Un portrait d'antan

Publié le 8 Février 2018

Photo: Perla El Raii

Photo: Perla El Raii

Elle avait une allure d'écrivain, mais elle aurait tout aussi bien pu être avocate, journaliste ou médecin. On pensait écrivain, oui, au masculin, avec cependant la grâce et la finesse de son genre. Elle s'habillait comme certains hommes des années 50, le col de la chemise rabattu sur celui de la veste tout comme les manchettes. Ça donnait un style faussement décontracté et élégant. Elle fumait aussi et cela renforçait encore cette idée, allant chercher des souvenirs de Camus ou Malraux. Elle garderait sa cigarette aux lèvres que cela ne choquerait pas, au contraire. Toutefois elle la tenait entre ses doigts, en un geste presque viril, exhibant  le large bracelet de montre à son poignet, encore un indice.

Pourtant ce qui fascinait le plus, c'était la façon dont elle se coiffait, cette coupe de cheveux, qui elle aussi, nous emportait sur les quais d'Alger la Blanche où à la terrasse du Flore d'après guerre. Elle avait, comme ces héros, les côtés nus, presque blanchis et la nuque rasée, à la façon des hommes de ce temps et cependant cela ne trompait pas sur son genre. Comment, malgré tout ces efforts inverses, parvenait-elle à exprimer une incontestable féminité? Le bijou qui perçait sa lèvre ou le lobe de son oreille était bien trop discret pour faire la différence.

Il se dégageait d'elle une espèce de fierté nonchalante, d'assurance naturelle et de raffinement qui la rendaient séduisante et désirable malgré son appropriation de ces détails masculins qui faisaient finalement sa personnalité...

Rédigé par jeaneg

Publié dans #Tendresses

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