Ophélie revient - Un nouveau Quartier Libre

Publié le 4 Février 2017

Ophélie revient - Un nouveau Quartier Libre

Ophélie revient! On avait fait sa connaissance ici et c'était déjà très fort! Le temps a passé et décidément, définitivement, irrémédiablement Ophélie est une femme aux cheveux courts et elle sait le dire...

Ça s'appelle "Repousses"

Sous le couvert d’un effort par rapport à moi-même, j’ai, il y a quelques temps, tenté de me faire repousser les cheveux. Dans une idée idiote, machiste, d’être plus féminine, et peut-être aussi par mélancolie à l’égard de ces jolies coiffures que peuvent être les tresses ou les chignons. Je me suis laissé dompter par l’idée de « Les cheveux courts, ce n’est pas très féminin. ». Au temps pour moi, vous comprendrez bien que je me suis trompé.

Mon dernier écrit sur ce site remonte maintenant à quelques années. Temps nécessaire pour que des expériences se fassent, capillaires ou non. Mais surtout des expériences de vie. Par exemple, il n’y a pas longtemps, j’ai traversé l’océan, une fois de plus, pour rejoindre la personne que j’aime. Il est intéressant de considérer que, durant le voyage, mes cheveux, en repousse depuis quelques mois à ce moment-là, ne me plaisaient pas, malgré mon désir de les avoir plus longs. Coupe bâtarde, un entre-deux, de cinq et/ou sept centimètres épars autour de mon visage, avec des mèches qui commençaient à flirter trop près de mes yeux. Je ne me suis pas trouvée très jolie, alors que j’étais avec mon amie. C’est un peu triste, mais je me suis sentie entravée par ce qu’il y avait sur ma tête. Coupe de cheveux qui m’a fait me poser des questions sur moi-même.

Là, vous pouvez m’interrogez.
Qu’est-ce que je veux vous dire ? Qu’est-ce que je peux vous apporter d’intéressant, avec ce témoignage ? C’est dans la dynamique de répondre à cette question que je me mets à écrire. J’espère apporter quelque chose.

J’ai vingt et un an, bientôt vingt-deux. Je viens de me faire tatouer un crâne de lion sur le biceps, et il y a une semaine, c’était la tondeuse qui venait glisser sur mes tempes, le pariétal et l’occiput. En cet instant présent, je me trouve jolie. Et je tiens à l’écrire ici, pour vous le partager.
Comme une confirmation, dans une appréciation particulière, je me suis rappelé, alors que les mèches se faisaient couper, que je suis ce genre de personne qui aime vraiment être bien coiffée.
Les yeux rivés sur le miroir, le menton vaguement relevé en cette expression un peu hautaine, j’ai contemplé la coiffeuse qui, en silence, m’a permis de retrouver ce que je considère comme « un style propre ». Les repousses, avouons-le nous, sont sérieusement les passages les plus singulièrement insupportables d’une coupe de cheveux. J’ai échoué à mon propre défi de « Voyons-voir jusqu’où je peux me les laisser pousser ». Mais c’est une défaite qui m’a enrichie, car dès l’instant où la tondeuse s’est mise à vibrer, j’ai compris que jamais, jamais je ne pourrais avoir de nouveau les cheveux longs. J’ai besoin de ces millimètres entretenus, lesquels ceignent le tour de mon crâne, comme certaines le font avec des tresses. J’aime le fait de n’avoir désormais à me coiffer qu’avec de la cire, si besoin, mais surtout qu’avec une main. J’aime le fait d’avoir retrouvé une liberté particulière dans mes déplacements, dans mes mouvements. Je m’étais pourtant mis en tête que j’étais trop grosse, pas assez jolie, trop masculine, avec ces cheveux courts. Et dans une attente passive, j’ai laissé les centimètres reprendre du terrain, aussi bien sur mon crâne que sur mon humeur générale. C’était une erreur, et je sais que je ne suis pas la seule à me laisser piéger par les attentes d’une société patriarcale. Nous avons le droit de nous trouver jolie avec le crâne rasé.

Ophélie revient - Un nouveau Quartier Libre

Je ne voudrais que trop conseiller aux filles qui ont les cheveux courts de ne pas regretter. Vous êtes belles, vous êtes particulières. Regardez autour de vous, dans le tram, dans la rue : peu de filles, peu de femmes ont les cheveux courts. Et si elles les ont, alors on les remarque. Elles sont comme des lumières un peu spécifiques, le genre qui accroche les yeux, et qui fait revenir au moins une deuxième fois le regard sur elles. Elles sont jolies, parce qu’elles se démarquent. Elles prennent soin d’elles, dans un mélange idéal de praticité et d’esthétique. Je ne veux plus avoir à croire que les cheveux courts sont masculins, ou attribués directement à une orientation sexuelle. Naturellement, il est aisé de considérer « lesbienne » lorsqu’on voit certains styles. Mais soyons honnête : il y a des coupes courtes qui n’ont rien à voir avec ce cliché lesbien. En tant qu’individu pansexuelle, je ne peux que trop encourager la cause LGBT, bien entendu. Mais combien de fois ais-je été frustrée d’entendre des gens me dire, ou dire à propos de moi, entre mes 17 ans et maintenant, que « ça fait gouine », les cheveux courts. Combien de fois ai-je eu à considérer que non, bordel, ce n’était pas parce que j’avais les cheveux courts que j’étais moche, ou pas féminine. Pourtant, petit à petit, et simplement de manière personnelle, vicieuse, je me suis laissée entraîner dans une perspective de compréhension de ce discours. Pour mes problèmes de poids, d’estime de moi, pour le machisme quotidien, pour les commentaires fréquents, j’ai laissé mes cheveux repousser.

Et c’est tuant. Parce qu’on est sur le rebord de ce fil, en équilibre avec soi-même. Laisser pousser, ou tout couper, et regretter ? L’amertume est un goût régulier, qui apparaît dès que l’on se regarde dans le reflet. On se sent prisonnière, entre deux eaux contraires, et on ne parvient pas à opter. Parce qu’on veut plaire au regard de l’autre, un autre qui n’est même pas vraiment sincère avec nous, et on le sait. Des tresses longues et soyeuses, ou des tempes rasées ? Le cliché romanesque de la jolie fille, ou bien le revêtement de la warrior quotidienne ? On ne parvient pas à choisir, et ça mine le moral.

Et puis, j’ai eu cette discussion, il y a quinze jours, avec mon amie. Celle avec un grand A, au moins mental. Celle que j’ai dans le coeur et dans le sang, et qui est capable de me retourner les viscères avec ses mots. Elle m’a fait la remarque, ce jour-là, en plaisantant, que je devrais me recouper les cheveux. Parce que « short, is the best. ». Elle ne me le cache jamais : elle aime tirer sur mes mèches trop courtes. Trois heures plus tard, j’étais chez le coiffeur.

Toutefois, cette fois-ci, j’y suis allé avec un objectif particulier, précis. Je voulais un style, ce genre qui me permet de me différencier dans une foule de crâne poilus. J’ai imprimé une image de Google, je l’ai montré à la coiffeuse, et elle a hoché la tête. « Très court, donc ? » J’ai acquiescé. Je trace ma combativité dans ces millimètres bruns.

Il me paraît important de rappeler que pour être heureux, il faut être bien avec son corps. Cela commence peut-être avec une coupe de cheveux, notamment si vous avez ce rapport aussi psychologique que moi avec les cheveux. Que l’on soit cis, trans, binaire ou non, il faut savoir apprécier être une personne fabuleuse, et nos cheveux sont un pinceau dans le tableau que l’on fait de notre vie quotidienne. J’aime m’entretenir, et j’aime considérer que des gens peuvent se sentir plus heureux s’ils apprécient leurs têtes. Je m’inquiète, en tant que jeune adulte, de considérer que certaines de mes camarades de promo sont angoissées dans leur féminité, et ont peur de couper leurs cheveux, même si « elles aimeraient bien », parce que cela ferait défaut à leur genre. Je trouve cela dommage qu’une fille avec un visage magnifique puisse se cacher derrière une longueur qu’elle n’apprécie pas. C’est un binarisme violent, qui n’est que trop exploité avec la montée au pouvoir d’un certain mec orange qui lui, aurait bien besoin d’une bonne coupe de cheveux. Je voudrais considérer que d’ici quelques années, une femme avec des cheveux courts ne se fera pas traiter de gouine, qu’elle ait une amie ou pas. Ce sont des cheveux. Cela ne nous définit pas dans notre orientation ; simplement dans la classe et le style qu’on a.

 

Ophélie B.

Rédigé par jeaneg

Publié dans #Quartier Libre

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marie 05/02/2017 11:57

yes! d'ailleurs cela met en valeur mes yeux et les messieurs me remarquent plus qu'avant. merci à toi pour cet article

severine 04/02/2017 14:03

Terrible cet article !!! MERCI pour ta bienveillance, ce verbe haut qui donne la pêche et qui nous rassure dans notre féminité. Parce que oui Ophélie, après cette lecture, je me sens belle et put… que c'est bon !!!

Jeaneg 04/02/2017 14:04

:D Magnifique! Merci pour ton commentaire Severine