qui avait récupéré son agent à Bangkok en faisant croire à cette histoire d'iraniens pour exciter les occidentaux, s'il le fallait un peu plus, contre leur ennemi de Téhéran. Tout avait fonctionné, à merveille... Mais pourquoi ce message? Si tard...Ou si tôt... De toute façon, en le faisant elle m'obligeait à mener cette enquête et à découvrir la vérité. Peut être sa façon à elle de me dire ... Adieu.


Photo: ninafrancine

 


Par jeaneg - Publié dans : Nouvelles et petites histoires - Communauté : Tronches de vie
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Jeudi 2 juin 2011 4 02 /06 /Juin /2011 15:13

peace-DM2.jpg

Les mois et les mois, les années à présent. Je ne parvenais pas à effacer de ma mémoire le souvenir de la jeune anglaise. Les soirs de blues je repassais par ce bar de la Porte des Lilas, au bout du boulevard Mortier à deux pas de la "Boîte". J'avais des centaines de fois relu les telex, étudié les plans, épluché les témoignages... Plusieurs sources étaient concordantes... J'avais eu beaucoup de mal à avaler la trahison des "rosbeefs". Tous mes contacts au "6" avaient nié que leur hiérarchie ait mené une telle opération au profit de l'Iran.  Inutile de dire à quel point mes relations avec eux se dégradèrent.

Pourtant je ne parvenais pas à croire à cette fin horrible.

La serveuse avait fini par bien me connaître. Elle savait en voyant ma mine que mes vieux souvenirs me rattrapaient. Ces soirs là elle m'apportait directement la bouteille de Oban à ma table... Les images de Moïra envahissaient ma tête, son esprit me possèdait. Je la revoyais, jeune guerrière en Bosnie ou l'imaginais perdue dans le Neguev, mais toujours avec cette même allure de soldat...

Mon Iphone vibra. Je le gardais dans ma main sans décrocher et soudain je repensais à notre bàl hotmail. La plus sûre, la seule connue uniquement par elle et moi...

Je rejetais l'appel et me connectais... Un message... 3 mois auparavant...

" Je vais bien. Ne t'en fais pas."

Photo: Maria Dinulescu - extrait du clip "Peace" Dépêche Mode

Par jeaneg - Publié dans : Nouvelles et petites histoires - Communauté : Tronches de vie
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Jeudi 2 juin 2011 4 02 /06 /Juin /2011 10:11

RYEVOLUTION

« Il a l’air d’un brigand, mon petit garçon, avec ses cheveux ébouriffés ! Coiffez-le « aux enfants d’Édouard », monsieur Valence. "

 M. Valence, à qui ma chère mère parlait de la sorte, était un vieux perruquier agile et boiteux, dont la seule vue me rappelait une odeur écœurante de fers chauds, et que je redoutais, tant à cause de ses mains grasses de pommade que parce qu’il ne pouvait me couper les cheveux sans m’en laisser tomber dans le cou. Aussi, quand il me passait un peignoir blanc et qu’il me nouait une serviette autour du cou, je résistais, et il me disait :

« Tu ne veux pourtant pas, mon petit ami, rester avec une chevelure de sauvage, comme si tu sortais du radeau de la Méduse. » Il racontait à tout propos, de sa voix vibrante de Méridional, le naufrage de la Méduse, dont il n’avait échappé qu’après d’effroyables misères. Le radeau, les inutiles signaux de détresse, les repas de chair humaine, il disait tout cela avec la belle humeur de quelqu’un qui prend les choses par leur bon côté ; car c’était un homme jovial, M. Valence !

Ce jour-là, il m’accommoda trop lentement la tête à mon gré, et d’une façon que je jugeai bien étrange dès que je pus me regarder dans la glace. Je vis alors les cheveux rabattus et taillés droit comme un bonnet au-dessus des sourcils et tombant sur les joues comme des oreilles d’épagneul.

Ma mère était ravie : Valence m’avait véritablement coiffé aux enfants d’Édouard. Vêtu comme je l’étais d’une blouse de velours noir, on n’avait plus, disait-elle, qu’à m’enfermer dans la tour avec mon frère aîné…

« Si l’on ose ! » ajouta-t-elle, en me soulevant dans ses bras avec une crânerie charmante.

Et elle me porta, étroitement embrassé, jusqu’à la voiture. Car nous allions en visite.

Je lui demandai quel était ce frère aîné que je ne connaissais pas et cette tour qui me faisait peur.

Et ma mère, qui avait la divine patience et la simplicité joyeuse des âmes dont la seule affaire en ce monde est d’aimer, me conta, dans un babil enfantin et poétique, comment les deux enfants du roi Edouard, qui étaient beaux et bons, furent arrachés à leur mère et étouffés dans un cachot de la tour de Londres par leur méchant oncle Richard.

Elle ajouta, s’inspirant selon toute apparence d’une peinture à la mode, que le petit chien des enfants aboya pour les avertir de l’approche des meurtriers.

Elle finit en disant que cette histoire était très ancienne, mais si touchante et si belle, qu’on ne cessait d’en faire des peintures et de la représenter sur les théâtres, et que tous les spectateurs pleuraient, et qu’elle avait pleuré comme eux.

Je dis à maman qu’il fallait être bien méchant pour la faire pleurer ainsi, elle et tout le monde.

Elle me répondit qu’il y fallait, au contraire, une grande âme et un beau talent, mais je ne la compris pas. Je n’entendais rien alors à la volupté des larmes...


Extrait: Le livre de mon ami - 1885 - Anatole France

Photo: RYEVOLUTION

Par jeaneg - Publié dans : Nouvelles et petites histoires - Communauté : Tronches de vie
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Samedi 21 mai 2011 6 21 /05 /Mai /2011 12:31

marla-fake.jpg

Dans la matinée les informations sont devenues plus précises. La nouvelle était confirmée cette fois directement par l'Aman, le renseignement militaire. Le CH53 du commando, malgré la couverture aérienne avait été abattu au dessus de l'Irak par un tir de SA 7, une de ces bonnes vieilles "merdes" soviétiques qui depuis 40 ans équipaient toutes les rebellions du monde. Presque un coup de "pas de chance". Le raid c'était déroulé dans ses moindres détails comme prévu. Les quads du Shayetet 13 avaient intercepté le convoi qui conduisait Moïra de Téhéran vers la frontière irakienne. L'attaque avait duré 15 minutes montre en main. Les hélicos avaient fait un saut de puce dans le désert pour recueillir les équipes d'assault. L'affaire à cette heure là, était un succès.... 

Durant la nuit, comme un film, avait défilé dans ma tête tout ce que je savais d'elle. Notre première rencontre en Bosnie où je l'avais vue débarquer au milieu d'une équipe du SAS. Elle paraîssait plutôt fluette parmi ces gaillards, mais elle m'avait subjugué dès le premier regard...

Puis Paris, cet appartement dans le XVème, Mexico, Saint Marteen et sa première "mort", San Francisco, Toronto, Bruxelles et les diamantaires, Tel Aviv...

Aucun corps dans la carcasse de l'hélico abattu n'était identifiable. L'opération פרל שרשרת (collier de perles) était un échec...

Des coups durs comme la mort d'un agent j'en avais connus. Mais Moïra...

...je ne manquerai de rien.

 Il me fait reposer dans de verts pâturages, Il me dirige près des eaux paisibles.

Il restaure mon âme, Il me conduit dans les sentiers de la justice, A cause de son nom.

Quand je marche dans la vallée de l'ombre de la mort, Je ne crains aucun mal, car tu es avec moi: Ta houlette et ton bâton me rassurent...

Elle aimait citer ce psaume, encore un héritage de tante Dorothy, et aujourd'hui j'y pensais comme à une épitaphe...

 

Extrait: La Bible - Psaume 23

Photo: Marla Fake

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