Lundi 7 février 2011
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16:45
En voyant cette photo de Hana Ben Abdesslem, cela me ramène des
souvenirs délicieux d'enfance et me fait penser à ma soeur. Petite soeur j'aimerai dire, même si elle avait 2 ans de plus que moi, elle était un peu ma complice et nous avions grandi ensemble...
En regardant cette photo donc, je devine la texture des cheveux noirs, épais et frisés, domptés seulement par les ciseaux qui les ont taillés courts. Et je me rappelle cette journée d'été où
j'étais assis sur le perron de bois. Plus bas, sur le gravier, ma mère exprimait son talent artistique en maniant une paire de ciseaux à usage courant et je voyais sur la serviette blanche qui
couvrait les épaules de ma soeur, les boucles brunes qui s'accrochaient dans le tissu éponge. Elle patientait, stoïquement, résignée à cette transformation en "petit pâtre" comme disait ma mère.
La chevelure était tellement bouclée que quelques erreurs d'appréciation dans les volumes pouvaient passer inaperçues. Alors la coiffeuse d'un jour s'en donnait à coeur joie, taillant et taillant
encore jusqu'à discipliner cette toison moutonnante. Immanquablement, la coupe achevée, restait comme sur cette photo une petite volute pointant vers la joue, vestige de la vraie nature des
cheveux, qui allaient devoir patienter quelques semaines avant de pouvoir à nouveau boucler en tous sens.
Et quand les ciseaux toujours affamés, pointaient leurs lames vers moi, inutile de dire à quelle vitesse je détalais pour disparaitre le reste de la journée...
Par jeaneg
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Lundi 7 février 2011
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/2011
10:44
Elle se sent dévastée par ce sentiment dont elle ignore tout. Depuis trois jours il n'est plus le même, semble possédé par un mal étrange, empoisonné par un venin mortel. C'est comme si toutes
ses qualités, tout ce qu'il aimait en elle était devenu sujet de discorde, défauts, fautes... Son ingénuité devient légèreté, sa naïveté, frivolité, son charme enfantin, dévergondage. Cela
l'amusait, auparavant, qu'il montre les dents pour la protéger lui semblait-il, pour défendre sa conquête. Cela ressemblait à de l'amour, un amour exclusif, sans partage. Elle en était presque
vaniteuse.
Mais cette petite dose d'épice dans leur vie s'est transformée en une humeur toxique, un poison qui coule à présent dans ses veines. Il l'épie, fantasme des événements, redoute ses sourires,
persuadé qu'ils sont pour un autre que lui. Après chaque scène ils se retrouvent l'un et l'autre anéantis, perdus... Il part en claquant les portes, et elle, reste seule avec ses doutes. Elle
veut encore l'aimer. Elle sait qu'il se trompe, qu'il a mal et souffre, mais elle n'arrive pas à le convaincre se sent désamparée, comme on peut l'être face à une maladie... Comme un cancer, la
jalousie a dévoré la confiance qui cimentait leur vie. Il leur faudra la rebâtir sur des ruines, .... Ou en changer.
Photo: Sam Hessamian
Par jeaneg
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Samedi 5 février 2011
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/2011
20:02
Il n'avait jamais réfléchi à cela. A vrai dire même ce détail physique lui semblait tout à fait futile. Après tout, elle pouvait bien faire ce qu'elle voulait de ses cheveux, comme s'habiller
selon son goût. Au premier abords il avait trouvé cela amusant. Comme si une nouvelle femme entrait dans sa vie. Elle avait coupé ses cheveux, très courts et du coup, son corps un peu longiligne
lui conférait une allure résolument androgyne. Ce soir là ils firent l'amour, et étonnamment leur excitation et leur jouissance, à l'un comme à l'autre fût plus forte. Il la sentait davantage
sûre d'elle et entreprenante. Lui était troublé, il ne savait pas pourquoi, avait trouvé délicieux de caresser et mordre cette nuque à présent complétement dégagée. Puis c'est au matin que le
trouble revint.
Elle s'est redressée et assise sur le bord du lit, il ne voyait que ses hanches étroites et ce cou tellement nu. Par enfroit même les cheveux étaient rasés et dessinaient une arabesque étrange
sur sa nuque. Il se sentit excité à nouveau, mais se redressa à son tour et empoigna la courte chevelure pour faire basculer son corps sur lui, retrouver sa poitrine, découvrir son sexe. Cette
ambiguité de pile et de face l'émerveillait. Le trouble se dissipait...
Photo: Pascal Pierrou
Par jeaneg
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Vendredi 4 février 2011
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/2011
22:30
Le barman avait déposé le Westside glacé sur la tablette à côté de son transat. Avec souplesse elle est sortie du bassin et elle a plongé la main dans son grand sac pour en retirer un peigne.
Dans cet écrin de verdure qu'offrait la piscine du Château Marmont, elle pouvait être une star à peine échappée des studios tout proches pour l'après midi. Elle avait un charme fou. Avec quelques
gestes harmonieux, elle ordonna ses cheveux courts, et masqua son regard derrière une paire de Wayfarer qui subitement nous embarquait pour un breakfast chez Tiffany's ou des vacances romaines...
Elle trempa ses lèvres dans la vodka et s'allongea face au soleil. Un homme entra sous le patio, grand et beau et appela de loin:
- Audrey?
Photo: Thierry Lebraly
Par jeaneg
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Mercredi 2 février 2011
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/2011
00:10
Depuis 3 jours elle ne mange plus, elle ne dort plus, elle ne travaille plus, elle ne pense plus...Sauf à Elle. Elle n'imaginait pas que cela soit possible, et même si elle avait déjà entendu des
histoires pareilles, elle ne pensait sûrement pas que cela puisse lui arriver, à elle. Pourtant elle en est là, à rester des heures devant cette fenêtre, à guetter avec l'espoir de la revoir et
l'angoisse qu'elle apparaisse soudain. Elle a chaud, elle a froid, elle ne sait plus vraiment. Parfois ses mains tremblent. Alors elle respire plus lentement, essaie de se concentrer sur un
objet...Mais rapidement c'est son sourire qui lui revient en tête, ses dents carnassières, sa peau mat, ses cheveux. Il lui vient des envies folles, comme tatouer son nom sur elle. Sait-elle
seulement comme elle l'aime? Elle est si différente, elle parait si libre. Fière et sans peur. Elle, elle en a connu des filles, bien sûr. Mais jamais elle n'a osé se montrer. Les parents, les
amis les collègues. Tout ça c'est trop pour elle. Alors elle n'en parle pas, fait croire qu'elle est trop occupée pour s'intéresser aux garçons. Et là, depuis qu'elle l'a rencontrée, elle se sent
une audace toute neuve, une envie terrible de le montrer au monde entier, d'être enfin elle même, de vivre avec elle, de couper ses cheveux comme elle, d'être enfin visible...
Photo: Jan Scholz
Par jeaneg
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