Dimanche 11 décembre 2011
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18:00
La vie de Tao avait repris un cours moins tumultueux depuis que son "ami" russe avait été contraint de filer en urgence,
faisant convoyer son yacht vers un port de Sardaigne, plus sûr à ses yeux que les ports de la Côte d'Azur.
Elle avait hâte de s'installer dans son propre appartement même si elle savait me montrer une sorte d'affection pour le service rendu. Mais Tao me l'avait dit sans détour, les hommes lui étaient indifférents. Cependant je ne voulais pas qu'elle disparaisse de ma vie. Elle demeurait le seul lien que
j'avais à présent avec Moïra. Aussi nous nous retrouvions de temps en temps pour déjeuner ou dîner. Elle avait un style garçon manqué auquel je n'étais
pas indifférent.
Le "criblage" que j'avais malgré tout commandé à la Boîte concernant Tao n'avait laissé apparaître aucune faille, ni
soulevé aucun doute. Elle était japonaise et mannequin, travaillait en Europe et aux États Unis et vivait à Paris depuis un an. Elle avait rencontré Moïra à Milan, mais rien dans la note n'indiquait ce contact...
Je me pris à imaginer son recrutement compte tenu de ses rapports avec Moïra qui aujourd'hui était un agent israélien d'importance.
Plusieurs semaines s'écoulèrent avant que Tao ne m'annonce un jour qu'elle devait retrouver Dorothée à Paris le soir même...
Par jeaneg
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Dimanche 4 décembre 2011
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00:23
Elle paraissait en prise directe avec le bon dieu, la blondeur sans doute, translucide, presque blanc... Et puis cette allure de petit mec, ce Levi's ajusté et ce cuir râpé... A travers les
mèches claires le regard était bleu marine et ça seulement aurait suffit à vous damner. Pour de bon. Tout le monde, ou n'importe qui, se serait méfié devant cet ange. Mais n'importe qui et tout
le monde avait envie de s'en rapprocher, de l'aborder, lui sourire en retour et espérer une bonne fortune... Elle n'était pourtant pas farouche. C'est juste qu'elle avait conscience de son
pouvoir et qu'elle n'avait plus de scrupules à en user. Viale di Trastevere on la voyait le soir, pas loin de la gare. Elle accompagnait volontiers les soldats en permission qui lui offraient un
verre et la salle de bistrot s'illuminait quand elle éclatait de rire au milieu des garçons. Pour quelques billets elle faisait l'amour mais c'est plus tard dans la nuit qu'elle gagnait
véritablement sa vie. Sur le cuir fauve des limousines, avec quelques gros adipeux en costumes croisés. Parfois elle échouait dans les beaux quartiers, qu'elle quittait au petit matin, dansant
sur le trottoir luisant et taquinant les éboueurs aux sifflets lubriques. C'est sa vie, pas pire ni plus triste qu'une autre... Elle sourit, ébouriffe sa tignasse et shoote une canette écrasée...
Photo: Marta Bevacqua
Par jeaneg
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Mardi 22 novembre 2011
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12:52
Tao avait passé la nuit chez moi. Avec des mots choisis elle m'avait parlé de Moïra qu'elle continuait à appeler Dorothée. Durant toutes ces années elles étaient restées en contact et elles se
voyaient quelques fois. Elle n'avait pas changé m'avait-elle dit, toujours photographe et toujours obsédée par les cheveux courts. "A chaque fois que nous nous voyons elle me fait des reproches à
cause de mes cheveux trop longs" m'avait-elle lancé en éclatant d'un joli rire cristallin...
Tao avait été imprudente. Elle avait accepté l'invitation de l'ami d'un ami et avait ainsi fait la connaissance d'un homme d'affaire russe qui aimait s'entourer de jolies filles. Après un
weekend, le piège s'était refermé sur elle. L'homme était violent, elle avait voulu partir mais "l'ami" de l'ami l'avait menacé d'atrocité si elle ne se montrait pas plus "docile". Affolée, elle
avait malgré tout réussi à s'enfuir et Dorothée lui avait donné cette adresse, disant que je saurais quoi faire pour l'aider...
Ainsi Moïra avait gardé un oeil sur moi. Elle savait que j'étais toujours à Paris et que je n'avais pas quitté le Service. Elle savait aussi, tout comme moi, que nous ne pouvions plus conserver
de lien direct après ce qui s'était passé.
Tao était l'opportunité qui aller nous permettre de renouer le contact. Elle s'était endormie dans le canapé, enroulée dans un plaid. Les détails qu'elle m'avait donné à propos de son aventure
étaient maigres mais suffisants pour me permettre de lancer quelques recherches. En principe, une action très ponctuelle et suffisamment violente devait stopper toute velléité de la part du
russe et de son ami maquereau de persister dans leur erreur. Evidemment je ne pouvais pas impliquer le Service dans cette opération, mais quelques "anciens" de la boutique seraient ravis de se
dégourdir un peu les phalanges pour moi...
Modèle: Tao Okamoto
Par jeaneg
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Mardi 15 novembre 2011
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18:12
A peine la coupée fut-elle jetée sur le quai, les marins commencèrent à débarquer. Je les observais depuis la passerelle, s'organiser en bande pour attraper à deux ou trois un pousse-pousse qui
les mènerait au premier bordel sur les bords du Huangpu. Des militaires russes, vautrés sur des balles de coton et des caisses de thé, se distrayaient du spectacle.
A terre, comme je remontais le long du quai, je suis arrivé à hauteur d'une énorme jonque au moment où un officier quittait le bord. Il avait une allure à la fois familière et étrange, un visage
presque féminin, mais l'idée me vint de le comparer à Corto Maltese. Il me fit un signe amical. Soulevant sa casquette une lourde mèche glissa sur son visage, qu'il replaça de la main en arrière
avant de remettre son couvre chef, laissant sa main couvrir sa nuque parfaitement taillée. Il alluma un petit cigare et replongea les mains dans son caban. J'étais un peu subjugué par ce marin,
si étrange, si beau...
Pourtant certains détails, dans sa tenue, dans sa démarche, dans sa silhouette me semblaient ne pas coller avec l'image du marin. Des idées troubles assaillaient mon esprit, je ressentais du
désir pour lui, que ma raison cherchait à refouler.
Depuis le pont de la jonque un gros matelot habillé en cuisinier hurla dans notre direction " Valentina-senpai!" Mon marin se retourna et répondit en japonais au cuisinier...
D'un seul coup mon trouble s'évanoui et mon désir se renforça...
Photo: Boo George
Modèle: Alessandra Ambrosio
Par jeaneg
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Mardi 8 novembre 2011
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17:34
Cette relation avec Anja avait fini par m'apaiser. Peu à peu cette période de ma vie avec Moïra s'estompait, rangée sagement dans un coin de ma mémoire sans me torturer. Fréquenter une femme
"normale" avait du bon. Bien sûr elle ignorait la réalité de mon travail mais ne cherchait pas non plus à en savoir davantage que ce que j'avais bien voulu lui livrer. L'impression ressentie au
cours de notre première sortie était sûrement due à sa coupe de cheveux toute fraîche qui ne pouvait pas ne pas me faire penser à Moïra et son obsession des cheveux courts. Petit à petit Anja
laissait repousser avec le bonheur d'avoir de semaine en semaine une nouvelle tête. L'un et l'autre nous étions amenés à voyager et nos vies se télescopaient à chaque retour, ne partageant que
les bons moments.
Ce soir là la jeune allemande était en tournage au fin fond du Périgord. Je n'avais pas compter l'heure et je rentrais tard. J'abandonnais l'ascenseur pour monter l'étage par l'escalier, histoire
de me donner bonne conscience. Avant d'arriver sur le palier j'ai remarqué un sac de voyage de grande marque et au fur et à mesure que je montais les dernières marches je découvrais une présence
devant ma porte. Sur les premières marches qui montaient vers l'étage supérieur une jeune femme était assise, la tête posée dans ses mains. Sans attendre ma réaction elle s'est levée et j'ai
découvert une longue tige, fine et à l'allure très "mode". Sur mes gardes j'ai discrètement jeté un oeil vers le palier supérieur et un autre vers le rez de chaussée. Tout semblait tranquille. La
fille ne paraissait pas être une menace...
"Bonjour, je suis une amie de Dorothée" Elle avait parlé sans accent, en éclairant son visage asiatique d'un merveilleux sourire. Il me fallu une seconde pour réaliser que la seule Dorothée que
je connaissais était une photographe de mode qui s'appelait en réalité.... Moïra!
Je du faire un effort terrible pour garder une contenance neutre. J'étais torturé entre la joie d'avoir des nouvelles et la méfiance qui prévalait vis à vis de cette inconnue. Sur le palier je la
laissais raconter qu'elle avait rencontré la photographe à Milan au cours d'un shooting. Qu'elle avait insisté pour qu'on lui coupe les cheveux, très courts et que leur amitié s'était
scellée à partir de là. Quelle était sincèrement reconnaissante parce que depuis sa carrière de modèle avait été sacrément boostée... Qu'elles avaient été amantes...
Elle lui avait dit que si elle avait un problème à Paris il fallait qu'elle vienne ici, que je saurais quoi faire pour l'aider.
Cette façon de faire était loin de tout protocole de sécurité, mais je décidais de laisser entrer la jeune femme pour qu'elle me parle plus en détail de ses rapports avec Moïra. Je la
débarrassais de son trench, découvrant un corps longiligne et comme je l'invitais à rejoindre le canapé, elle fit quelques pas devant moi, déhanchant son corps souple et offrant à mon regard sa
nuque parfaitement tondue sous la masse de ses cheveux noirs.
"Au fait! Je m'appelle Tao!"
Modèle: Tao Okamoto
Par jeaneg
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