Mardi 1 février 2011
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08:00
En penchant la tête, ses cheveux sont entrés dans la lumière. Comme un rideau de soie ils ont glissés vers son visage, masquant son profil, mais délivrant l'image raffinée d'une matière
parfaitement ciselée, couvrant délicatement l'oreille, dégageant son cou d'albâtre. Puis, l'instant d'après, elle a relevé la tête et sa coiffure s'est harmonieusement replacée. Elle a eu
malgré tout un mouvement léger pour chasser la mèche qui couvrait son oeil. Le soleil réchauffait les tons boisés, chatain, presque acajou. Concentrée, elle n'avait pas remarqué l'homme qui
l'observait. Lui même était fasciné par cette courte chevelure et il aurait préférer rester dans l'ombre un instant encore. Elle le vit et l'accueillit avec un sourire nacré. Il pencha la tête à
son tour et lui offrir son plus beau sourire. D'un geste habituel elle passa une main aux doigts écartés à travers ses cheveux, les repoussant en arrière et comme une matière vivante, les mèches
souples coulèrent naturellement pour se remettre en place.
"- Alors? Comment tu trouves?
- Hummm, comment dire... J'adore!"
Photo: Nick Drake
Par jeaneg
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Samedi 29 janvier 2011
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15:00
Elle arpente la plage et laisse le vent du large balayer ses cheveux courts. Au loin les cavaliers par moment font jaillir des gerbes d'écume quand, sous le galop de leur chevaux la mer
glisse une vague. Ils seront bientôt là, devant le vieux warf. Et chacun aura un mot gentil pour elle, un sourire. Elle n'en sera pas distraite, et au pas, les cavaliers poursuivront sur la plage
déserte, flattant leur monture à peine essoufflée. Et elle, elle reprendra le cours de ses pensées qui toutes depuis qu'il est parti vont vers lui. Elle lui parle, tout bas et le vent emporte ses
mots. Elle lui dit comme c'est dur, comme elle a peur sans lui et l'envie lui vient de maudire la mer, et le ciel et le sable froid où ses pas s'enfoncent.
Soudain, comme soulagée, elle rejoint la vie, affiche un sourire et endosse son armure de femme forte, au caractère trempé, que tout le monde connaît ici. Immanquablement on lui demandera des
nouvelles de son homme, si loin, là bas, à la guerre. Et elle dira que tout va bien...
Photo: Marcus McIernon
Par jeaneg
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Vendredi 28 janvier 2011
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18:41
Ne me quitte pas
Il faut oublier
Tout peut s'oublier
Qui s'enfuit déjà
Oublier le temps
Des malentendus
Et le temps perdu
A savoir comment
Oublier ces heures
Qui tuaient parfois
A coups de pourquoi
Le cœur du bonheur
Refrain
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Moi je t'offrirai
Des perles de pluie
Venues de pays
Où il ne pleut pas
Je creuserai la terre
Jusqu'après ma mort
Pour couvrir ton corps
D'or et de lumière
Je ferai un domaine
Où l'amour sera roi
Où l'amour sera loi
Où tu seras reine
Que tu comprendras
Je te parlerai
De ces
amants-là
Qui ont vu deux fois
Leurs cœurs s'embraser
Je te raconterai
L'histoire de ce
roi
Mort de n'avoir pas
Pu te rencontrer
On a vu souvent
Rejaillir le feu
De l'ancien volcan
Qu'on croyait trop vieux
Il est paraît-il
Des terres brûlées
Donnant plus de blé
Qu'un meilleur avril
Et quand vient le soir
Pour qu'un ciel flamboie
Le rouge et le noir
Ne s'épousent-ils pas
Ne me quitte pas
Je ne vais plus pleurer
Je ne vais plus parler
Je me cacherai là
A te regarder
Danser et sourire
Et à t'écouter
Chanter et puis rire
Laisse-moi devenir
L'ombre de ton ombre
L'ombre de ta main
L'ombre de ton chie, ne me quitte pas, ne me quitte pas, ne me quitte pas...Ne me quitte pas.
Paroles: J. Brel
Par jeaneg
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Jeudi 27 janvier 2011
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14:50
Dans sa tête, il l'appelait "Elle". Elle n'était plus une enfant, mais il ne savait pas si elle était femme ou ange. La toute première fois il fut fasciné par ses lèvres. Elle avait les cheveux
longs qui masquaient son visage avec un savant désordre. Un corps longiligne qui aurait pu être celui d'un garçon. Mais ses lèvres avaient cette moue boudeuse qui la rendait irrésistible, presque
altière, mais sans aucun mépris. Et puis à travers les méches il avait découvert son regard amusé et curieux, des yeux marrons, presque clairs qui s'harmonisaient avec sa chevelure. Ce jour là
elle était fille, sans doute la plus jolie fille qu'il ait rencontré. Et puis le lendemain il eut un choc. Ses cheveux étaient coupés, courts. Ses oreilles dégagées et son cou dévoilé. Et la
fascination du début se transformait en véritable envoûtement. Un sortilège étrange car il ne savait plus dès lors lui attribuer un genre, et presque naturellement il imagina qu'elle ne pouvait
être qu'un ange...
Photo: Freja Beha Erichsen par Paolo Roversi
Par jeaneg
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Mardi 25 janvier 2011
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22:00
Dans la nuit tiède elle va sans but, un peu hypnotisée par les lumières du quartier. Autour d'elle la faune est colorée, gouailleuse. Les filles s'interpellent, s'apostrophent, les hommes rôdent.
A la sortie du club, parfois une tête connue, le regard trouble, des femmes trop blondes, les yeux charbonneux, les cheveux courts. " Hey babe! Take a walk on the wild side..." Comme un parfum de
sixties's, ici les genres sont incertains. Le quartier effraie les honnêtes gens. Elle a le sentiment de glisser doucement dans les effluves de marijane, courtisée par les femmes, les hommes, les
travestis. Elle n'a pas peur. Ici la vie brûle, par tous les bouts. Elle fend la foule, sent des mains sur elle, des caresses. Elle se laisse engloutir dans les salons de velours rouge, laisse
prendre ses lèvres par des baisers d'amour au goût de Jack Daniel's, se laisse emporter dans cette folie. "And the coloured girls go doo do doo do doo do do ...."
Photo: Jonathan Addie
Par jeaneg
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