Nouvelles et petites histoires

Jeudi 6 octobre 2011 4 06 /10 /Oct /2011 09:00

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Qu'est ce que je faisais là? Désorienté, j'avais atterri dans cette soirée où je ne connaissais personne, où personne ne m'attendait. J'ai foncé sur le bar, commandé un Glenlivet qui m'a réconforté. Autour de moi les gens parlaient fort, riaient fort et tout cela m'apparaissait trop artificiel pour que je m'y intéresse. Les hommes étaient tous des clones de "Don" Draper et les femmes choucroutées, bijoutées, s'agitaient dans des efforts louables pour se montrer sous leur meilleur profil. Rien dans cette basse-cour ne risquait de changer l'opinion déplorable que j'avais de mes semblables. Jusqu'à ce que mon regard tombe sur elle...

Une robe qui laissait nues ses épaules, des cheveux courts et le visage voilé de volutes de fumée bleue au parfum virginien. Elle n'était pas complètement étrangère à ce monde, mais ses artifices me paraissaient raisonnables, maquillage, coiffure, j'avais le sentiment qu'elle ne voulait rien justifier, juste être bien avec elle même. Ses cheveux brillaient sous la lumière, sans doute à cause du gel qui modelait sa coupe, lançant une mèche au dessus de son front et la maintenant comme une houpe qui lui donnait un air de Gavroche.

Quand nos regards se sont croisés, elle a relevé imperceptiblement la tête, donnant à sa posture un air de défi. La cigarette aux lèvres aurait pu avoir quelque chose de vulgaire. Ca ne l'était pas. Cette femme avait de la classe et chez elle ce détail devenait presque chic.

Son regard s'est adoucit, elle soutenait le mien et semblait me dire à quel point elle se sentait elle aussi décalée dans cette soirée. Sa main a enveloppé la nuque, ses doigts fins ont glissés à travers les cheveux et ce geste m'a parût comme un signal. Nous nous sommes rapprochés, nous avons discuté, elle a rit, j'ai commandé un autre scotch et une furieuse envie est née de la voir à la lumière du jour, sans fard se réveiller à mes côtés... 

 

Photo: Rafael Kent


Par jeaneg - Publié dans : Nouvelles et petites histoires - Communauté : Tronches de vie
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Lundi 3 octobre 2011 1 03 /10 /Oct /2011 11:26

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Difficile d'évaluer les ravages qu'avaient causés Moïra en disparaissant de ma vie. Les premiers mois j'avais été l'ombre de moi même, en proie à des interrogations insensées pour le monde dans lequel j'évoluais. Après la tristesse, la colère, le sentiment de trahison avait prévalu, puis à nouveau la tristesse quand la raison reprenait le dessus et que je finissais par comprendre qu'elle avait été elle aussi, un jouet dans les mains de ceux qui nous dirigent. Durant un temps j'avais trompé ma solitude en abusant du travail, multipliant les missions, m'abrutissant sur les dossiers...

Parfois le blues m'emportait vers le bar de la Porte des Lilas où la patronne, compatissante, connaissait le remède qui momentanément, pouvait me soigner...

Puis un jour, sans aucun calcul, j'ai rencontré Anja à Berlin. Elle prenait le même avion pour Paris et nous avons sympathisé. Elle n'avait aucune chance de chasser de mon esprit le souvenir de Moïra. Blonde, la coupe au carré, un joli corps, proportionné mais pas une athlète, plutôt fragile. A Roissy nous avons échangé nos portables et plongé chacun de notre côté, elle vers le bureau parisien de la ZDF et moi vers "la Boîte". 

Jusqu'à un rendez vous convenu pour déjeuner, place de l'Alma, à deux pas de son bureau. Arrivé à l'heure Chez Francis, j'ai cherché du regard en entrant dans la brasserie une tête blonde. Anja me faisait signe de la main, le visage radieux éclairé d'un magnifique sourire. La surprise était totale parce qu'elle avait coupé ses cheveux, très courts, extrêmement court même et subitement son allure m'apparaissait familière. Devinant mon intérêt pour sa nouvelle coupe de cheveux, elle m'expliqua quelle révélation c'était pour elle d'avoir les cheveux aussi courts, les sensations nouvelles que cela lui procurait, surtout la nuque qu'elle ne pouvait s'empêcher de caresser... 

Autour de nous j'avais le sentiment étrange que Moïra était toute proche et nous observait...

 

 

Par jeaneg - Publié dans : Nouvelles et petites histoires - Communauté : Tronches de vie
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Samedi 13 août 2011 6 13 /08 /Août /2011 15:44

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Ce dimanche là, comme souvent, Pedro remplaçait son oncle à la station service. Faut dire que dans ce coin là, le dimanche il ne se passe pas grand chose. Mais Pedro aimait cela, rester des heures à rêver, à somnoler parfois. Puis il y avait toujours le dernier numéro de ce mensuel de charme que son oncle rangeait dans le tiroir du vieux bureau métallique. Des femmes nues, ou presque, aux formes généreuses et aux longues chevelures péroxydées...

Et il y a eu cette Maverick Grabber, rouge et rutilante qui est arrivée à la pompe. Pedro n'en croyait pas ses yeux. Le temps de sortir de son émerveillement, le conducteur l'attendait, appuyé sur la portière, les mains dans les poches. Il s'est précipité, autant pour voir de près le bolide que pour faire le travaille qu'on attendait de lui. Mais arrivé à la pompe, alors qu'il allait lancer un distrait " 'jour M'sieur" les yeux rivés sur la Ford, il est resté la bouche ouverte, bêtement, découvrant que le conducteur était une conductrice... Elle avait tellement d'allure... Elle lui a sourit, demandé le plein et pendant que Pedro accrochait le pistolet de la pompe au réservoir, elle a fait quelques pas vers la station. Un peu à la dérobée, il la détaillait, fasciné. Malgré ses vêtements masculins il lui trouvait un charme étonnant. Elle portait des bijoux discrets, avec classe et marchait en se déhanchant un peu, la tête haute. Ses cheveux brillaient au soleil et bougeaient avec souplesse lorsqu' elle tournait brusquement sur elle même. D'une main fine elle replaçait alors une mèche derrière l'oreille et caressait sa nuque où les cheveux étaient rasés...

Le pistolet de la pompe a claqué pendant que Pedro essuyait le pare brise encore propre avec son chiffon sale. Elle est remonté à bord. Pedro s'est empressé de raccrocher le pistolet et s'est approché de la portière. Il a pris le billet qu'elle tendait en lui souriant. Il y avait de la monnaie à rendre mais Pedro restait planté là, enivré par le parfum raffiné qui flottait autour d'elle... Le V8 a rugit et sans attendre, le bolide rouge a foncé, laissant Pedro dans un nuage de poussière, son billet à la main... Des idées folles plein la tête, pour occuper le reste de son dimanche...

Photo: Michella Cruz

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Vendredi 12 août 2011 5 12 /08 /Août /2011 08:00

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Elle marchait devant lui dans la ruelle pavée, à travers les tunnels voûtés. Cette journée avait le parfum d'un scénario de Coppola, Francis Ford pour le décor et l'ambiance, Sofia pour l'intrigue. Sans se connaître ils s'étaient rencontrés un instant plus tôt. Une blondeur raffinée, naturelle, mêlant au blé le pain doré. Elle avait les cheveux presque longs, avec sur les épaules ce mouvement, comme une volute, si émouvant, qui changeait l'intensité de la couleur.

En parcourant les escaliers étroits du village millénaire, ils se parlaient, comme des amis de toujours. Il lui découvrait ce charme délicat qu'ont les femmes bien élevées et richement épousées. Même les rondeurs de son accent lorsqu'elle parlait en français, avaient cette séduction fascinante.

Chez Lorenzo ils se sont posés pour déguster un verre de vin. Elle parlait italien avec fluidité, avait un mot gentil pour chacun qui la croisait en passant. De sa main, elle avait ce geste un peu affecté faisant basculer sa chevelure d'un côté ou l'autre, changeant sa physionomie. Un sourire espiègle montrait qu'elle connaissait la puissance de ce geste sur lui...

Plus tard, sur le belvédère bordant la vielle église détruite, ils se sont accoudés à la pierre chaude du muret, surplombant la vallée. Le temps ne s'écoulait plus.

Pourtant rien n'était fortuit, le rendez vous de longue date. Elle avait vu en lui une sorte d'expert. Elle avait écrit, avait évalué le personnage dont elle imaginait à travers les écrits, une sensibilité et une tendresse particulière. De messages en messages était né une idée folle de se voir...

L'idée aurait plu à Sofia Coppola. Elle aimait son mari, mais elle avait fait venir à elle ce parfait inconnu en qui elle avait deviné le seul capable de comprendre son trouble. Depuis toujours sa fascination pour les beaux cheveux et la façon dont on pouvait les couper excitait ses sens. Hélas son amoureux mari aux nombreuses qualités, n'avait pas celle de savoir jouer de cette extravagance. Un amour de jeunesse lui avait laissé le souvenir de jeux érotiques merveilleux où son amant se faisait coiffeur et leurs ébats en étaient bouleversants.

La découverte de ce nouvel expert rallumait la flamme tenue en veilleuse. Elle avait, comme sur la table de poker, jeté au pot son tapis...

Tout en bas de ces vallées de chênes verts et d'oliviers la mer scintillait. La journée entière ils avaient parlé, évoquant souvenirs et émotions. Et puis là, comme si elle n'y tenait plus, elle a d'un coup soulevé sa chevelure, dévoilant sa nuque, fine, délicate, vierge...

"Dis moi comment elle est. Comment sera-t-elle dessinée quand les cheveux y seront tondus?"

Il n'a pas été surpris, mais troublé par le spectacle. Il a deviné l'implantation qui venait, étroite, finir sur les premières vertèbres. Il y a vu le petit w que dessineraient les cheveux une fois la nuque rasée. Sans malice il a tendu la main, cherchant à toucher le Graal, et le charme s'est rompu. Elle s'est dérobée et le rideau de cheveux est tombé...

Il s'en est voulu, avant de comprendre que son refus n'avait d'autre but que de la préserver, elle, de l'émotion qu'aurait pu lui procurer les doigts de cet inconnu caressant cette autre intimité.

La journée s'est achevée, comme une pente douce couverte d'herbe fraîche où l'on marche pieds nus. Il n'y avait pas de folie, juste le désir d'être soi même et le bonheur de partager, entre complices d'une même dilection, un lundi à Castel Vittorio.

Photo: Hedi Slimane

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Mercredi 10 août 2011 3 10 /08 /Août /2011 08:00

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L'offensive avait permis de prendre une petite bourgade au contrôle de la Junte. Mais faute d'approvisionnement, trois jours plus tard et sous la pression des militaires, le retrait était inéluctable. C'était ma dernière mission avec Maria. Le lendemain je devais rejoindre la zone de largage habituelle où un Caracal viendrait m'arracher à cette jungle. L'instant paraissait mal choisit aux yeux de Roberto et de sa troupe, mais les diplomates n'ont jamais les mêmes visions des choses que les guerriers.

Le désordre ambiant nous importait peu. Maria savait qu'elle devrait rester seule et tenir l'entrée du bourg le plus longtemps possible pour couvrir la retraite de ses compagnons. Nous avions aménagé le poste de tir à l'étage d'une grosse maison, en retrait. Silencieux l'un et l'autre on sentait la tristesse nous envahir. J'ai tendu la main pour caresser son cou mais elle a esquivé, puis brusquement elle m'a fait face et s'est collée à moi, m'embrassant éperdument. J'ai caressé sa nuque à nouveau rasée. La veille de l'offensive elle avait fait tailler ses cheveux par l'autre femme avec sa tondeuse, comme pour effacer de son esprit cette histoire avec le gringo, redevenir Jeanne d'Arc, se concentrer sur l'essentiel. Je n'étais pas essentiel dans la vie de Maria et sans doute demain m'aura-t-elle oublié... 

Elle fit passer son débardeur par dessus sa tête, ébouriffant ses courtes mèches et ses seins ronds s'écrasèrent sur moi. Elle m'entraina sur le lit de la pièce d'à côté et nous fimes l'amour, comme des sauvages, le pantalon sur les chevilles.

Au crépuscule elle me laissa partir.

 

Photo: Maria

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