Belle rencontre - Quartier Libre de Laetitia

Publié le 24 Février 2018

Photo: Manon Trillard

Photo: Manon Trillard

Laetitia, vous vous rappelez... Noël dernier. Ce jour là, la jeune femme part à la recherche d'elle même et découvre son vrai visage. Une conclusion idéale de cette année 2017 où, en quelques mois, elle a échangé son image de jeune fille pour celle de jeune femme.

Aujourd'hui elle revient sur cette expérience incomparable et nous raconte "cette belle rencontre" avec elle-même.

 

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     « Bonjour moi, ravie de te rencontrer »

 

Le stress quand tu vois la tondeuse s'approcher, puis la libération quand tu vois tes cheveux tomber. Enfin, la douceur de ton crâne quand tu le touches.

Ayant passé le cap de la tondeuse il y a presque 2 mois (Cf. « demain est une nouvelle année », article de décembre), j'ai eu tout le temps de réfléchir sur les conséquences de mon acte. Bilan : je ne le regrette absolument pas ! 

Pour revenir rapidement sur l'avantage le plus évident et pratique : quasiment plus besoin de se laver les cheveux, ni de les sécher. Plus besoin de passer 1h a essayer de se coiffer le matin. Plus de « bad hair day », plus de frais de coiffeur.

NB : je vous déconseille de passer le cap en hiver, car oui tu peux attraper un rhume en 5 minutes si tu ne mets pas de bonnet dehors.

©jeaneg

Face à mon acte, les réactions ont été très diverses. Etant donné que je vis à Paris et que mon entourage est très ouvert, le pas était forcément plus facile à passer. J'admire donc d'autant plus celles qui osent en étant dans un climat moins propice.

 

J'ai donc été d'une part sujette à beaucoup de regards admiratifs, des grands sourires, agrémentés de « franchement, t'as osé » ou « wow, ça te va tellement bien ! ». Et même, à mon agréable surprise, de la part de personnes improbables, très conservatrices par exemple.

 

S'en suit le plaisir de pouvoir inspirer : « maintenant que j'y pense, j'aimerais bien le faire aussi...». Le plaisir d'être contactée, sur Instagram, par des femmes du monde entier (d'Iran par exemple !) s'identifiant à moi, se sentant moins seules, heureuses de savoir que oui, autre part dans le monde, il y a aussi des femmes qui peuvent se raser la tête et l'assumer.  Assumer ce choix le rend attractif, possible ! Pour les femmes qui seraient tentées, mais aussi pour une société dont les codes de beauté et de féminité sont un peu trop ancrés. 

 

En effet, même toutes les réactions positives étaient souvent suivies d'un « Mais tu vas les faire repousser, non ? ». On associe, au mieux, le fait de se raser à un coup de tête, quelque chose de provisoire, un test. Un acte symbolique suite à tel traumatisme de sa vie.

©manontrillard

On l'associe, au pire, à une perte de sa féminité.

On m'a fait la remarque que je faisais penser à ces femmes accusées de collaboration à la fin la Seconde Guerre mondiale, rasées en place publique. Quel meilleur exemple pour associer une femme rasée à un traumatisme, à l'humiliation suprême ? Après tout, c'est le pire qu'on pourrait faire à une femme, n'est ce pas ? Lui arracher violemment sa féminité, symbolisée par ses cheveux. Mais dans cet exemple, ce n'était pas un choix. Et c'est une notion qui fait toute la différence.

 

Les gens t'enfermeront dans des idées préconçues, et quel bonheur ça sera de les démonter. Je me rappelle d'une fois ou j'étais dans le bus avec une amie. Une vieille dame me jetait des regards suspects, pensant sans doute que j'étais une punk en déroute (bien que je n'en ai pas du tout le look), perdue dans ma vie ou que sais-je. Et quel bonheur ce fut, de la voir esquisser un sourire après m'avoir vue entamer une longue discussion intellectuelle avec mon amie. Avoir les cheveux rasés te pousse aussi à développer et affirmer d'autant plus ta personnalité. Car tu auras constamment à prouver ce que tu es, c'est à dire autre chose qu'un manque de cheveux.

 

Oui, j'ai le crâne rasé. Ce n'est pas ma seule identité. Je suis aussi féministe, passionnée d'histoire, danseuse de tango, dessinatrice, grande lectrice, adoratrice de raclette… et j'en passe.

Comme tout le monde, mon identité est multiple et ne saurait être définie par ma coupe de cheveux, même si celle-ci exprime bien sûr un pan de ce que je suis.

 

Oui, se raser la tête peut être un choix. Mon choix, celui d'autres femmes dans le monde. Et quel choix  merveilleux !  Se raser la tête en temps que femme, c'est une expérience sociale, sociétale, personnelle. Ça m'a beaucoup amenée à questionner ma féminité, mon identité… comme chaque femme devrait !

 

Je ne cache pas que ça a parfois été dur à vivre, souffrir intérieurement de se penser moins désirable, notamment au regard des hommes. (Ah oui, j'ai oublié de préciser : non, ce n'est pas parce que j'ai la tête rasée que je n'aime que les femmes : en l'occurrence j'aime tout autant les hommes, voire plus !) J'ai donc eu des coups de blues au début, pensant que je n'étais plus attirante, que je m'étais enfermée dans une case « lesbienne » et que les hommes ne seraient plus attirées par moi tant que j'aurai cette coupe. Eh non ! Je dirais même que ça a fait le tri: ceux qui sont venus vers moi étaient alors les hommes plus ouverts, avec le plus de caractère...

©manontrillard

Je comprend qu'on puisse trouver une femme aux cheveux rasés moins belle, chacun ses goûts après tout. Mais qu'on pense que j'ai perdu ma féminité ? Erreur. En effet, face à cette sensation de doute quant au désir que je pourrais susciter, s'oppose ceci : j'adore ma coupe, et ne me suis jamais sentie aussi féminine ! C'est tout le paradoxe de la question, et en même temps l'indice que les codes de la beauté et de la féminité peuvent évoluer.

 

Surtout, je ne suis jamais sentie aussi confiante ! Je découvre tout un pan de confiance et je ne savais même pas qu'il était à ma disposition. Et croyez moi, c'est la meilleure des sensations. Se raser la tête te permet de t'affirmer, de t'accepter, au niveau de ta personnalité mais aussi de ton physique ! Tu te retrouves à nu. Plus d'artifices pour te faire détourner le regard, plus de cheveux.

Pour la première fois, tu te vois réellement, tu es pleinement toi, et tu n'as nulle part où te cacher.

 

Alors qu'on t'appelle « Britney », « Crane d'œuf », « Eleven », ou « V pour Vendetta »... Rigole face à ces surnoms, approprie les toi, et invente en  de nouveaux !

 

Mon expérience est bien sur très personnelle, mais se raser la tête, je dirais que dans l'idéal, c'est quelque chose que chaque femme devrait tenter dans sa vie, si elle veut mieux se connaître et bouleverser un peu les codes établis.

J'imagine que certaines sont stoppées par la peur : de ce que les gens vont penser, de ce à quoi elles ressembleront. Mais la peur t'empêchera de faire un bon nombre de choses incroyables dans ta vie.

 

Vous ne pouvez pas deviner le résultat, esthétique comme psychologique, avant de passer le cap !

 

Texte: Laetitia Dedieu

Instagram

Photos: Manon Trillard

Rédigé par jeaneg

Publié dans #Quartier Libre

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