Cette femme là

Publié le 27 Mars 2017

Cette femme là

Il a parfois du mal à se comprendre lui même, mais il est prisonnier, ligoté comme l'insecte pris dans une toile invisible.

Le premier regard a été fatal. Elle était là, dans le hall, assise avec élégance dans un fauteuil club. Bien sûr il l'a remarquée tout de suite, sa robe de coton blanc, ses jambes bronzées, sa chevelure brune et son teint hâlé. Puis il est revenu à ses préoccupations, a demandé sa clé, s'apprêtait à monter dans les étages.

Elle avait une voix un peu rauque, pas désagréable, profonde. Ils s'étaient retrouvés au bar, le soir, comme deux naufragés dans cette ville étrangère. Entre compatriotes, il faut bien s'aider...

Ce n'est que là qu'il fut saisi par l'androgynie de ses traits et de son allure. Sous la frange de cheveux châtains il découvrait un regard d'azur aux sourcils épais, des pommettes hautes et une bouche aux lèvres ourlées qui lui rappelaient ces visages d'éphèbes grecs taillés dans le marbre... Elle passait volontiers la main sur sa nuque où les cheveux étaient tondus, courts comme ceux d'un garçon, comme le tour de ses oreilles et les pattes carrées que la masse du dessus recouvrait par moment... Voilà, il était pris, attrapés par cette fascination qu'il avait de ces femmes capables de conjuguer leur féminité sans jamais chasser le masculin en elles.

Dès lors il n'avait qu'une envie, la séduire et lui plaire, dans la crainte qu'elle ignore ses sentiments et cela le rendait gauche et maladroit...

Le lendemain elle est partie, tôt, lui laissant son parfum dont les draps gardaient la trace...

Photo: Raymond Depardon

Rédigé par jeaneg

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