Une envie de blondeur

Publié le 26 Septembre 2016

Vanessa Pilon pour Jérôme Bocchio

Vanessa Pilon pour Jérôme Bocchio

Depuis le temps qu'elle en rêvait... Si on lui pose la question, elle répond: "Depuis toujours!" C'est une idée qu'elle avait depuis longtemps, mais la rangeait au rayon des fantasmes, de ces choses à la fois improbables et futiles, mais pourtant obsédantes.

Un jour elle s'est sentie assez forte, dans une situation qui ne la laissait pas à la portée des haineux qui auraient pu la tourmenter. Elle s'est fait confiance et seule, dans un coin isolé, s'est mise en tête à tête avec elle même... Après avoir cent fois tourné autour de l'objet, elle l'a pris dans sa main, l'a soupesé, l'a jaugé... Puis les yeux dans les yeux, face au miroir, elle a soulevé la mèche sur son front, encore une fois, donnant à son visage un aperçu d'une nouvelle physionomie. Elle a respiré fort et quand le petit moteur de la tondeuse a claqué en démarrant, son coeur s'est un peu emballé, un court instant. Elle s'est souri, un sourire de défi, un rictus ironique, puis s'est jetée dans l'action. Les tempes d'abord, subjuguée par la facilité et la cruauté sans remord avec laquelle les lames effaçaient sa chevelure, glissant sur la peau et hachant les cheveux pour ne laisser après son passage qu'un velours presque soyeux.

Enfin, la tête nue, après avoir fignolé chaque détails, vérifié que rien n'avait été oublié, le silence s'est fait, à nouveau et les deux mains se sont appropriées ce crâne, palpant, caressant, effleurant cette matière nouvelle, faisant naître une excitation inconnue.

Plusieurs semaines passées, elle a voulu un coiffeur, parce qu'il fallait donner de la blondeur à ce nouveau visage. Et puis cette douceur acquise, il y a eu cette alchimie provoquant des nuances allant du presque blanc au presque sombre, donnant des reflets de fourrure, comme un renard argenté, à sa chevelure épaissie...

Elle a ri de toutes ses peurs, s'est moqué de ses appréhensions. Sous ses doigts les cheveux drus se couchaient et reprenaient leur place comme les blés mûrs chahutés par le vent. Elle était fière et cette fierté la rendait belle.

Rédigé par jeaneg

Publié dans #Tendresses

Repost 0
Commenter cet article