Mardi 6 décembre 2011
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07:00
Elle était un peu fébrile en arrivant à la maison. Tout au long du chemin elle n'avait cessé de chercher son image, à travers les vitrines, dans le regard des gens. Le changement était radical,
la transformation gigantesque. Elle avait enfin osé, avait surmonté sa peur, s'était mordu la lèvre un moment, angoissée de voir ses cheveux dégringoler en longues mèches devant elle. Puis au
bout du compte, de ce visage qu'elle croyait connaître à force de le voir chaque matin dans son miroir, elle découvrait les yeux, la bouche, l'arête du nez, des détails mais aussi l'essentiel. Sa
petite tête lui offrait en cadeau sa véritable physionomie et elle s'aimait davantage. Acceptée par elle même, elle avait hâte de l'approbation des autres...
Cent fois elle a passé la main sur sa nuque presque nue. A la maison l'accueil a été chaleureux: "Oh ça te change!" "Oui, ça te va bien" " Tiens? Tu as été chez le coiffeur?"... Et puis quoi?
C'est tout? Son appréhension s'est transformée en angoisse. Elle avait peur de ne plus plaire, peur des critiques, peur d'un regret... Elle n'avait pas pensé à l'indifférence. Cette acte qui
était suprême à ses yeux, ce Rubicon franchit, cette page tournée cette nouvelle naissance n'était accueillie que par quelques banalités consensuelles. Savaient-ils seulement tous les sentiments,
tous les états d'âme qu'elle avait traversé? Imaginaient-ils que cela soit si futile de se couper les cheveux, si courts, d'avoir peur de perdre toute féminité, de ne plus être "attractive"?
Du coup, elle percevait tout le poids, toute la force de la routine qui pouvait constituer son quotidien. Pour un peu on ne la voyait plus. Sa présence suffisait à rassurer son monde, qu'importe
qu'elle soit elle même ou une autre... La tristesse l'envahit lorsqu'elle imagina que l'amour avait peut être disparu...
Modèle: Rebekka Martic
Par jeaneg
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Dimanche 27 novembre 2011
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21:28
Vous m'avez donné, Madame,
Un étrange chapelet
Qui m'a pris le coeur et l'âme
Comme un agile filet !
Où sont mes goûts de naguère ?
On me disait libertin !
Aujourd'hui je n'ai plus guère
Que des soifs de sacristain.
Je me prosterne et je prie,
Chaque jour à deux genoux,
La bonne Vierge Marie
Qui, d'en Haut, veille sur nous.
Je récite l'Angelus,
Brûlant d'une ardeur nouvelle !...
Mais ne vous étonnez plus...
Mon secret - je le révèle !
Au fond du ciel étoilé
La Vierge m'est apparue
Découvrant son front, voilé
Par un grand manteau de nue !
J'ai cru... N'ai-je point rêvé ?
Oui j'ai cru... Dieu me pardonne !
En bredouillant mes Ave
Que c'était vous la Madone.
La Madone - Guy de Maupassant (1850 - 1893 )
Photo: Kai Mueller
Par jeaneg
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Lundi 21 novembre 2011
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10:20
C'est l'heure calme du couchant. Elle a fait quelques pas sur la dune, faisant craquer le sable sous ses pas, jusqu'au vieil acacia au pied duquel elle vient souvent méditer. Elle respire
lentement, se rempli le regard du spectacle qu'offre l'astre rouge chavirant dans la mer ocre. Un vent tiède soulève ses cheveux courts qui balaient son visage. Elle aime cet instant.
Il y a longtemps qu'elle ne songe plus aux raisons qui l'ont conduites ici. Désespoir, chagrin, amertume, révolte... Puis envie, curiosité, liberté... Ceux qui la connaissent depuis lui
trouvent un air mélancolique qui ne la quitte jamais. Pourtant elle sait sourire et séduire, sans aucun artifice. Mais des épreuves passées elle garde une tristesse un peu chronique que ceux qui
l'aiment arrivent à lire sur son visage.
On s'inquiète de la voir seule, encore si jeune, si belle. Elle désarme les inquisiteurs d'un sourire et s'échappe sans un mot, gardant son mystère.
Parfois elle pense à l'homme qui l'a aimée, à la femme qui l'aime aussi. Elle n'a pas voulu choisir, elle s'est engouffrée dans cette vie, payant ainsi sa liberté.
Une jeune fille en boubou bleu est venue lui prendre la main en l'appelant "toubib". Le soleil avait finit par plonger dans l'océan... Elle est repartie vers le camp, accompagnant l'enfant,
ange déchu en quête d'absolu...
Photo: Inconnue
Par jeaneg
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Samedi 19 novembre 2011
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12:00
You're just too good to be true.
Can't take my eyes off you.
You'd be like Heaven to touch.
I wanna hold you so much.
At long last love has arrived
And I thank God I'm alive.
You're just too good to be true.
Can't take my eyes off you.
Pardon the way that I stare.
There's nothing else to compare.
The sight of you leaves me weak.
There are no words left to speak,
But if you feel like I feel,
Please let me know that it's real.
You're just too good to be true.
Can't take my eyes off you.
I love you, baby,
And if it's quite alright,
I need you, baby,
To warm a lonely night.
I love you, baby.
Trust in me when I say:
Oh, pretty baby,
Don't bring me down, I pray.
Oh, pretty baby, now that I found you, stay
And let me love you, baby.
Let me love you.
Paroles: Bob Crewe & bob Gaudio
Par jeaneg
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Vendredi 18 novembre 2011
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20:31
Sa chevelure noire à la lumière du jour avait des reflets bleutés. Penchée comme elle l'était dans ce champ de bleuets, je voyais glisser la masse vivante, épaisse et réconfortante, comme un
voile de satin. C'est à cet instant seulement que j'ai réalisé l'extraordinaire changement qui s'était opéré et dont j'avais été l'acteur pour partie. D'une main sûre, l'heure d'avant, elle avait
de quatre ou cinq coups de ciseaux tranché net ses cheveux qui auparavant battaient son dos. Sur la carrelage gisaient inertes les lambeaux de sa toison quand elle m'appela, sûre d'avoir commis
l'essentiel afin d'échapper à mon opinion. Elle était radieuse, les joues rosies par son audace, l'oeil pétillant de malice.
Elle me tendait la paire de ciseaux meurtrière pour achever son oeuvre. Bouche bée c'est presque dans un état second que j'ai plongé mes mains à travers les mèches. Sans même réfléchir je me suis
appliqué à tailler, rectifier, aligner le plus droit possible les cheveux coupés juste au ras de la nuque. Ils avaient tant de ressort et de souplesse que naturellement ils prenaient du
volume et rebiquaient vers le ciel offrant un reflet nouveau, plus sombre encore, à la masse brillante. Le souvenir des sensations que me procuraient cet exercice inhabituel m'excite
encore.
Ses épaules nues étaient couvertes d'un voile de petits cheveux coupés. Dans mes doigts la mèche saisie était taillée millimètres par millimètres et le bruit des lames crissant sur le cheveux
soyeux et la douceur de la matière dans ma main me tenaient en extase. Elle s'amusait de me voir ainsi et sut bien arrêter mon ardeur frénétique avant que je ne me mette à tailler pour de bon sa
chevelure raccourcie...
Dans le champs de fleurs il y avait cette odeur, ce parfum d'herbe fraîche transpirant la rosée, que la faux a couchée par brassées. Elle fit un bouquet et ses cheveux fraîchement coupés avaient
ce parfum de printemps...
Photo: Matteo Palmieri
Par jeaneg
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