Mardi 17 janvier 2012 2 17 /01 /Jan /2012 10:42

Benoit.P.jpg

Elle, c'est une princesse. Dans ses rêves elle parcourt des horizons de ciel lumineux et de terre ocre. Elle chevauche un pur sang noir et lustré au riche harnais de cuir rouge et ainsi équipée galope avec sa troupe dans les collines de grès doré et vermeil de l'Arabah. Les froufrous, les falbalas ce n'est pas pour elle. Son palais n'est pas de marbre et de riches colonnes, il est fait de grands espaces et de voûtes étoilées...

 

Elle le sait, un jour sa vie sera comme ça. Loin des lumières de la ville et des artifices de fêtes, ce théâtre minable et mesquin où l'argent seul donne l'illusion de vivre. C'est moins du mépris que de l'indifférence qu'elle ressent pour celles dont le rêve est esthétique, imitant les bimbos qui s'alanguissent aux pieds des chanteurs noirs...

En attendant, elle remonte son col sur ses cheveux courts, enfonce ses poings dans les poches de son anorak et remonte l'allée des platanes... vers Aqaba!

 

 

"Ainsi, en Chine, l'hiver, des singes égarés se réfugient dans les villes. Quand ils sont assez nombreux, on chauffe un train pour eux et on les renvoie vers leurs forêts natales."


Photo: Benoit Paille

Citation:  Antoine Blondin, Un singe en hiver, Paris, Gallimard, "Folio", 1973

Par jeaneg - Publié dans : Tendresses - Communauté : Tronches de vie
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Dimanche 15 janvier 2012 7 15 /01 /Jan /2012 11:14

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La retrouver avait été délicieux. Au delà de toutes mes interrogations, de toutes les zones d'ombres qui étaient apparues entre nous, nous nous étions jeté corps et âmes dans des ébats sauvages et instinctifs. Elle était telle que je l'avais quittée, le corps sec et musclé, les cheveux très courts mais un peu stylés, plus longs dessus. Elle restait pour ceux qui n'auraient pas été intimes, une arme absolue et fatale et j'avais retrouvé cette terrible et excitante sensation de côtoyer un cobra et de l'enlacer...

J'ai repris le train du soir. J'avais à présent la certitude de la revoir... mais à quel prix? 

Le lendemain à Paris j'ai revu Tao. Elle n'était pas blonde finalement, mais la coupe de garçonnet qu'elle arborait me laissait deviner qu'elle et Moïra avaient passé du bon temps. Sa présence me faisait du bien, j'avais l'impression avec elle d'être aussi un peu avec Moïra.

Il fallait sérieusement que je fasse le point. Je devais lutter contre mes sentiments parce que je savais à présent que j'étais réellement amoureux de Moïra, l'agent du Mossad. Cette escapade à Milan n'avait sans doute pas d'autre but pour elle de s'en assurer. Elle pensait me tenir et n'en était pas loin. Céder à mon désir c'était aussi entrer dans un double jeu avec La Boîte  et je connaissais maintenant suffisamment Moïra pour savoir que même si ses sentiments pouvaient être sincères avec moi, cela n'avait aucun poids face à sa mission. Ces retrouvailles avaient un but: ferrer sa prise et retourner un agent français... 

 

 

Photo: Tina Chow par Richard Avedon

Par jeaneg - Publié dans : Nouvelles et petites histoires - Communauté : Tronches de vie
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Samedi 14 janvier 2012 6 14 /01 /Jan /2012 11:16

Pas encore remis des révélations de Laora et sans réfléchir davantage je décidais qu'il nous fallait consulter la bavaroise d'urgence. Ni une ni deux, nous avons foncé à travers les rues de la capitale et j'ai regretté à ce moment là de ne pas avoir les mêmes capacités que Franck Bullitt en matière de conduite automobile. La vie est injuste...

Garé sur le trottoir, nous avons grimpé les escaliers quatre à quatre et fondu sur Ipomée la secrétaire portugaise qui manqua d'avoir une attaque. Mais la lusitanienne a de la ressource et très vite remise de ses émotions elle tenta de nous barrer la route: "Ch'il fous plait, ché né pas pochible dé voir la docteure. Elle est en rendez fous..."

Utilisant lâchement Laora comme bouclier humain, je fis une feinte de passe et débordais tel un trois quart pour me jeter sur la porte du cabinet. Je m'attendais à trouver l'inénarrable monsieur Patate vautré sur le chesterfield, mais, surprise, Frida était seule, concentrée sur son ordinateur. Visiblement, "on " dérangeait. J'ai bien tenté de voir ce qui se passait sur l'écran du Mac, mais Frida, prestement, était revenu sur sa page d'accueil, un portrait de Sigmund Freud. So fun!

Moi " - C'est tonton Sigmund qui te met dans cet état?

Ma Psy - Mais gu'ezque fous vaites là? Gu'eszqui ze baze?" Puis s'adressant à sa secrétaire à travers la porte restée ouverte: " Za fa Ipomée, rien te crafe!" Cette dernière, à contre coeur semble-t-il, reposa le riot gun qu'elle avait sorti de sous son bureau et l'air frustrée vint fermer la porte.

Moi " - Bon Doc, désolé vraiment de t'envahir en pleine séance d'ouverture de tes chakras, mais y a urgence!

Ma Psy - Was?

Moi - Vas-y chevreau, raconte à Frid... " Et la lombarde refit le récit de l'émoi qu'elle avait ressenti en conduisant le fils de sa copine chez le coiffeur et en le faisant tondre. Au fur et à mesure que Laora avançait dans son histoire, je voyais le visage de la psy s'éclairer d'un sourire pervers...

" Tu ne trouves pas ça complétement fou? Pervers? Limite pédophile?

Laora - Ma tou ezagères toujours...

Ma Psy - Aber mein huhn... Les vandazmes zont vait bour za... 

Moi - Non mais oui, mais là, c'est la réalité! Elle a fait tondre ce pauvre garçon et elle en a joui...

Laora - Tou vois tout ezagère, jé souis jouste été essitée... Ma bien essitée.

pich4 Ma Psy - Ze n'est kand même bas komme zi elle afait fiolé ce garzon. Z'est juzte un dransvers indellecduel, une imache qui aide à la zdimulazion. Moi bar exemble j'imachine barfois une zène où une cheune ville est oblichée bar za mère te ze vaire couper les jefeux bar une ponne zoeur. Za n'a bas te zenz, mais za m'exzide...

Moi - Et toi chevreau tu veux dire que lorsqu'on fait l'amour tu penses aussi à des choses comme ça?

Laora - Bien sour!

Moi - ... Mais alors c''est comme si tu pensais à quelqu'un d'autre que moi pendant ce moment là?

Laora - Ma non, c'est avé toi qué jé joui. C'est jouste qué ça mé fait lé plaisir plous fort.

Ma Psy - Hey liebe, ne me tis bas que du n'a chamais vais téviler des fantazme pendant que du faisais l'amour?

Moi - Non mais ... Moi je suis guéri... Et là... toutes les deux vous me faites peur." 

 

Illustration: Marie Gabrielle de Saint Eutrope - Pichard

Par jeaneg - Publié dans : Ma Psy et Moi - Communauté : Tronches de vie
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Vendredi 13 janvier 2012 5 13 /01 /Jan /2012 16:39

 sucasuca-copie-1.jpg

Les moments heureux ont un parfum. Chacun a le sien. Parfois c'est celui de la mer qui respire au loin et qui nous souffle son haleine douce quand nos peaux brûlent sous le soleil. Dans ces effluves il y a l'iode et la crème solaire, le beignet chaud et le sable...

Au dessus du ponton les goélands font du kite, observant, comme on les imagine goguenards, les humains qui rosissent. Appuyés sur le bastingage, tous regardent l'horizon. Et sans se parler ils se savent heureux. Lui n'est pas sur la photo, il fallait bien que quelqu'un s'y colle. Derrière son viseur il est le témoin de l'instant. Il a tout son temps, le loisir de déguster son sourire, le reflet de ses cheveux, sa pommette ronde, son cou élancé. 

Il l'aime déjà cette image. Les deux gars et les deux filles. La brune et la blonde, cheveux courts et cheveux longs, dame de coeur et dame de trèfle. Il les aime tous, mais c'est elle qu'il préfère. Elle doit bien s'en douter va...   

 

 

Photo: Cecilllia

Par jeaneg - Publié dans : Tendresses - Communauté : Petits bonheurs
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Mercredi 11 janvier 2012 3 11 /01 /Jan /2012 12:52

Eleanor erichsen

En dehors du fait que j'adore discuter avec les femmes de la longueur de leurs cheveux, je suis toujours sidéré par l'importance que peut revêtir la décision de les couper. Sidéré mais respectueux. Parce que je comprends, même si cela m'amuse un peu, que ce genre de choix est proche du dilemme cornélien.

Ça commence par une réflexion, tout à trac, une déclaration d'intention qui voudrait être un défi lancé à soi même mais qui sonne comme un appel au secours. Évidemment cela n'est jamais suivi de faits. Il faut attendre. Mûrir un tel projet, recueillir des avis, qui doivent être davantage des encouragements que des avis. Elle voudrait bien que le consensus soit général et finalement qu'elle même soit le jouet d'une décision collégiale... Commence alors un long processus d'auto-suggestion, un travail intellectuel qui se traduit par des visions quotidiennes de jolies femmes qui, elles, ont osé, de coiffures attachées, épinglées, barettées, chouchouées, histoire de voir comment ça fait d'avoir le cou nu du matin au soir... Et puis vient le moment fatidique où il faut prendre un rendez vous. Là on touche au concret, il faut décider. Elle espère que le coiffeur est surbooké et que le prochain créneau sera dans une semaine... Et soudain elle apprend que c'est demain... Alea jacta est. Le reste de la journée elle claironne aux alentours que c'est décidé, elle va les couper, juste histoire de s'encourager, de ne plus reculer. Elle brûle les vaisseaux comme faisaient les conquistadores pour s'empêcher de fuir devant l'inconnu qui les terrifiait...

Et cette peur a quelque chose d'agréable. Le moment venu, l'estomac noué, elle se perd dans un flot de recommandations que le coiffeur écoute religieusement, juste avant de n'en faire qu'à sa tête. Le premier coup de ciseaux libère toutes les tentions, le visage s'éclaircit, l'atmosphère se détend.

Alors elle revient, conquérante, radieuse, ne parvenant pas à enlever la main qui, depuis qu'elle est sortie du salon, caresse sa nuque, glissant avec volupté la mèche qui couvre l'oeil derrière l'oreille et ne manquant pas un seul de ses reflets dans les miroirs et les vitrines qui jalonnent son parcours...

Et moi j'adore quand les cheveux, longtemps étirés par leur longueur, prennent du ressort et rebiquent un peu juste là où ils ont été coupés...

 

Modèle: Ellinore Erichsen

Par jeaneg - Publié dans : Humeurs - Communauté : Tronches de vie
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