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| Les Femmes aux cheveux courts |
Les nouvelles n'étaient pas
bonnes...
Moïra avait été arrêtée à Suvarnabhumi airport. Le mannequin qui l'accompagnait, encore effondrée, m'avait raconté la scène. Deux hommes en civil, sans doute des policiers du DSI, l'avait interpelée à l'embarquement. Peu de chance que cela soit directement lié au contrat qui l'avait amenée à Bangkok. Moïra, Dorothée pour elle, était restée très calme, l'avait même rassurée, expliquant que c'était sûrement une erreur et lui donnant mon numéro de téléphone à Paris . Elle avait averti le consulat et la mort dans l'âme elle avait quitté le pays laissant la photographe derrière elle.
Mais je savais bien, moi, que dans notre métier les erreurs ne sont jamais sans conséquences, et les retours que j'avais de mes différents contacts contribuaient à noircir le tableau d'heure en heure. Dans notre univers trouble, Moïra était à la fois une pièce de choix et un simple pion. Elle n'avait fait que transiter au siège de la NIA avant d'être embarquée dans un vol spécial pour... Téhéran. Sans doute se trouvait-elle à cette heure dans une cellule de la prison d'Evin, avec une vue imprenable sur la cour et ces potences.
Je n'arrivais pas à rester lucide. La rage plus que le chagrin ou le dépit m'étreignait. En fin de journée le coup de grâce. Moïra avait été vendue par les britanniques. En échange de je ne sais quelle information ils avaient livré celle qui depuis des années les avait reniés... Le vent tournait. Beaucoup parmi les amis des iraniens auraient des raisons de réclamer sa tête... Et les jours s'annonçaient douloureusement sombres. Pas question pour elle d'avoir la chance de passer pour une étudiante arrêtée par erreur et détenue abusivement. Le monde ne saurait rien de la vie de Moïra et moi seul pouvait encore tenter quelque chose pour la sauver. S'il y avait quelque chose à tenter?
Photo: Sybil Rondeau par Pascal Renoux
Elle le sait bien, que je penserai à elle demain à l'heure où elle poussera la porte de ce salon de coiffure. Pense-t-elle que mon esprit tout entier sera concentré sur ce moment particulier? Que je serai là, attentif, ne manquant rien de toutes les sensations qu'elle va traverser, de la crainte, du trac qu'elle va avoir en entrant, la peur de ne pas vraiment obtenir ce qu'elle veut plutôt que celle de ne plus être aussi jolie qu'avant. Et puis la douceur et le bien être de cette relaxation, la tête en arrière lorsque l'eau juste tiède coule sur le cuir chevelu que les doigts massent délicatement. Puis à nouveau le trac, mais celui là mêlé d'excitation, au moment où les premiers coups de ciseaux vont claquer, derrière ses oreilles... Elle a tellement rêver de sentir les cheveux ras sur sa nuque sans jamais oser aller au delà d'une coupe au carré bien sage et sans excentricité. Elle a toujours composé une image bon chic bon genre alors qu'à l'intérieur c'est le feu et la folie. Comme pour camoufler ses fantasmes elle paraît lisse et sans ombres, mais sa libido est pleine de souvenirs d'enfance, de ce coiffeur libanais qui taille ses cheveux blonds de petite fille dans ce salon pour homme... La coiffeuse glisse son peigne sur lequel les larges lames de ses ciseaux claquent régulièrement, encore et encore... Osera-t-elle la tondeuse? Cette nuque enfin nue elle la sent à présent et imagine déjà les doigts et les baisers de son homme la parcourant et la puissance décuplée de son plaisir, juste " à cause" de ça... Imagine-t-elle à quel point je serai impatient de la "voir" revenir?
Photo: DN
La Tzigane savait d'avance
Nos deux vies barrées par les nuits
Nous lui dîmes adieu et puis
De ce puits sortit l'Esperance
L'amour lourd comme un ours privé
Dansa debout quand nous voulûmes
Et l'oiseau bleu perdit ses plumes
Et les mendiants leurs Avé
On sait très bien que l'on se damne
Mais l'espoir d'aimer en chemin
Nous fait penser main dans la main
À ce qu'a prédit la tzigane
Guillaume Apollinaire (1880 - 1918)
Photo: Yagmur Kizilok
Si en passant par ici vous découvrez une photo qui vous appartient et qui ne serait pas créditée, ne m'en veuillez pas tout de suite. Ecrivez moi et j'aurais grand plaisir à réparer cette carence.
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