Sicut Aquila - La nouvelle vie d'Ellie

Publié le 9 Août 2017

Dans une autre vie, Ellie était une étudiante et une photographe qui ne manquait pas de talent. Il y a 3 ans, elle s'était "livrée" dans un Quartier Libre qui n'a pas tellement vieilli.

Sauf qu'aujourd'hui, Ellie est partie à la recherche d'elle même, parfois très loin et nous le raconte avec beaucoup de lucidité...

"Depuis que je suis gamine j’ai toujours ressenti une attirance particulière pour le milieu militaire. Par le biais de divers reportages à la télé que je regardais avec mon père, je voyais ce métier comme un symbole de force, de protection, de cohésion, qui s’est confirmé par les années lorsque j’ai pris la décision de m’engager. Au départ, je m’y voyais photographe, afin d’éventuellement engager un premier pas vers mon rêve : celui d’être reporter de guerre. Aujourd’hui et depuis deux ans, pour des raisons particulières aussi bénignes qu’inévitables et qui me sont propres, je suis finalement devenue Fusilier Commando de l'Air.

J’avais effectivement une idée de ce qui m’attendait, mais j’étais loin de m’imaginer que le milieu militaire demandait autant de caractère, de mental, de physique. Je parle bien évidemment des formations militaires, où j’ai appris à aller au delà des limites que je m’étais inconsciemment imposée au départ, de puiser l’énergie nécessaire et cachée, que l’on apprend à trouver lorsque l’on se pense incapable d’aller plus loin. Ma rencontre avec la difficulté m’a appris que le corps humain, et particulièrement son cerveau, peut surpasser beaucoup d’épreuves, je ne me suis jamais autant surprise que durant cette période, et je pense avoir muri. Du moins, j’ai beaucoup changé. Mon rapport avec les hommes a beaucoup changé, si aujourd’hui je me sens beaucoup plus proche d’eux, mes premiers mois en leur compagnie étaient néanmoins difficiles. Le métier n’offrant pas la possibilité de, clairement, ouvrir sa gueule, nous devions, homme comme femme, apprendre à nous la fermer, qu’importe les remarques, que les raisons soient justes ou non, que l’on soit en tort ou pas, nous devions prendre sur nous. Nos cadres avaient la facilité de nous dire qu’il n’y a pas de sexe dans l’armée, mais selon mon point de vue, les filles devaient faire leurs preuves plus que les hommes. Nous devions nous situer à un niveau équivalent à celui de l’homme, et voir plus. Autrement, nous avions le sentiment de ne pas être au niveau de l’armée en général. A la moindre erreur, nos compétences étaient remises en question.

Nous n’étions pas nombreuses et j’étais la seule aux cheveux courts. Ce détail n’avait par ailleurs pas laisser mes cadres de marbre, l’armée demandant aux hommes d'avoir le crâne rasé et aux femmes de porter un chignon, je me situais dans un intermédiaire délicat. Je n’étais d’ailleurs pas réellement perçue comme une femme. Plus comme « le bonhomme » du CODO. Et je pense même que mon allure offrait l’illusion d’une guerrière. Plus guerrière que je ne l’étais réellement ! Pour en revenir à ce problème de coupe de cheveux, je ne pense pas qu’un crâne lisse devrait être une règle, je ne comptais pas les laisser me raser le crâne. Pourquoi les laisserai-je me raser le crâne ? Les hommes y ont certainement droit, mais moi, je suis une femme. Les autres femmes ne se laissent pas raser le crâne, cheveux longs ou non, j’en suis une, avec une coupe de cheveux différente, c’est tout. Certains n’étaient pas en accord avec moi, ce que je peux concevoir, je l’admets, les points de vue de chacun était variés et justifiés. Ayant déjà eu les cheveux tondus, l’idée de retenter l’expérience n’était pas ce qui me dérangeait le plus, mais plutôt celle de m’égaliser à l’homme, dans le sens péjoratif du terme… Je veux dire, dans le sens où je n’en suis pas un, vous voyez ? De ce fait, j’avais pris le risque de me faire remarquer. J’ai donc du faire démonstration de mes capacités, plus que je ne le faisais déjà les premières semaines, autant physiquement que psychologiquement. Je voulais me montrer au niveau de chaque et plus encore. Ce n’est certainement pas parce que je suis une fille, que je suis moins forte, certainement pas parce que j’ai eu recours à un refus, que je n’étais pas moins apte à répondre aux ordres que l’on me donnait. Et dans mon travail, il est indispensable de savoir écouter et exercer convenablement un ordre, que cela soit pour un détail ou un entrainement au terrain, pour d’éventuels problèmes intervenants ou autres. Et grâce à ma réussite à ces formations très difficiles, et avec de bons résultats, je pense y être parvenue.

Aujourd’hui j’ai réussi à me trouver une place au sein de cette communauté masculine. Je ne suis effectivement pas vue comme quelqu’un de féminin, puisque je ne le suis pas. Je ne suis toujours pas perçue comme une fille selon mon point de vue et leur manière de se comporter avec moi comme si j’étais « un pote ». Mais je ne me sens pas en dessous d’eux. Mes cheveux sont toujours un problème, ma dégaine est toujours remise en question, « mais Ellie, laisse toi pousser les cheveux, t’as jamais pensé à être plus féminine ? Ça t’irait carrément mieux ! », mais répondre à des attentes qui ne me conviennent pas, ne m’intéresse pas. Le milieu militaire réclame suffisamment d’uniformité, je ne veux pour autant pas ressembler à un mouton et répondre à tout dans le détail le plus absurde au point de remettre en question la personnalité de chacun. Parce qu’il est évident que presque chaque femme ayant intégrée l’armée se soient plus ou moins fait « dragouiller ». Même moi et mes cheveux courts qui, selon eux devraient être longs. Par expérience, par rapport à ce que j’ai vu, de ce que j’ai eu affaire, la femme est définitivement une créature incroyable. Je l’ai vu déterminée, subir, vomir, tenir tête, prendre soin des autres, je l’ai vu passer des étapes que certains hommes n’ont pas toujours été capables de faire, je l’ai vu désireuse de réussir, je l’ai vu réussir. Le travail de militaire n’est pas spécifiquement un travail d’homme. La femme est tout autant capable d’atteindre des objectifs, la femme doit faire partie du milieu militaire. Dans un état d’esprit de compétition rien ne peut l’empêcher d’aboutir à son but et elle peut devenir un élément indispensable à une section. Et c’est ce que j’espère devenir."

Rédigé par jeaneg

Publié dans #Portrait, #Quartier Libre

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