La rue sans nom

Publié le 2 Mai 2018

La rue sans nom

Dans la rue sans nom, il marchait sans raison. A quelques pas de lui, ni trop près, ni trop loin, une personne allait, certainement, sans plus de raison. Leur allure avait le même rythme et l'esprit libéré d'un quelconque motif à sa divagation, il se prit à imaginé le recto, ne voyant que le verso.

La démarche était souple, le corps agile, jeune et sûrement sportif. Chaussures de sports, jean moulant et chemisette flottant librement. Ce qui attirait le regard était ces revers de manche, roulés plus que pliés, emportant dans le mouvement les manches d'un t-shirt blanc porté en dessous. Ça inspirait une image de mauvais garçon des films noirs des années 50... On s'attendait à y voir un paquet de Lucky Strike amarré dans le revers.

Les cheveux étaient blonds avec des racines plus sombres. Cela pouvait être dû à une décoloration, mais cela pouvait tout aussi bien être naturel. Ils étaient coupés courts, particulièrement sur les contours qui étaient tondus ras. La coupe était sans doute récente tant les lignes paraissaient droites et sans bavures. Le lobe de l'oreille gauche clignait un peu, ornée d'un anneau doré tout simple et assez fin... Voilà! C'était tout ce qu'il pouvait voir et à ce point il avait encore du mal à définir un personnage. Il ne voulait pas insister de manière trop indécente, car il savait qu'un regard posé sur soi finit toujours par se sentir. il s'intéressa donc aux vitrine, tout en repassant dans sa tête les différents indices. Pas de formes accentuées, un corps droit, presque masculin... Une coupe très courte, les cheveux naturels, sans produits ajoutés ni accessoires... Des épaules, pas "carrées", mais bien charpentées... Pareil pour les bras, ni trop fins, ni trop musclés, les mains et les poignets sans bijoux.

Bon, en réalité il faisait semblant de faire l'inventaire de ses observations. Il savait, depuis l'instant où il l'avait aperçue qu'il s'agissait d'une jeune femme. Comme ça, sans pouvoir l'expliquer, intuitivement. Et aucun des détails relevés, qui sans doute auraient du l'entraîner vers un autre constat, ne pouvait tenir, ni les manches roulées de bad boy, ni la coupe de cheveux, ni l'absence de bijoux, ni l'anneau à l'oreille... Bref! 

Et puis l'androgyne s'engouffra dans une porte cochère. Il ne vit jamais son visage, l'imagina joli et poursuivit sa promenade sans but, dans la rue sans nom. 

 

Rédigé par jeaneg

Publié dans #Divers & variés

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