La vie de Jay

Publié le 25 Février 2017

Toutes celles qui y ont gouté le savent bien. Quand on commence à se couper les cheveux très courts, on a souvent envie de les couper plus court encore...

Pour Jay c'est un peu plus compliqué. Jay rencontre une dysphorie du genre, s'identifie comme non-binaire et cela bouleverse sa vie. Accordant son style à ce statut qui s'impose, Jay va régulièrement chez le coiffeur, parce que depuis, cette coupe de cheveux est comme un baume, un réconfort. Cette image, les cheveux fraîchement coupés, est rassurante. 

La vie de Jay

Rassurante et douloureuse... Parce que son corps lui montre ses rondeurs, ces formes d'un genre que Jay ne reconnait plus comme le sien. Comme une drogue à l'effet fulgurant, la coupe de cheveux l'emporte vers un nirvana d'où rapidement il faut redescendre, pour se confronter aux regards des autres.

Jay raconte:

"J'étais dans le train, à côté d'une dame. Elle était avec son chien et lui parlais....le chien me regardait et la dame lui dit "Non ne souffle pas en pleine figure du monsieur". Je ne réponds rien, je souris de façon impassible. Elle se rattrappe: "Euh...de la dame....je ne sais pas...pardon". Elle a commencé à se confondre en excuses. Ca m'a énervé parce qu'elle a cherché à tout prix à me caser. C'est pas grave si tu te trompes !!!! Mais change pas d'avis sans cesse, comme si c'était qqch de fixe et de mortel"

Personne ne peut imaginer à quel point ça peut être douloureux, ce tiraillement entre deux rives dans une société habituée à voir en pile et face, blanc ou noir, vide ou plein... Si tu n'es pas fille, tu es donc garçon? Bien sûr... Bien sûr... Mais non!

J'ai connu Jay avec une allure de jeune fille, étudiante, cheveux mi longs. Ce jour là, elle se jetait à l'eau, avait décidé de couper ses cheveux, courts, très courts. Et je me rend compte aujourd'hui à quel point cette transition a du la bouleverser. Je la revois, passant la main sur sa nuque fraîchement tondue. Je sais qu'à présent elle fait toujours ce geste, plus souvent, parce que c'est rassurant, protecteur... "j'ai l'impression de retrouver ce geste de quand j'étais gamin et que je caressais ma peluche."

 

Depuis, Jay suit son chemin, difficile et cruel, mais avec le soutien et le réconfort de l'amour... et le plaisir, indicible et secret d'effacer, à chaque coup de tondeuse, les vestiges d'un autre genre..

Rédigé par jeaneg

Publié dans #Portrait

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