Vendredi 21 mai 2010
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13:44
C'est l'heure où la lumière donne à toutes les couleurs une chaleur particulière. L'air est encore tiède quand chacun émerge de la sieste. Le pied douillet elle avance sur l'herbe déjà sèche.
Loin de son univers de béton et de verre elle semble encore naufragée dans la verdure, pour quelques instants encore...Là bas sur le ponton elle va retrouver ses souvenirs. Les yeux fermés,
revoir le cerisier au milieu des vignes, entendre les abeilles dans le tilleul et sentir la tarte chaude qui sort du four. Sur ses paupières fermées le soleil fait danser les ombres du feuillage
et un sourire nait sur son visage...Elle s'allonge, la nuque reposant sur sa main et ses doigts doucement caressent les cheveux courts. Elle les trouve longs à cet endroit, mais se dit qu'elle
s'en moque, que sa mère s'en chargera, comme avant, et que cela aussi lui fera plaisir...
Photo: Matija Drozdek
Par jeaneg
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Lundi 17 mai 2010
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16:23
"...Je veux bâtir pour toi, Madone, ma maîtresse,
Un autel souterrain au fond de ma détresse,
Et creuser dans le coin le plus noir de mon coeur,
Loin du désir mondain et du regard moqueur,
Une niche, d'azur et d'or tout émaillée,
Où tu te dresseras, Statue émerveillée...." Extrait: A une Madone - Ch Baudelaire
Par jeaneg
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Lundi 10 mai 2010
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/05
/2010
09:30
Elle est nue dans la salle de bain, et le miroir lui renvoit une image qu'elle aime bien. Elle n'a pas de problème avec ça. D'ailleurs son regard est concentré et ne se perd pas sur ses petits
seins ronds, ni sur son ventre plat. Elle est trop occupée, les doigts fins glissants à travers ses mèches brunes et soyeuses. Elle a des gestes précis, cherchant les volumes, évaluant les
longueurs. Dans le jeu de miroir elle voit sa nuque et les doigts qui serrent la première mèche. Elle approche les lames des ciseaux droits et le crissement des cheveux coupés la trouble. Sur ses
épaules nues elle sent la méche glisser et s'accrocher, comme une caresse. En rien de temps sa peau est couverte de ces fragments de mèches, petits cheveux hachés éparpillés...Elle coupe,
derrière encore, puis dessus, tirant les cheveux entre index et majeur, les entortillants ou les lissants. Elle pose les lames d'acier, tourne la tête, capte différents angles et passe en
remontant sa main sur ces cheveux coupés, courts, mais que peut être elle aimerait couper encore...Et puis c'est comme une barrière qui surgit dans son esprit. La même, invisible, que celle qui
nous barre le chemin si une envie folle nous vient. Alors la raison prend le dessus. Elle époussette les cheveux coupés, secoue la tête et s'accorde un sourire dans le miroir d'en face. Sa
coiffure sage lui plait encore, même si un instant elle a songé tailler, tailler encore, sans s'arrêter. Un jour...Un jour elle le fera...
Photo Flickr
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Samedi 8 mai 2010
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13:13
...Ce dont je me souviens c'est qu'ils étaient heureux, les yeux au fond des yeux, et c'était bien....Et c'était bien.
Photo: Sybil Rondeau par Olivier
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Mardi 4 mai 2010
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18:52
Bon sang comme ça fait peur! Et pourtant c'est indolore, physiquement. Pas comme un tatouage. Et pourtant elle en porte un. Sans doute que le dessin dans la peau ne transforme pas pour autant
notre physionomie, on l'aborde plus facilement, même si c'est pour la vie. Nova a besoin de rebondir, de virer de bord et de mettre le cap vers la lumière. Et comme souvent quand ces choses là
vous prennent, se mêle une envie de folie. Il faut muer, il faut laisser derrière soi sa vieille peau. Les conquistadores abordant le Nouveau Monde faisaient brûler leur caravelles pour ne pas
avoir la tentation de rembarquer et de fuir. En tondant ses cheveux, Nova a envie de brûler son embarquation, celle qui l'a menée jusque là et qui lui semble porter encore les miasmes de sa vie
passée.
Mais ça fait peur, bon sang comme ça fait peur! Il faut se confronter à soi même avant même d'avoir à affronter les autres. Il faut du courage en somme. Un pas, plus un pas, plus un pas....Et au
bout de tout cela la découverete de soi.
Photo: Agnieszka
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