Jeudi 2 juin 2011 4 02 /06 /Juin /2011 10:11

RYEVOLUTION

« Il a l’air d’un brigand, mon petit garçon, avec ses cheveux ébouriffés ! Coiffez-le « aux enfants d’Édouard », monsieur Valence. "

 M. Valence, à qui ma chère mère parlait de la sorte, était un vieux perruquier agile et boiteux, dont la seule vue me rappelait une odeur écœurante de fers chauds, et que je redoutais, tant à cause de ses mains grasses de pommade que parce qu’il ne pouvait me couper les cheveux sans m’en laisser tomber dans le cou. Aussi, quand il me passait un peignoir blanc et qu’il me nouait une serviette autour du cou, je résistais, et il me disait :

« Tu ne veux pourtant pas, mon petit ami, rester avec une chevelure de sauvage, comme si tu sortais du radeau de la Méduse. » Il racontait à tout propos, de sa voix vibrante de Méridional, le naufrage de la Méduse, dont il n’avait échappé qu’après d’effroyables misères. Le radeau, les inutiles signaux de détresse, les repas de chair humaine, il disait tout cela avec la belle humeur de quelqu’un qui prend les choses par leur bon côté ; car c’était un homme jovial, M. Valence !

Ce jour-là, il m’accommoda trop lentement la tête à mon gré, et d’une façon que je jugeai bien étrange dès que je pus me regarder dans la glace. Je vis alors les cheveux rabattus et taillés droit comme un bonnet au-dessus des sourcils et tombant sur les joues comme des oreilles d’épagneul.

Ma mère était ravie : Valence m’avait véritablement coiffé aux enfants d’Édouard. Vêtu comme je l’étais d’une blouse de velours noir, on n’avait plus, disait-elle, qu’à m’enfermer dans la tour avec mon frère aîné…

« Si l’on ose ! » ajouta-t-elle, en me soulevant dans ses bras avec une crânerie charmante.

Et elle me porta, étroitement embrassé, jusqu’à la voiture. Car nous allions en visite.

Je lui demandai quel était ce frère aîné que je ne connaissais pas et cette tour qui me faisait peur.

Et ma mère, qui avait la divine patience et la simplicité joyeuse des âmes dont la seule affaire en ce monde est d’aimer, me conta, dans un babil enfantin et poétique, comment les deux enfants du roi Edouard, qui étaient beaux et bons, furent arrachés à leur mère et étouffés dans un cachot de la tour de Londres par leur méchant oncle Richard.

Elle ajouta, s’inspirant selon toute apparence d’une peinture à la mode, que le petit chien des enfants aboya pour les avertir de l’approche des meurtriers.

Elle finit en disant que cette histoire était très ancienne, mais si touchante et si belle, qu’on ne cessait d’en faire des peintures et de la représenter sur les théâtres, et que tous les spectateurs pleuraient, et qu’elle avait pleuré comme eux.

Je dis à maman qu’il fallait être bien méchant pour la faire pleurer ainsi, elle et tout le monde.

Elle me répondit qu’il y fallait, au contraire, une grande âme et un beau talent, mais je ne la compris pas. Je n’entendais rien alors à la volupté des larmes...


Extrait: Le livre de mon ami - 1885 - Anatole France

Photo: RYEVOLUTION

Par jeaneg - Publié dans : Nouvelles et petites histoires - Communauté : Tronches de vie
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Mardi 31 mai 2011 2 31 /05 /Mai /2011 07:53

fille de dos5

Tout allait pour le mieux. Un environnement idéal, une sérénité de boudha, Laora qui ressemblait chaque jour davantage à un adolescent merveilleusement ambigu avec une coupe au carré pour laquelle Frida la harcelait afin qu'elle ait toujours la nuque parfaitement tondue et à portée de main une psy dont je ne me posais même plus la question de savoir si elle était compétente ou pas vu qu'avec elle à présent les consultations étaient gratuites. De quoi nager dans le bonheur pour un homme comme moi... Et pourtant. J'avais le sentiment d'un vide intersidéral dans ma tête, le noir absolu, la panne. Ma libido était au niveau zéro, à tel point que je devais même me concentrer pour bander quand l'une ou l'autre me prodiguait une caresse.

Moi -" Dok, je crois que je deviens asexuel.

Ma Psy - Allons pon! Ein bedit broplème te tézir zans toude, rien te blus...

Moi - Non mais je t'assure, ça me fait peur. Regarde ma libido, les cheveux courts, les jolies femmes toussa... C'est comme si j'avais fait le tour de la question. Plus rien ne m'excite. Pourtant je pourrais être comblé au contraire avec Laora en Louise Brooks et toi en Tintin. Mais tout me semble vain.

Ma Psy - Du ne tois bas te inkiéder... Laize doi vaire, ne jerje bas miti à minuit...

Moi - Midi à 14 heures on dit...

Ma Psy - Was? Ya du as pien gombris... Laizes moi m'okuber de l'idalienne et don abédit refientra dout zeul

Moi - ...Mouais... Tu profiterais pas de la situation des fois?"

Soudain la vision d'un impotent dont on pousserait le fauteuil roulant dans un coin sombre pendant que le reste de la maisonnée se transformerait en lupanar m'effraya. Cela dû apparaître sur mon visage car Frida jugea utile de me prodiguer un "spécial" bouche à bouche...

Par jeaneg - Publié dans : Ma Psy et Moi - Communauté : Tronches de vie
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Lundi 30 mai 2011 1 30 /05 /Mai /2011 14:57

C'est pas la première fois. Souvent une femme m'a séduit presque du jour au lendemain en se coupant les cheveux, apparaissant soudain plus belle, plus mature, plus libre, plus "elle même". Et puis de semaine en semaine, après le coup d'éclat, ce nouveau visage s'estompe et petit à petit disparaît à nouveau caché par une chevelure rassurante qui permet le camouflage et donne l'illusion d'une féminité plus conventionnelle...

Emma-W2.jpg La jolie Emma m'avait séduit et je ne fut pas le seul. Mais si je me rappelle bien j'avais malgré tout tempéré mon jugement, avec une pointe de regret pour son allure tellement glamour vue dans les magazines juste avant qu'elle ne coupe ses cheveux si courts...

Mais bon, le métier d'actrice, s'il permet d'endosser bien des rôles et donne parfois des excuses pour libérer ses propres envies, impose malgré tout à celle qui l'exerce des impératifs d'apparence.

Emma-W.jpg

Si bien que la jolie Emma, aujourd'hui se bagarre avec ses cheveux qui repoussent, traversant cette période ingrate qui vous donne l'impression chaque matin d'avoir une tête à l'allure de dessous de bras que seuls les accessoires parviennent à dompter.

Emma-W3.jpg Elle n'en reste pas moins jolie et ne se départie pas pour autant d'un caractère avéré de femme aux cheveux courts.

 

Par jeaneg - Publié dans : Humeurs - Communauté : Tronches de vie
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Samedi 28 mai 2011 6 28 /05 /Mai /2011 19:24

Freja-Beha.jpgIl y aurait comme une sorte de passage à vide, de dépression, un creux. L'impression d'être incapable de quoi que ce soit, et surtout d'écrire quelque chose de bien, de subtil ou d'intêressant. Je sais ce que l'on va dire, que ce n'est pas grave, que c'est très passager, que de toute façon on aime bien quand même....

Mais c'est moi que cela tourmente. Comme si j'étais pris au piège. En relisant certain billet je m'aperçois que je commence à radoter, que les sujets reviennent, que je tourne en rond autour de mon obsession. Je ne sais plus raconter d'histoire, ni parler d'amour, ni de haine. Je suis toujours troublé par le sourire d'une androgyne, fasciné par son allure subtilement dosée de masculin et de féminin, mais je ne suis plus capable de l'exprimer ou de le partager.  

L'émotion me manque. L'humeur n'y est pas. Parfois même je relis ces pages et je (re) découvre un billet tellement plein d'émotion, que je me rappelle avoir presque pleuré en l'écrivant. Et puis, rassuré en pensant que personne ne pourrait savoir à quel point ces mots étaient personnels, je tournais la page et feignais d'avoir de l'imagination...

Mais là, je me sens sec. Peut être un peu de temps me sera nécessaire pour retrouver ma veine et à nouveau l'enthousiasme pour louer sans repis l'adorable garçonne...

 

 

 

 

Par jeaneg - Publié dans : Humeurs - Communauté : Tronches de vie
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Vendredi 27 mai 2011 5 27 /05 /Mai /2011 19:58

milla-par-Bob-Richardson-copie-2.jpg

Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ;
Oh ! là ! là ! que d'amours splendides j'ai rêvées !

Mon unique culotte avait un large trou.
- Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
- Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur !

 


Texte: Arthur Rimbaud

Photo: Bob Richardson

Par jeaneg - Publié dans : Humeurs - Communauté : Petits bonheurs
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