... Et puis regarde ! Tu vois, là-bas, les champs de blé ? Je ne mange pas de pain. Le blé pour moi est inutile. Les champs de blé ne me rappellent rien. Et ça, c'est triste ! Mais tu as des cheveux couleur d'or. Alors ce sera merveilleux quand tu m'auras apprivoisé ! Le blé, qui est doré, me fera souvenir de toi. Et j'aimerai le bruit du vent dans le blé...
... Le renard se tut et regarda longtemps le petit prince:
- S'il te plaît... apprivoise-moi ! dit-il. (...)
... Ainsi le petit prince apprivoisa le renard. Et quand l'heure du départ fut proche:
- Ah! dit le renard... Je pleurerai.
- C'est ta faute, dit le petit prince, je ne te souhaitais point de mal, mais tu as voulu que je t'apprivoise...
- Bien sûr, dit le renard.
- Mais tu vas pleurer ! dit le petit prince.
- Bien sûr, dit le renard.
- Alors tu n'y gagnes rien !
- J'y gagne, dit le renard, à cause de la couleur du blé.
Puis il ajouta:
- Va revoir les roses. Tu comprendras que la tienne est unique au monde. Tu reviendras me dire adieu, et je te ferai cadeau d'un secret. (...)
Et il revint vers le renard:
- Adieu, dit-il...
- Adieu, dit le renard. Voici mon secret. Il est très simple: on ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux.
Antoine de Saint Exupéry - Le petit Prince- chapitre 21- Extrait
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Parfois le doute
m'étreint... L'autre jour j'ai croisé ma factrice. Enfin celle de mon ancien quartier. Je ne l'avais pas vue depuis longtemps et j'ai été surpris de voir qu'elle avait à présent les cheveux
longs. Je l'avais connue plus conquérante, les cheveux courts, l'allure déterminée et je la retrouvais coulée dans le moule comme un clone des jeunes femmes de son époque. Sa coiffure qui n'en
était pas une tentait de composer entre nécessité de service et désir de "féminisation", si bien que le spectacle était celui d'une sorte de queue de cheval retenue en chignon, négligemment, si
bien que des mèches un peu hirsutes partaient dans tous les sens. Et lorsque je m'enquérais de ses nouvelles je ne pu m'empêcher de lui faire remarquer comme les cheveux courts lui allaient bien,
dans le temps. La réponse fut fatale. Elle avait rencontré un homme et pour lui faire plaisir avait retrouvé ses cheveux longs, qu'elle était obligée d'attacher pour le travail... C'était donc
ça... J'aurais pu comprendre une envie de changement, un désir de nouveauté, une expérience, qui immanquablement l'auraient conduite, tôt ou tard, à retrouver son allure de femme aux cheveux
courts, juste par bon sens. Mais non, c'était pour satisfaire le mâle. Elle avait renoncé à être elle même, juste pour devenir l'image qui plaisait à son homme qui lui même devait avoir assez peu
d'imagination pour ne pas voir à travers la femme qu'il aimait une personne, mais seulement un faire valoir. Consterné, au bord du suicide, je passais mon chemin en maudissant mes contemporains
qui chaque jour me donnaient le sentiment d'appartenir à une autre planète...


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