L'expérience

Publié le 20 Décembre 2014

L'expérience

Je me souviens d'un slogan qui disait: " Everyone should do this once in a lifetime " et puis rapidement le "chacun" s'est mué en " chaque femme" et cela illustrait l'expérience incomparable que pouvait vivre chacun d'entre nous à la recherche de soi même. Parce qu'en réalité la fameuse expérience est bien loin de n'être qu'un simple exercice esthétique et capillaire.

Hier une amie s'est fait tondre. Autant le dire, c'est un acte périlleux car on est jamais vraiment sûr que le résultat soit à la hauteur de notre envie. Il faut donc du courage pour se confronter à sa propre nudité.

C'est un peu comme une déconstruction, une chirurgie esthétique à l'envers, sans douleur ni anesthésie où on ne transforme rien, on se contente de dévoiler la réalité.

L'expérience commence dès que l'idée s'installe dans votre esprit, comme une envie un peu folle, un désir incompréhensible ou une nécessité. Cela même provoque de la peur ou de l'excitation, enfin, les deux.

Passer à l'acte est bien plus difficile, lorsqu'il faut s'engager sur le chemin qui va nous mener dans un univers inconnu, de sensations nouvelles, de compréhension de soi même, de résistence aux regards et aux paroles insensés.

Enfin arrive le moment crucial et fatidique. Jusque là on était encore en terrain connu, la tondeuse glissait autour des oreilles, rasait la nuque, comme la promesse de sensations délicates auxquelles on avait finit par trouver du plaisir.

Mais soudain il faut franchir le pas, dépasser la limite, aller au delà de l'habitude. C'est lorsque le front se dégage, lorsque tombe ce petit rideau de cheveux qui trouvait sa place au dessus du regard et que la forme du crâne apparait, sans volume, rase et uniforme que l'émotion bondit dans la gorge. Voilà, c'est fait. Et ce visage nouveau, trop nu, trop vulnérable tente de sourire dans le miroir pour surmonter sa stupéfaction et son étonnement devant cette découverte.

La première récompense que l'on s'octroie, d'avoir été si brave, c'est de poser ses deux mains, doucement, sur ce paillasson de cheveux drus et de glisser lentement du front vers l'occiput, les yeux mi-clos et de gouter à cette caresse extraordinaire...

Enfin libre, il faut vivre. Parce que l'expérience personnelle s'accompagne maintenant de la confrontation avec le regard des autres, admiratif, dubitatif, cruel, méchant, indifférent, comme s'il fallait justifier son acte. Il faut toujours tout justifier...

Photo: Erika Huffman

Rédigé par jeaneg

Publié dans #Humeurs

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