Quartier Libre : Coline

Publié le 23 Novembre 2017

Quartier Libre : Coline

C'est aujourd'hui que je suis enfin la personne que j'ai toujours voulu être: une personne qui me ressemble avec un style, qu'ils disent tous "particulièrement différent". J'ai toujours eu ce besoin de vouloir m'exprimer à la "tomboy" depuis mon plus jeune âge. Ma mère n'aimait pas du tout ça, elle me forçait à m'habiller "en fille", quelques fois j'en pleurais; puis je me disais que ce n'était pas de ma faute, que c'était comme ça. Je ne voulais pas la décevoir, je voulais la rendre fière, alors j'ai gardé mes cheveux longs, très longtemps, trop longtemps.

J'essayais de lui plaire dans la façon de m'habiller: des robes, quelques fois des talons.. Je me forçais à lui faire décrocher un sourire de sa part, de lui décrocher quelques mots doux comme "tu es belle ma fille", ou j'essayais de lui montrer que ce n'était pas moi, qu'elle avait tort. Aux yeux de ma famille, j'étais la gosse qui ne décrochait jamais de sourire, qui était moche et qui n'avait aucun potentiel, aucun avenir. Je voyais leur dégoût dans leur regard, j'étais mal car j'avais une image de ma personne horrible. Mes cheveux me mangeaient le visage ainsi que ma personnalité, ce n'était pas moi, ça n'avait jamais été moi. Petit à petit je ne m'occupais plus d'eux, ils ne méritaient plus aucune attention de ma part, je ne voulais plus être leur esclave. Avec eux, je me forçais à être une autre personne, une personne complètement différente de moi. Les gens se moquaient de mon physique, j'étais moche, je ne m'aimais pas, les gens ne m'aiment pas. J'étais mal dans ma peau durant très longtemps.

Puis le 7 juin 2016, j'ai croisé une photo, une belle et magnifique photo d'une femme aux cheveux courts. Le coup de foudre. J'en ai parlé à ma meilleure amie à l'époque, elle trouvait ça "dangereux" de me faire cette coupe là mais elle était partante pour l'aventure. Ce jour là, elle m'a accompagnée chez le coiffeur, mes parents n'étaient pas au courant que j'avais choisi une coupe courte. 1, 2, 3 coups de ciseaux puis j'étais enfin moi. Le sourire jusqu'aux oreilles, j'éclatais de rire à chaque mèche de cheveux qui tombait sur le sol, j'étais fière de moi, c'était la première fois. Petit à petit, je commençais à mettre timidement ma main dans mes cheveux, je n'y croyais pas, je ne croyais pas à ce miracle. C'était un sentiment de bonheur qui m'envahissait, enfin. Le soir même, je suis rentré chez moi. Mes parents m'ont vu, ils se sont arrêtés net. Ils ont ouvert grand leur bouche, et leurs yeux étaient d'une rondeur extrême. Je ne m'attendais pas à cette réaction: ils étaient contents. Ce jour là ma vie a complètement pris un autre tournant: j'étais enfin moi (malgré les questions débiles des gens: "pourquoi t'as fait ça?", "tu aimes les filles du coup?", "tu es une fille ou un garçon?", "tu veux changer de sexe?"...), je m'en foutais du regard des autres, j'étais bien, j'arrivais à m'arrêter devant ce miroir que j'avais brisé de colère il y a longtemps, chaque fragment représentait mon parcours.

Quartier Libre : Coline
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Ma vie a été bouleversée dans le bon sens, grâce à ce changement capillaire: j'ai acquis une confiance en moi que j'avais perdue, je me suis ouverte aux autres, et j'ai trouver l'amour. Que demander de mieux?

Maintenant, je peux le dire, je suis fière de mon parcours, et c'est en écrivant une partie de mon histoire ici que je me rend compte que pour être heureux, il faut être soi-même.

Texte et photos: Coline M.

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Rédigé par jeaneg

Publié dans #Quartier Libre

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