Quartier Libre: l'histoire de Mathilde

Publié le 24 Décembre 2017

Quartier Libre: l'histoire de Mathilde

Il y a longtemps que je "vois" Mathilde autour du blog. Aujourd'hui elle a eu envie, spontanément, de livrer son histoire. Après s'être nourrie de toutes celles racontées précédemment, avoir trouvé du courage en les lisant et finalement être allé avec détermination vers sa vraie personnalité, c'est à son tour de transmettre et sans doute d'encourager d'autres lectrices...

"C’était quelques jours après Noël. La nouvelle, plutôt drôle, avait fait le tour de la famille : ma petite cousine s’était emparée d’une paire de ciseaux et avait entrepris de se couper les cheveux « comme Mathilde ! ».

Mathilde, c’est moi. À ce moment-là, j’avais, sur un coup de tête, coupé mes cheveux très courts. Ce changement radical avait, apparemment, marqué Cassandre, 3 ans.

Les cheveux courts et moi, c’est une longue histoire d’amour et pour moi, cela signifie bien plus qu’une simple coupe...

 

Été 2000. J’ai 4 ans lorsque j’entre dans le magasin avec Maman. D’un regard, je balaye les rayonnages de vêtements puis déclare, déterminée : « Je ne veux pas de rose, ni de robe ». Avec ma coupe au carré, je suis un vrai garçon manqué. J’aimais jouer dehors, construire des cabanes et jouer les casse-cous, fière d’exhiber les hématomes et mes bobos. Les Barbies ? Je leur coupais les cheveux, c’était tout l’intérêt que je leur trouvais.

 

À 8 ans, je renforce mon allure de « p’tit mec » et opte pour une coupe très courte, les cheveux ébouriffés, à la garçonne. Jusqu’à la fin du collège, je reste tomboy, préférant le sport au maquillage, portant volontiers les vêtements de mon grand frère et laissant au naturel la pilosité naissante que mes camarades féminines détestaient déjà.

Entrée au lycée privé catholique, en internat. C’était mon choix, mais je comprends vite qu’il faut que je rentre dans le moule. Je laisse pousser mes cheveux, je me maquille, ma garde-robe se féminise et je passe chez l’esthéticienne tous les mois... Mon corps change aussi, il s’arrondit de toute part, je le déteste. Crise d’ado silencieuse. Je préfère profiter des moments heureux que m’offrent le lycée et l’internat. Mais au fond de ma pensée se profile une vérité que je refuse d’accepter.

 

Sorti du lycée, je pars pour Nantes : nouveau départ, à l’autre bout de la France, loin de mes amis et de ma famille. Après un an dans cette grande ville, j’ouvre enfin les yeux et mon esprit. J’ai grandi, j’ai besoin de changement. Sur un coup de tête je décide de couper mes cheveux courts et c’est comme une libération ! En quelques mois, je trouve le style vestimentaire qui me correspond et qui m’aide à accepter mon corps de femme. Je m’affirme, je prends confiance en moi, après des années de doutes. Et la vérité, si longtemps refoulée, ressurgie comme une grande claque. C’était là, sous mes yeux.

Je suis une femme aux cheveux courts qui aime les femmes aux cheveux courts.

 

Il fallait sauter le pas, oser s’affirmer pour se découvrir, s’accepter et se faire accepter. C’était comme un déclic. À chaque coup de ciseaux, je voyais mieux en moi, à chaque passage de tondeuse, une chaîne se brisait.

 

Quant à Cassandre, je ne serais pas étonnée qu’elle devienne, dans quelques années, une femme aux cheveux courts."

Texte et photos: Mathilde Faivre

Rédigé par jeaneg

Publié dans #Quartier Libre

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